Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

DÉRIVE/Le Louvre Lens montrera le RC Lens pour l'Euro

Le Louvre de Lens a ouvert le 27 mai «D'or et d'ivoire», une exposition consacrée à la Sienne, la Pise et la Florence gothiques. Xavier Dectot, directeur de cette antenne, a monté cette manifestation de prestige en tandem avec Marie-Lys Marguerite. Une affaire qui roule. Je me propose de vous en parler bien avant que la manifestation se termine le 28 septembre. 

Le Louvre Lens en a profité pour envoyer un communiqué aux rédactions. Celui-ci annonce la grande chose de 2016. Le titre semble presque symétrique à celui de cette année. La présentation s'intitulera «Sang et or». Son thème risque pourtant de surprendre. Il s'agit des couleurs (rouge et jaune, comme le drapeau genevois) du RC Lens. Autrement dit du club de football local. L'exposition sera bien consacrée à cette formation en capilotade. Comme l'ont cruellement ironisé les journaux du Nord de la France, elle interviendra au moment au le RC Lens vient de sombrer en ligue B, et où ses finances se situent au plus bas. Pour tout dire, le club frôle la faillite.

Collecte d'objets cet été 

Une collecte d'objets et de souvenirs se voit donc organisée entre le 15 juin et le 13 juillet. Ils feront partie d'un accrochage qui remplira, d'avril à novembre 2016, une aile du bâtiment, l'autre restant réservée à la «Galerie du temps». L'Euro justifiera la chose. Quatre de ses matches doivent se disputer au stade Bollaert de l'ex-ville minière. On sait que ce championnat excuse tout, surtout en France depuis que l'équipe alors menée par Zidane l'a remporté en 1998. Y aura-t-il un nouveau miracle? Ce serait bien le premier de l'ère François Hollande. 

On ignore l'impact national prévu pour une exposition d'intérêt strictement local. Pour le Louvre de Lens, c'est bien sûr une catastrophe. Sa crédibilité semble en jeu. Comment la chose succédera-t-elle sans faire sourire à «Dansez, embrassez qui vous voulez», agendé l'hiver prochain, qui entend restituer l'élégance précieuse du siècle de la Pompadour?

Promesses non tenues 

Il s'agit bien sûr d'une dérive. Une de plus pour Jean-Luc Martinez. Nommé en 2013, cet ancien archéologue tenait au début de son mandat de grands discours sur le retour aux collections, la priorité au scientifique et au travail à accomplir sur le publications. Et où en arrive-t-on en 2015? L'accueil des publics l'emporte sur tout. Il faut porter la fréquentation du musée parisien de 9,5 à 12 millions. On y diminue le nombre des expositions. Les boutiques se multiplient, y compris dans les salles de peinture. Abu Dhabi se voit présenté comme la priorité des priorités. 

Et maintenant Lens.... Je veux bien qu'il y a dû avoir des pressions. Mais il faut savoir résister, ou démissionner. L'antenne du Nord aura de la peine à repartir d'un bon pied, même si la principale caractéristique de l'esprit humain demeurera toujours son extraordinaire capacité d'oubli. Photo (AP): Montage d'une exposition à la "Galerie du Temps" de Lens.

Texte intercalaire.

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