Michel Girardin

PROFESSEUR ASSOCIÉ EN MACROFINANCE À L'UNIVERSITÉ DE GENÈVE

Economiste, puis responsable de la recherche et des investissements dans différents instituts bancaires pendant plus de 20 ans, Michel Girardin a également géré 2 fonds de placements en actions et obligations internationales ainsi qu’un fonds de Hedge Funds. Il est titulaire d’un Master of Science de la London School of Economics et d’un doctorat en Sciences économiques de l’Ecole des HEC à Lausanne, où il donne actuellement un cours en Finance pour la dernière année du Bachelor en Management. Passionné de longue date de photographie, Michel a publié en octobre 2012 « La Bourse et la vie », un recueil de portraits en texte et images de 25 personnalités du monde de la finance, dont George Soros, Alan Greenspan et Warren Buffett. En mai 2012, le magazine Bilan l’a intégré dans la liste des 300 personnalités les plus influentes du monde économique suisse.

Dette: l’heure est à la rédemption

«Le déficit public de la Grèce ne sera pas de 6% du PIB, mais de 12,7%.» C’est par cette annonce choc du premier ministre George Papandreou que la crise de la dette a démarré dans la zone euro, le 5 novembre 2009. A partir de cette date, les investisseurs n’ont eu de cesse de chercher le maillon faible dans la zone euro: aujourd’hui, c’est encore et toujours la Grèce.

Mais demain, ce pourrait être l’Espagne, le Portugal ou l’Italie. Et l’impensable deviendrait probable: cette implosion de la zone euro qui nous guette, comment faire pour qu’elle ne soit qu’un scénario du pire?

Un constat, tout d’abord: si la crise de la dette dans la zone euro est vieille d’un peu plus de cinq  ans, la dette est, elle, beaucoup plus ancienne. Sauf à vouloir remonter jusqu’à l’Antiquité, où naît le recours à l’emprunt pour financer guerres et élargissement des cités, il faut lire La Grèce contemporaine, d’Edmond About.

On y découvre que «la Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. La Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute.» Le plus drôle dans le livre d’About, c’est son année… de parution: 1858!

Il n’y a d’ailleurs pas qu’en Grèce que la dette – et ses excès qui mènent au défaut – a engrammé l’histoire économique du pays. Depuis son indépendance au XVe siècle, l’Espagne a connu treize défauts sur sa dette. C’est un record absolu que soulignent Rogoff et Reinhart dans leur chronologie unique de huit siècles de folie financière. Les auteurs ont ainsi calculé que l’Allemagne a fait huit  fois défaut depuis son indépendance en 1618.

 

 

Idem pour la France, sauf que les huit défauts ont eu lieu sur une période beaucoup plus longue, soit depuis l’an 943. J’ai donc rajouté une colonne au tableau des deux économistes américains: celui de la fréquence des défauts. Et là, surprise, les mauvais élèves ne sont pas ceux que l’on croit, du moins dans la zone euro. C’est bien la Grèce qui «gagne» au jeu du défaut: une fois tous les trente-sept  ans.

L’Espagne n’est pas très loin, mais que dire de l’Allemagne, qui fait défaut tous les cinquante  ans en moyenne, soit presque trois  fois plus souvent que la France et… près de neuf  fois plus que l’Italie! Certains donneurs de leçons feraient bien de balayer devant leur porte…

Quelles solutions à la crise de la dette? Le problème est complexe et ne se règle pas à coup de plans d’austérité appliqués à la hache. Les Etats-Unis sont sortis de la Grande Dépression avec le président Roosevelt, qui avait compris que l’acharnement de son prédécesseur sur l’équilibrage des finances publiques menait le pays à la perte.

J’ai personnellement beaucoup de sympathie pour la proposition de créer un «fonds de rédemption» établie par le conseil allemand (mais oui!) des experts économiques en 2011. Il s’agit de mutualiser la portion de la dette des Etats qui dépasse les 60% tolérés par le Traité de Maastricht. Le projet a été mis au placard par la Commission européenne il y a une année. Motif: la mutualisation des excès de dette est un oreiller de paresse pour les moins bons élèves. La solution?

Je verrais bien une rédemption «renversée» où l’on place dans un pot commun les 60% de la dette publique des Etats membres de la zone et qu’on laisse chacun d’eux se débrouiller avec les excès. Le problème du «risque moral» serait résolu et l’on verrait que le plus gros contributeur au fonds serait l’Allemagne, attendu que les 60% de sa dette publique pèsent presque sept  fois plus lourd que les 60% de la dette hellène.

Du coup, cette mutualisation renversée mettrait en exergue que la chasse aux maillons faibles est vaine et qu’il faut mieux essayer de tirer à la même corde et œuvrer à la création des «Etats-Unis d’Europe», une notion chère à Victor Hugo.

Au fait: c’est grâce à un programme de mutualisation de la dette des Etats américains que le premier secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton, a cimenté la naissance des Etats-Unis, en 1791.   

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