RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

De la qualité!

Lorsque l’on revient à Genève après avoir été se promener dans de nombreuses villes européennes, on ne peut qu’être frappés par la pauvreté architecturale de cette cité. Rares sont les constructions récentes qui méritent le détour. Il y a certes dans le quartier des Grottes l’univers imaginaire des Schtroumpfs qui a été recréé sous forme d’habitations aux courbes extravagantes. Ou encore la Banque Bruxelles Lambert réalisée par Mario Botta et Urs Tschumi. 

Sans doute vais-je provoquer les cris de certains architectes qui ne partagent pas ma vision «non professionnelle» de leurs œuvres. Loin de moi l’idée de les accuser d’avoir manqué de talent. La question n’est pas là. Toujours est-il que rares sont les bâtiments réalisés entre 1960 et 1990 à susciter une réelle admiration des profanes. 

Fort heureusement, un virage est désormais bien visible. Cette émergence d’une plus grande créativité sur le plan local est sans aucun doute partiellement liée à une plus grande émulation à l’échelle planétaire. A l’audace des architectes répond aussi celle des maîtres d’œuvre. Les collectivités publiques ont ainsi enfin compris tout l’intérêt qu’il y avait à favoriser les concours d’architecture.

Nos voisins ont souvent été plus précoces en la matière. Prenons par exemple le cas du nouveau quartier de Confluence (150 hectares) à Lyon ou encore le campus de l’EPFL à Lausanne doté du magnifique Rolex Learning Center, conçu par le bureau d’architecture japonais de renommée internationale SANAA. De quoi faire fantasmer les amoureux d’architecture qui espèrent que le projet Praille Acacias Vernets (PAV) permette à Genève d’entrer enfin dans le XXIe siècle de l’architecture. 

Il est vrai que le système normatif suisse bride complètement la créativité. Nos architectes stars, tels que Bernard Tschumi, Jacques Herzog et Pierre de Meuron, Peter Zumthor ou encore Mario Botta, ont souvent été contraints de s’exiler pour parvenir à continuer de vivre, créer, voire même exister. Nos élites politiques semblent enfin conscientes de ce problème. On assiste à un processus de réforme de nos règlements afin d’y insuffler un vent favorable au rêve, à l’imaginaire, et non seulement aux chiffres et aux doctrines. 

Car la qualité ne se décrète pas. La qualité ne peut émerger que lorsque l’écosystème politico-économique le permet. Le président du Conseil d’Etat genevois, François Longchamp, l’a bien compris lorsqu’il s’est attelé à une vaste remise à plat des processus de planification des quartiers. Processus achevé et dont les premiers fruits vont commencer à sortir dès la prochaine décennie.

Certes, la tâche reste plus aisée lorsqu’il s’agit d’une vaste friche de plusieurs centaines d’hectares que lorsqu’on parle d’un espace d’à peine un hectare. La dimension qualitative doit être aussi importante que le nombre de logements ou les droits à bâtir. 

Cela étant, il reste encore beaucoup à faire pour que l’ensemble de ses services étatiques comprenne cela et partage cette philosophie du bâti. Heureusement qu’entre-temps, un certain nombre d’acteurs privés ont pris les devants et fait le pari de l’excellence. Ainsi, le pavillon dédié à la méditation sorti de terre en 2012 à Bellevue (GE) s’est vu récompenser le 12 mai à New York (lire page 12). Remercions ici son maître d’œuvre. 

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