Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Des fichiers Falciani aux révélations SwissLeaks

Entre les 127'000 noms du fichier Falciani et les 106'000 noms de SwissLeaks, où sont les 21'000 manquants? 

Depuis le 8 février, c'est un déferlement: le Consortium International des Journalistes d'Investigation (ICIJ), qui a déjà diffusé les dossiers Offshore Leaks en 2013 et Luxleaks en 2014, a publié, dans les pages et sur les sites des médias des 160 journalistes membres de cette organisation, une vaste quantité d'informations sur les comptes détenus au sein de la filiale suisse de HSBC. La lumière est faite sur des agissements douteux, des trafics, des actes de fraude fiscale, voire des filières de financement du terrorisme: la vérité triomphe!

Oui, mais... Car il y a un «mais». Derrière l'habile marketing et le nom «SwissLeaks» se trouvent en fait des données volées en 2008 par l'informaticien Hervé Falciani alors employé par HSBC. Ce qui était jusqu'à récemment «le fichier Falciani» ou «le fichier HSBC» est soudainement devenu «SwissLeaks». Mais il n'y a pas que le nom qui ait changé, le fichier aussi. Ce sont nos confrères du quotidien français Le Monde qui ont récupéré le fichier. Or, il semble que le nombre de noms soit passé de 127'000 à 106'000.

Car entre la saisie du fichier détenu par Hervé Falciani le 20 janvier 2009 et son obtention par les médias, les données ont été modifiées: notre confrère du magazine français Le Point, Ian Hamel, détaillait voici quelques semaines le parcours du fichier Falciani, notamment dans les mois compris entre la saisie par la gendarmerie française et les listings remis aux autorités suisses le 21 janvier 2010. Il établit clairement que la version remise à la justice suisse est une version modifiée.

Il ne s'agit absolument pas de remettre en cause le travail remarquable effectué par les journalistes associés au sein du Consortium: ils ont épluché pendant des mois les données contenues sur les fichiers et ont sans le moindre doute raison de dénoncer les malversations et actes délictueux qui ont été commis.

Mais ne serait-il pas plus honnête de préciser que ces fichiers sont partiels, issus d'une source qui a pu les modifier pendant plusieurs années avant de laisser les médias en avoir connaissance? La réponse de nos confrères du quotidien Le Monde est étonnante: «L'authenticité des document a été certifiée par les contrôles effectués par l'administration fiscale, et de leur côté les enquêteurs ont confirmé l'exactitude des informations», affirme notre consoeur Anne Michel dans un chat proposé par le média français aux internautes lundi 9 février. La même administration fiscale française qui, lors de l'affaire Cahuzac, s'était contentée de questions extrêmement vagues à son homologue suisse et avait alors blanchi celui qui était encore ministre délégué chargé du Budget?

Or, à l'exception du sénateur UDI du Gers Aymeri de Montesquiou, dont le nom «est associé, dans les fichiers de la banque à un compte numéroté ouvert dans les années 1990 et fermé en 1994» (et qui a rapidement démenti «avoir un compte à l'étranger»), presque aucun nom d'homme politique français n'apparaît. Pourtant, nombre de leurs proches sont cités, comme Jean-Charles Marchiani, ancien préfet et député européen entre 1999 et 2004. Troublant alors que plusieurs affaires politico-financières ont surgi ces dernières années.

Où sont donc passés les 21'000 noms manquants? Peut-être s'agit-il de personnes ayant détenu tout à fait légalement un compte dans cet établissement bancaire. Mais les incohérences sur les chiffres et les différences entre les fichiers saisis par les enquêteurs français et ceux que les journalistes ont pu consulter jettent un doute sur les données.

Il apparait donc clairement que les données SwissLeaks et les fichiers Falciani ne sont pas identiques. On attend de nos confrères membres du Consortium qu'ils finissent donc de sortir les affaires troubles du fichier dont ils disposent. Mais s'ils veulent que leur travail soit complet et unaninement loué, il faudra alors admettre que les données sont incomplètes. Ou se lancer dans la recherche des 21'000 noms manquants...

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