Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Désindustrialisation, un danger réel

La Suisse se désindustrialise! Certains en sont convaincus car l’appréciation continue du franc conduit toujours plus d’entreprises à délocaliser leur production et leur chaîne d’approvisionnement à l’étranger afin de pouvoir rester compétitives. Il ne faut pas minimiser le danger. 

Au cours des vingt dernières années, la croissance de l’industrie manufacturière en Suisse a certes davantage progressé que chez nos voisins. Ce succès est cependant trompeur. Il repose uniquement sur la forte hausse des exportations de médicaments et de montres. En 2014, les ventes à l’étranger de l’industrie pharmaceutique et chimique, de la branche horlogerie, bijouterie, instruments de précision représentaient 42  et 21% du commerce extérieur contre seulement 26 et 15% en 1995. A l’inverse, les affaires de l’industrie des machines sont restées au même niveau.

L’avenir s’annonce moins rose. L’industrie pharmaceutique est la mieux positionnée, mais les prix des médicaments seront davantage sous pression qu’aujourd’hui. Les industries chimique et agrochimique pourraient transférer leur production à l’étranger. A Monthey, on craint la disparition du site de Syngenta. Et dans l’arc jurassien, un vent de pessimisme souffle déjà sur l’horlogerie. De son côté, le secteur des machines continuera, au mieux, de stagner. 

La force du franc (qui sert parfois aussi de prétexte) accélère les délocalisations d’activités à faible valeur ajoutée, lesquelles s’inscrivent dans une tendance lourde de l’industrie suisse. Le taux de change défavorable contraint surtout les entreprises exportatrices et leurs sous-traitants à se réinventer en permanence et à se concentrer sur des niches hautement profitables. Les investissements annoncés au début août par le groupe Comet à Flamatt (entre Fribourg et Berne) et, à la mi-septembre, par Georg Fischer à Bienne le montrent une nouvelle fois. 

Ce n’est qu’un début

La robotisation de la production, l’impression 3D, la disruption numérique et l’intelligence artificielle ont déjà commencé à bouleverser l’ensemble des activités économiques. Et ce n’est qu’un début. On peine encore à imaginer les conséquences de ces révolutions technologiques sur l’industrie helvétique. Dans cet environnement qui évolue très rapidement, la capacité à innover et la qualité de la formation scolaire, professionnelle, académique et continue joueront un rôle clé. 

Jusqu’à aujourd’hui, la Suisse a toujours réussi à intégrer un maximum de personnes sur le marché de l’emploi. Un exploit en comparaison internationale. Ce défi, elle se doit de continuer à le relever.

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