Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

DESIGN/Frédéric Ormond ouvre boutique à Genève. Rencontre

J'ai connu l'opticien faisant l'angle de la rue de la Synagogue et de celle du Diorama. Puis il y a eu la galerie SAKS, qui a mis la clef sous le paillasson. Elle a trouvé repreneur. L'espace est désormais occupé par Frédéric Ormond, dont les éditions de design étaient déjà installées à Troinex. L'ambiance a du coup considérablement changé. A l'art contemporain, présenté sur du blanc de blanc, a succédé une sorte d'appartement, dans lequel le visiteur se retrouve prié de vouloir vivre. J'ai donc rencontré le décorateur et marchand. «Pour vous», devrais-je ajouter pour respecter les convenances journalistiques. 

Les présentations, pour commencer.
Je suis né en 1977 à Genève. Mon père n'était pas dans le domaine, mais il s'agit d'un homme créatif, passionné d'architecture et de création contemporaine. Il peint. J'ai su très jeune que je ferais quelque chose dans le domaine artistique. 

La suite...
J'ai voulu devenir commissaire-priseur. J'ai fait du droit en France, puis de l'histoire de l'art à Londres. C'était à l'Institut Courtauld, où se trouve une bibliothèque extraordinaire. L'ennui, c'est que je ne me voyais pas entrant dans une de ces grosses machines, comme Christie's. Je suis quelqu'un d'indépendant. Les petites études parisiennes ne me séduisaient pas non plus. Je suis rentré il y a dix ans d'Angleterre. J'ai fait un passage par l'horlogerie. Il a eu le mérite de me faire voyager, surtout au Japon. L'horlogerie m'a donné le goût du fini, du détail. Du service aussi. 

Vos débuts dans le design.
Le mot me sort un peu par les trous de nez.... On ne sait plus trop ce qu'il veut dire. J'ai étudié les arts décoratifs en général, en me promenant beaucoup au Victoria & Albert Museum. En 2008, après l'horlogerie, j'ai débuté de la mauvaise manière. Je proposais du design exécuté en petites séries, très chères. Maintenant, je pencherais pour des créations plus modestes, mais dénotant d'un véritable savoir-faire. J'aime les objets en soi. J'ai du reste toujours aimé collectionner. 

Votre entrée aux Bains.
Ils ne se situent pas ici, rue du Diorama. J'ai commencé derrière le MEG. J'ai tenu là-bas une arcade deux ans. Peut-être moins. Il fallait opter pour une autre direction. Je me suis mis au "fait main". A l'artisanat du meuble. L'idée de série limitée a un peu disparu. Ce que je propose reste coûteux, mais il ne faut pas oublier que la main d’œuvre se paie, même sur France. Je travaille avec le label EPV, de PV signifiant «patrimoine vivant». 

Comment procédez-vous?
Il y a, mais c'est quantitativement minime, des éditions. Je mets alors des gens ensemble. Nous faisons parfois du sur-mesures. Le reste est constitué de diffusions. Il n'y a pas de limitation quantitative aux objets, mais leur production reste lente. Il y a un temps de fabrication. 

Tout ce que vous vendez est-il neuf ou offrez-vous aussi du «vintage»?
La plupart des chose sont neuves, mais je fais des exceptions, comme en ce moment pour des fauteuils de Pierre Jeanneret, le cousin du Corbusier, qui datent des années 50. Pour que je propose un meuble, on objet ou un lustre, il faut qu'il m'interpelle. Je suis assez spontané. Ceci dit, je ne retiens pas un designer pour une seule pièce. Il faut que l'ensemble de ses réalisations me plaise. 

Vous limitez vous à la période allant de 1950 à 2015?
Dans mon nouveau magasin, oui. Chez moi, non. J'aime rapprocher des choses très différentes, parfois en conflit entre elles. Il ne devrait pas exister de limites au goût. 

Vous faites aussi de la décoration d'intérieurs.
Oui. Je pense qu'il y a encore de la place pour les décorateurs. C'est un univers surchargé, mais souvent médiocre. Je produis autant pour des sociétés que pour des particuliers. Je suis aujourd'hui sur un projet d'appartement. C'est toujours plus amusant de se mettre au service d'un privé. Il n'y a pas de consensus à obtenir. 

On dit que les jeunes ne sont pas intéressés par le décor de leur logement.
Je ne pense pas. Certains de mes amis sont allés très loin dans la création de leurs intérieurs. Mais je dois dire qu'ils ont baigné depuis l'enfance dans une culture propice. Pour les autres, c'est moins marqué. Je remarque cependant que les jeunes aiment être surpris. Ils sont un peu sortis des années Ikéa. 

Votre définition d'un appartement réussi.
Une confrontation de formes, de cultures et d'époques. Et il ne lui faut pas oublier le confort. 

Estimez-vous, Frédéric Ormond, être quelqu'un de cher?
J'essaie de rester abordable. On parle du franc fort. Je vends beaucoup à l'étranger. On arrive cependant chez moi à du 10.000, ou à du 20.000 francs à cause du salaire horaire et des matières premières. Les marges bénéficiaires restent en réalité plus faibles que dans le mobilier de masse.

Pratique

Frédéric Ormond, 34, rue de la Synagogue, Genève. Tél. 022 310 11 44. Ouvert mercredi et jeudi de 14h à 18h30, ou sur rendez-vous. Ormond Design, 9, rue de Pierre-Grand à Troinex. Tél. 022 328 11 52, site www.ormond-editions.com Photo (DR/Ormond): Frédéric Ormond en personne.

Prochaine chronique le dimanche 11 octobre. La Fondation Cartier de Paris célèbre la "Beauté Congo".

 

 

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."