Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Avec sa lignée, ils opèrent dans l’ombre depuis 2500 ans et sont à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Ce sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez également Alex Frank sur Facebook @LeManifesteAlexFrank et Twitter @AlexFrank1751

De Caracas à Barcelone

Temps de lecture, 6 minutes.

« Democracy dies in darkness » est le slogan du Washington Post depuis février 2017. Sans doute ont-ils senti poindre un risque qui justifie toujours plus leur rôle alors que la presse est menacée d'extinction.

Je le sais en l'écrivant, ce billet n'est pas politiquement correct. Raison de plus pour le publier. Qui d’autre le ferait ?

Pour fixer les idées, ceux qui me lisent savent que je ne suis d'aucun extrême, pas plus de gauche que de droite, je suis d'abord humaniste et je ne me reconnais que dans une seule idéologie, celle des Droits de l'Homme.

On l'a déjà écrit ici, dans un monde où la technologie, l'intelligence artificielle et la robotisation progressent de manière exponentielle et à une vitesse que l'éducation humaine ne peut pas concurrencer, l'être humain doit à tout prix élever son sens critique. Il n'y est malheureusement pas aidé. Les leaders politiques et les médias ont un rôle fondamental à jouer.

Remarquons deux traitements fort différents par nos médias et nos politiciens de faits semblables

« L’Etat central interdit un vote ou une demande de vote en raison de son anti constitutionnalité, envoie la police contre sa population, réprime des manifestations violemment, met en prison ou assignent en justice des maires et des leaders politiques, tandis que l’opposition brimée crie au déni de démocratie. »

Venezuela ? Non, Espagne. Dans ce cas, Madrid est du côté du gentil qu'il faut défendre, car il est dans son bon droit. Les enjeux pour l’Europe sont tels que les hommes politiques ont choisi leur camp. Le traitement médiatique est dans l’ensemble factuel, neutre et équilibré.

Rien à voir avec le ton employé contre le Venezuela depuis des années.

Récemment, le député Joachim Son-Forget des français de Suisse a signé une lettre ouverte pour réclamer l'arrêt des violences au Venezuela, il a raison, tout en dénonçant le régime de Maduro et « la violence, l'arbitraire et l'autoritarisme du "chavisme" », c’est moins son rôle. Au Conseil des Droits de l’Homme à Genève cet été, le député français est allé rencontrer les représentants de l’opposition vénézuélienne. Pas un mot sur les ONG « de l’autre camp ».

En principe, la diplomatie parlementaire aide à résoudre les conflits de manière non partisane ; pas en décrétant qui est le gentil et qui est le méchant. Demandez aux diplomates Suisses ayant tant de succès à leur actif comment ils s’y prennent, toujours en toute discrétion d’ailleurs. Le clivage est l'antithèse de la médiation.

Comprenez-moi, les violences d'il y a quelques mois (d'ailleurs qui parle encore du Venezuela ?) sont intolérables et doivent cesser.

Toutefois, on ne peut faire taire les violences sur la base du résultat que l'on observe, mais plutôt sur la base de ce qui nous y a conduit.

La situation au Venezuela ressemble à s’y méprendre à la situation au Chili avant le coup d’Etat de Pinochet il y a plus de 40 ans, quand des blocages économiques et des manques avaient été sciemment organisés pour créer une révolte du peuple (car l’affamer est encore le meilleur moyen de le manipuler) légitimant l’intervention des militaires et le renversement du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende. En 1973, on n'était pas obligé d’y croire. Depuis, les archives ont parlé et on sait de quoi sont capables les instigateurs de putschs. C'est un bon principe que de toujours s'interroger sur « in fine, à qui profite le crime ? ».

Ce n’est pas forcément la même situation au Venezuela. Toutefois, d’autres ONG que celles rencontrées par le député français ont présenté aux Nations Unies des preuves de mercenaires colombiens envoyés dans les manifestations pour créer des heurts et tirer à balles réelles ; de même, elles ont présenté des preuves de marchandises cachées dans des entrepôts pour créer la pénurie…

C’est suffisamment troublant pour appeler à une certaine prudence.

Le fait que Trump se dise prêt à intervenir au Venezuela (provoquant des réactions hostiles dans toute l’Amérique latine qui n’a pas la mémoire courte) est un indicateur supplémentaire qui incite à la prudence.

En quels faits peut-on donc avoir « confiance » ?

Aucun observateur n’a relevé d’irrégularités dans l’élection de Nicolas Maduro en 2013, pas plus que dans l'élection d'Hugo Chavez en 1998 et ses trois réélections successives. Jimmy Carter, ancien Président US et prix Nobel de la paix, fondateur du Carter Center pour l'observation des élections, a loué la démocratie au Venezuela et l'a même qualifiée de « meilleure au monde », loin de l'image de dictature véhiculée dans nos médias. [1]

En 2015, les élections législatives ont permis à l’opposition vénézuélienne de gagner une forte majorité au parlement. Le processus démocratique est respecté.

La situation s'envenime autour de trois élus de l'opposition sur qui pèsent des soupçons de fraude électorale. Ils donneraient à l'opposition une majorité des deux tiers pour convoquer un référendum révocatoire contre le Président. L'opposition pourrait plutôt sortir de la polarisation et travailler avec le gouvernement au redressement du pays en attendant les élections de 2018. Elle préfère le bras de fer institutionnel et appelle au soulèvement populaire. Des leaders sont emprisonnés.

Franchement, cela rappelle la Catalogne il y a quelques jours.

Dans une société ultra polarisée depuis 17 ans, la moindre étincelle peut entraîner une catastrophe. De provocations en violences, avec de nombreux morts, des exactions militaires et policières sous enquête aujourd'hui, des groupes de quartier anti- et pro-chavez qui s'affrontent dans une guerilla urbaine, une escalade incontrôlable est à l'œuvre et bien malin celui qui arrive à discerner les faits des opinions et les pompiers des pyromanes.

Question : si en France ou dans le Canton du Jura, des politiciens avaient appelé au renversement du gouvernement, seraient-ils assignés en justice et appelés « prisonniers politiques » ?

Il faut aussi relever que les conditions d’organisation de l’élection d’une assemblée constituante cet été sont très critiquables. Si l’opposition avait voulu pousser Nicolas Maduro dans des dérives non démocratiques, elle ne s'y serait pas prise autrement ; ce n'est pas une raison pour tomber dans le piège et Nicolas Maduro serait très mal inspiré de verser de ce côté, car il perdrait alors ses derniers soutiens qui lui reconnaissent une légitimité démocratique.

Le traitement politique et le ton médiatique contre le Venezuela n’a en fait qu’un seul objectif : le départ de Nicolas Maduro doit être obtenu à tout prix, comme on a voulu en son temps celui d'Hugo Chavez (qui a subi un coup d’état contre lui avant que le peuple ne le soutienne massivement), ou avant lui celui de Salvador Allende. Ils sont détestés, la société est ultra polarisée, tout est épidermique, aucun débat rationnel n'est possible, encore moins un travail en commun bi-partisan pour le bien de l'ensemble des vénézuéliens.

Peut-être faut-il aujourd’hui une nouvelle génération politique au Venezuela ; Nicolas Maduro n'a pas auprès des vénézuéliens l'aura de son prédécesseur ; les acquis sociaux sont réels, mais les difficultés économiques le sont aussi en raison de la chute du prix du pétrole sur lequel le gouvernement avait tout misé.

La vraie question à se poser engage notre vision de la démocratie et des valeurs qui la soutiennent, pour nous-mêmes

On peut être pour ou contre le gouvernement actuel. Mais respecte-t-on la souveraineté des Etats et les choix démocratiques de leur peuple ou non ? Voilà la vraie question.

Laissons de côté le militantisme politique une seconde. Et souvenons-nous de la situation avant 1999. Doit-on se féliciter de la généralisation de l’accès à la santé et à l’éducation ? J’ai visité ce pays hors des sentiers battus touristiques et mes enfants y ont bénéficié de soins gratuits ; « c’est trop en tant qu’étranger » dis-je, « Gracias a Chavez » me répondit fièrement le médecin. Je ne me souviens pas de telles politiques pour la population défavorisée de la part de l’actuelle opposition lorsqu’elle était au pouvoir ; pourtant, elle clame aujourd’hui agir au nom du peuple. Les populations défavorisées d'Amérique latine ont rarement été bien traitées par leurs gouvernants peu enclins à les sortir de l’indigence. D'autres pays sont passés par des conflits armés pour rééquilibrer la politique sociale. Pas le Venezuela. Alors, c'est en humaniste partisan de la paix et non pas en militant politique, que j’apprécie à sa juste valeur la politique sociale menée là-bas. Malgré les imperfections et les erreurs économiques qui ont pu être commises. La situation était extrêmement déséquilibrée, la potion a été tout autant extrême, mais dans le respect de la démocratie. On pourrait crier au populisme comme ici, mais ce serait méconnaître la situation de départ et les droits obtenus.

Il est facile de juger un régime depuis nos très confortables démocraties européennes. N’oublions pas d’où nous venons. Nous avons nous aussi parcouru chaotiquement un long chemin que de nombreux pays commencent à peine à emprunter. A-t-on accepté les ingérences extérieures ? Leurs populations vivent leur situation au quotidien et sont donc mieux placées que nous pour décider démocratiquement et librement de leur destin.

Je sais reconnaître les injustices crasses que nos valeurs humanistes réprouvent.  Nous les avons refusées chez nous. Nous avons érigé un système plus juste. Mais c’est un défi quotidien que de le maintenir.

Si nous acceptons le travail de sape contre un gouvernement démocratique qui tente de réduire ces injustices là-bas, combien de temps faudra-t-il pour qu’on le tolère ici ?

 

 Good night... and Good luck!

comme disait Edward Murrow à la fin de son journal télévisé sur CBS dans les années 50.

 

[1] Carter Center sur la démocratie au Venezuela : https://www.cartercenter.org/countries/venezuela.html. Le Carter Center a notamment oeuvré pour réduire la polarisation de la société et renforcer un journalisme professionnel non politisé.

Carter en 2012: « En réalité, sur les 92 élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde ». http://bfmbusiness.bfmtv.com/bourse/carter-affirme-processus-electoral-venezuela-est-meilleur-monde-341476.html.

Pour être complet, relevons que le Carter Center a aussi exprimé ses préoccupations sur les dérives de cet été, de manière factuelle et non partisane : https://www.cartercenter.org/news/pr/venezuela-080117.html.

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