Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

DÉCÈS/Michel Butor avait beaucoup écrit sur l'art, de Giotto à Alechinsky

Crédits: Pierre Albouy, 2016

La nouvelle de sa mort à 89 ans et des poussières a fait les gros titres. En pages culture, tout de même. Il faut dire qu'avec Michel Butor disparaît à la fois la dernière figure notable du «nouveau roman» et l'un des ultimes grands noms d'une littérature française, aujourd'hui à la peine. Butor s'était fait connaître par des romans rompant brutalement avec la narration classique, sans tuer cette dernière pour autant, comme on le prévoyait dans les années 1950. Publiée comme de juste aux Editions de Minuit, «La Modification» avait fait sensation en 1957. Chacun sentait que cette parution marquait une date. 

Butor a abandonné la fiction dès le début des années 1960. Je ne vais pas tout vous raconter. Certains, plus compétents que moi, l'ont déjà très bien fait dès l'annonce du décès. L'article de «Libération» me semble ainsi excellent. La presse française a bien sûr minimisé les rapports, pourtant constants, de Butor avec Genève. Il s'agissait de se réapproprier l'écrivain, le poète, le traducteur et l'essayiste qui vivait en Haute-Savoie.

Une grande figure de l'université genevoise

L'homme n'en a pas moins été la grande figure de la Faculté de lettres jusqu'à sa retraite en 1991. Il succédait ainsi, ou se superposait, aux membres de la fameuse «Ecole de Genève» représentée par Marcel Raymond, Jean Rousset ou Jean Starobinski. L'Université lui a du reste rendu une exposition-hommage, dans des sortes de chalets, aux Bastions durant l'été 2007. Butor avait auparavant enseigné aux Etats-Unis. Fort peu en France. Il faut dire qu'il lui manquait le sésame pour entrer dans la société verrouillée des grandes institutions. L'étudiant avait raté son agrégation de philosophie. Quand on voit qui l'a obtenue, on se pose des questions... 

Si je vous parle ici de Butor, c'est parce qu'une part importante de son œuvre est vouée aux beaux-arts. Sa production torrentielle (regroupée à partir de 2006 dans douze tomes de 1200 pages à La Différence) contient une multitude de textes sur des créateurs aussi bien que des livre d'artistes, ces derniers étant sortis avec des tirages confidentiels. Butor a ainsi rédigé sur des classiques comme Rembrandt, Dirk Bout, Delacroix ou des modernes, dont Mondrian et Giacometti. Il n'existe pas moins de trois ouvrages de lui sur Pierre Alechinsky. Le critique a poussé jusqu'à Miquel Barcelò. Son dernier ouvrage sur l'art, après «Femmes de Courbet» en 2012, reste sans doute (avec lui on ne sait jamais, vu la quantité...) son «105 œuvres décisives de la peinture occidentale», qu'a sorti Flammarion en 2015. Le panorama va de Giotto à Pollock.

Liens avec des musées privés genevois

Butor a travaillé avec des créateurs genevois, comme Gérald Minkof et Muriel Olesen. Il a surtout collaboré avec plusieurs musées privés de la ville. A une certaine époque, c'était l'auteur attitré des Barbier-Mueller. Il a été très lié depuis avec le Fondation Martin-Bodmer. L'écrivain lui a d'ailleurs donné, pour sa bibliothèque, cent de ses ouvrages. Cent objets, «qui renouvellent la forme du livre». Des objets de contemplation, bien sûr, mais aussi de collection. Une exposition leur est du reste dédiée en ce moment, parallèlement à celle que la Bodmerina consacre au prince des ténèbres Frankenstein. Elle est prévue pour durer jusqu'au 9 octobre. 

Il faut noter, ce qui ne semble pas avoir été fait, que la disparition de Butor survient peu après celle d'Yves Bonnefoy, envolé à 93 ans le 1er juillet. Une autre grande figure chez qui la critique d'art rejoint la poésie et la réflexion. Voilà qui fait comme un vide.

Pratique

«Michel Butor et le livre d'artiste», Fondation Martin-Bodmer, 19-21, route Martin-Bodmer, Cologny, jusqu'au 9 octobre. Tél. 022 707 44 36, site www.fondationdodmer.ch Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 14h à 18h.

Photo (Pierre Albouy): Michel Butor chez lui à Lucinges en 2016.

Texte intercalaire.

 

 

 

 

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