<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Diablox9 versus Nestlé

Connaissez-vous Diablox9? Dans l’ancien  temps, ce Valaisan de 19 ans, fan de jeux vidéo, aurait commencé comme pigiste dans une feuille locale et aurait prié pour qu’un grand journal le remarque. Au mieux, il aurait fini dix ans après ses premiers papiers comme chroniqueur au Matin Dimanche, le principal média de masse  en Suisse romande, et environ 500 000 personnes l’auraient lu chaque semaine. Pas mal. Mais ce jeune homme qui vit à l’âge de l’idéalisme impatient et des réseaux sociaux a su parfaitement jouer des nouvelles technologies pour se faire tout seul. Les chroniques de jeux vidéo de Diablox9 affichent aujourd’hui 145 millions de vues et plus de 550 000 abonnés sur sa chaîne personnelle YouTube. Son compte Twitter affiche 123 000 followers et 270 000 sont fans de lui sur Facebook. L’industrie du jeu vidéo lui fait les yeux doux même si les médias traditionnels n’ont presque jamais parlé de lui. Il n’est pas chanteur, ni footballeur, les seuls jobs qui permettaient jusqu’ici de faire parler de vous si vous n’aviez pas 20 ans. Si vous ne le connaissez pas encore, ce n’est pas grave. Mais retenez son nom et lisez son histoire en page 26, car c’est une de nos personnalités les plus influentes en 2012.

L’autre entité qui gagne à la compétition de l’influence en Suisse cette année c’est «la multinationale». Au moment où les lobbys traditionnels font grise mine et où les activistes ont du mal à renouveler leur discours, l’entreprise globale prise de manière générique démontre sa toute-puissance. C’est l’organisation la plus à même de traverser les crises et de surpasser en richesse et en influence les Etats dans un monde où les gouvernements, qui ne sont plus les vrais centres de pouvoir, explosent régulièrement, comme en Grèce récemment. Nestlé est la quintessence de ce mode d’organisation d’une entreprise humaine. Paul Bulcke, son CEO, dit parfois que Nestlé est là pour l’éternité. A l’aune du nombre de gouvernements et de chefs d’Etat avec lesquels la mégaentreprise a dû travailler depuis sa création il y a 145 ans, il a pour l’instant raison. La multinationale suisse travaille dans des pays démocratiques comme sous des régimes dictatoriaux. Nestlé ne quitte jamais un pays, c’est parfois  même la dernière institution qui tient encore debout quand les Etats sont à terre. Les multinationales ont de tout temps été très décriées et pourtant elles n’ont jamais été aussi puissantes. La grande nouveauté tient au fait que sur ce même échiquier de l’influence il y a, à l’opposé, des individus qui émergent de nulle part grâce aux nouveaux médias tels que Diablox9. C’est le paradoxe des nouveaux réseaux d’influence en 2012.

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