Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

DESSIN / Venise montre Léonard de Vinci universel

A quoi tient la visibilité d'une exposition? A peu de chose, finalement. Il suffit de choisir la mauvaise image pour lancer une campagne de publicité et le projet semble tomber à l'eau Surtout à Venise. D'abord à cause des canaux. Ensuite parce que la concurrence se révèle rude, surtout les années impaires, dans l'ex-cité des doges. Elles sont par essence vouées à la Biennale.

Ainsi en va-t-il pour "Leonardo da Vinci, L'uomo universale", qui se tient à l'Accademia depuis le 29 août. Pour ce qui est de la qualité des emplacements, l'affichage se révèle plus que correct. Seulement voila! Le dessin choisi comme emblème ne se remarque tout simplement pas. Un énorme calicot a beau barrer le pont ouvrant de Grand Canal, en face de la gare de Santa Lucia. Il reste presque invisible à force de discrétion. La tête vincinienne adoptée par les graphistes est pâle. Elle se trouve sur un fond blanc-jaune. Bref, il en faut davantage pour attirer l’œil.

Un musée en ruine

L'Accademia n'a en plus pas bonne réputation. A juste titre. Ce musée d'Etat, fondé au début du XIXe siècle pour stopper l’hémorragie des œuvres partant pour Milan ou pour Turin, a tout de la ruine. Certes, il existe un projet de rénovation, voire même d’agrandissement. L'espace disponible ne manque d'ailleurs pas. Mais les travaux se conduisent en pointillé. En 1995-1996, les amateurs se voyaient invités à découvrir les réserves, qui trouveraient enfin un débouché. Quelques années plus tard apparaissaient le nouvel escalier et des toilettes, au luxe babylonien. Puis plus rien. Rien que des salles vétustes, la plupart du temps fermées faute de personnel.

C'est dans quelques unes de ces dernières, abritant jadis la peinture baroque, qu'est logé le "Leonardo" en question. Il y a là 52 dessins, dont dix sont montrés recto verso. Il s'agit en effet de feuilles de carnet. Vingt-cinq d'entre les pièces appartiennent à l'Accademia elle-même, qui ne les avait plus présentées ensemble depuis 1980. Les autres, proches par l'esprit, ont été empruntées aux plus grandes institutions internationales. Le Louvre a prêté, tout comme le British Museum, l'Asmolean Museum d'Oxford, la reine d'Angleterre ou la Libreria Reale de Turin.

L'homme vitruvien

Beaucoup de ces dessins relèvent de l'esquisse, pour ne pas dire du croqueton. Il y a néanmoins de somptueuses sanguines sur papier préparé rose et la sublime tête de femme que possède Parme. Il faut ajouter qu'Annalisa Perissa Torrini, directrice du Cabinet des dessins, dispose d'un chef-d’œuvre époustouflant, connu dans le monde entier. Même par ceux qui n'entendent rien aux beaux-arts. Il s'agit de l'"Uomo Vitruviano". Un homme à quatre bras et quatre jambes s'y retrouve inscrit dans un cercle. Vous avez reconnu là l’emblème de Manpower et d'innombrables autres sociétés commerciales. On espère que l'Accademia touche des droits de reproduction...

Quel est à part cela le propos et la justification de l'exposition? Il est légitimement permis de se le demander. La chose explique que les salles restent vides. Il y a par ailleurs déjà deux shows Vinci permanents à Venise, dont l'habituelle évocation des machines volantes (jamais réalisées) du maitre dans l'église San Barnaba. Le prix d'entrée apparaît en outre abusif. L'Accademia a pour l'occasion fait grimper son tarif de neuf à quinze euros. C'est beaucoup pour visiter une ruine italienne, quand celle-ci n'est pas grecque ou romaine!

Pratique

"Leonardo da Vinci, L'uomo universale", Accademia, Campo della Carità, Venise, jusqu'au 1er décembre. Tél. 0039041 520 03 45, site www.galleriaaccademia.org Ouvert le lundi de 8h15 à 14h, du mardi au dimanche de 8h15 à 19h15. Photo (DR): Le fameux "Uomo Vitruviano", que possède l'Accademia de Venise.

Allez en bateau avec les Portugais de la Biennale!

C'est le pavillon le plus insolite de l'actuelle Biennale de Venise, qui se terminera le 24 novembre. Il se trouve doublement sous pavillon portugais. La chose n'est en effet autre qu'un bateau, ancré aux Giardini. On l'entend de loin. Un déluge de fados à faire pleurer sur la lagune est déversé depuis son pont.

La coque, elle, se retrouve décorée d'azulejos. De vrais carreaux de faïence peints, collés un à un. L'intérieur a été aménagé par l'une des artistes contemporaines les plus chères. Il s'agit en effet de Joana Vasconcelos. La Portugaise a été lancée par une Biennale de Venise il y a quelques années. On l'a notamment vue depuis chez Pinault au Palazzo Grassi (une signe que ça marche pour elle) et au château de Versailles. Rappelons que la dame propose d'immenses installations, généralement textiles, comme c'est aujourd'hui le cas.

Deux fois par jour, le bateau, qui propose par ailleurs des produits portugais comme s'il s'agissait d'un magasin, prend le large avec ses visiteurs. La petite croisière (gratuite) dure une demi-heure. Impression plus qu'étrange. Reste que la chose se remarque peu. Dommage...

Pratique

"Le palais encyclopédique", Biennale de Venise, Arsenale, Giardini et en ville, jusqu'au 24 novembre. Site www.labiennale.org. Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 10h à 18h.

Prochaine chronique le vendredi 11 octobre. Partout, les antiquaires disparaissent. Pourquoi et comment.

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