Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

De la décroissance prête à consommer

«Penser une croissance à l’infini dans un monde fini est illusoire», martèlent les tenants de la décroissance, avec aujourd’hui un écho grandissant tant dans la société civile qu’auprès des penseurs économiques. Et pour cause. Dégradation des conditions environnementales, creusement des inégalités, la prophétie noire des «décroissants» en passe de se réaliser aboutit à un questionnement général sur la croissance économique, illustrée encore mi-septembre par la réflexion d’experts et scientifiques réunis par le Parlement européen sur une «économie postcroissance». 

Tandis que les intellectuels s’émeuvent, les militants recrutent dans l’ombre. Portés par les succès populaires de la «sobriété heureuse» de Pierre Rabhi ou encore du film Demain, convaincus que le changement partira d’en bas, ils expérimentent leurs convictions au quotidien: ateliers de réparation contre obsolescence programmée, circuit court et épiceries coopératives contre alimentation industrielle, mobilité douce contre tout pétrole, les initiatives locales se multiplient et se structurent. Au point que supermarchés et industrie commencent à souffrir sur l’agroalimentaire. A se demander si l’heure du Grand Soir de la décroissance n’est pas en train de sonner.

Ce serait sans compter sur la résilience hors norme de l’économie de marché. Prenez un concept incompatible, la décroissance. Fragmentez-le et réduisez-le à ses tendances phares. Plus de local, moins de biens de consommation, moins d’empreintes écologiques deviennent autant d’occasions de générer du profit, donc de la croissance. La société française La Ruche qui dit oui, soutenue par Xavier Niel, connaît un développement exponentiel en mettant en lien sur sa plateforme artisans locaux et population, avec un modèle d’affaires très rentable et le spectre d’un assujettissement des acteurs de la chaîne.

En Suisse, Punkt vous propose un réveille-matin à aiguille, simple comme il y a un siècle… à 165 francs. Si comme le dit l’adage «Faire et défaire, c’est toujours travailler», contaminer et nettoyer, c’est toujours du PIB.  Même les multinationales développent une responsabilité sociale d’entreprise (RSE) qui fleure souvent bon le greenwashing. La communication crée de l’emploi, donc de la croissance.

En cela réside le tour de force de l’économie libérale. Découper, digérer et recracher de la décroissance prémâchée, prête à consommer. Totalement vidée de sa substance philosophique (l’idée de «moins»), elle en devient plus digeste. D’autant plus que la population demeure très attachée au «dogme de la croissance», asséné depuis des décennies. Pour une majorité encore, en mettre moins dans le panier reste anxiogène. Les votations alimentaires ou sur l’économie circulaire ont été là pour le rappeler. 

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