Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Davos : Mondialisation Fluctuat Nec Mergitur?

Trump tient un discours des plus attendus ce vendredi, le thème de l'impeachment revient sur le devant de la scène. Deux mots sur les déboires juridiques de président américain. Il a annoncé être impatient d’être interrogé sous serment par le procureur spécial Mueller. A ce niveau il faut être très clair :

-        La possible collusion avec la Russie est en train de sombrer et elle se retournerait même contre les démocrates, si l’on en croit la presse américaine. Si le clan Trump n’est pas forcément « clair » sur le sujet, le fait que la CIA ait perdu 5 mois de données, concernant des emails du clan démocrate, n’arrange rien.

-        En fait Mueller va s’intéresser au limogeage de James Comey, l’ancien directeur du FBI. Si Mueller arrive à déterminer que Trump a tenté de faire obstruction à la justice, la situation du président sera des plus critiques.

Selon Google, les demandes du mot « impeachment » ont fortement augmenté !

Mais revenons à Davos. Alors que tous les chefs d’Etats ont insisté sur l’obligation de maintenir le commerce mondial en l’état, les Etats-Unis ont dévoilé une partie de leur jeu jeudi par l’intermédiaire du responsable du Trésor, Mnuchin.

Ce dernier a annoncé que les USA se satisferont d’un dollar faible. La conséquence sur la devise américaine fut sans appel… Techniquement le DXY pourrait se poser sur les 88.43.

La conséquence majeure de ce mouvement sur la devise américaine fut l’appréciation des cours des matières premières. Il faut également noter que le 10Y US reste sagement autour des 2.65% et que la courbe des taux US s’aplatit d’avantage. La baisse du dollar est également un élément favorable pour l’autre pari important de ma stratégie 2018, les pays émergents.

Autre conséquence, le comportement « patient » et « accommodant » de la BCE. En effet, Draghi n’a plus d’autres choix que d’être très lent sur la sortie de son QE sous peine de voir l’appréciation « hystérique » de l’euro, évaporant les rêves de croissance en Europe .

Mais quid du risque majeur de 2018 : la fin du mouvement de mondialisation. La mondialisation  trouve son origine avec l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001.

Or le discours de Trump peut prendre deux directions :

-        Confirmation de l’ « America First », du dollar faible, de la fin du NAFTA, etc…

Ou

-        Digne de son « The Art of The Deal », il trouve les mots pour apaiser les craintes d’une guerre commerciale.

Sur ce dernier point, il faut avouer que l’Europe a perdu les dernières guerres économiques :

-        La guerre de l’informatique. La quasi-totalité des ordinateurs sont construits aux USA ou en Asie

-        La guerre de l’Internet. Vous avez les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) aux USA, les BAT (Baidu, Alibaba, Tencent) en Chine, et …. en Europe

-        La guerre de la Finance ? Selon le FT, des grands patrons de grandes banques envisageraient de déménager le centre de certaines activités vers les Etats-Unis. Le CEO de Credit Suisse a résumé l’idée générale au WEF de Davos : « Never bet against the US economy – that is almost always a losing trade »…

Il faut avouer que d’un côté de l’Atlantique vous avez un environnement favorable, alimenté par la baisse du taux d’imposition sur les sociétés ; une moindre régulation, voire une dérégulation à venir ; une acceptation de la crypto ; etc. De ce côté-ci de l’Atlantique, vous avez : le Brexit, Catalanxit ; une taxe sur les transactions ; MIDIF I, II, III, etc, plus Bâle I, II, III, IV et un flou pas du tout artistique sur les crypto.

Le roi dollar semble malade mais ce n’est pas la première fois que les USA utilisent leur devise comme arme. Ceci à ces limites : la principale étant la douleur que cela inflige aux porteurs de la dette américaine. La Chine et le Japon ne vont pas supporter longtemps de voir leurs trillions de Treasuries fondre comme neige au soleil en raison de la chute du dollar…

Les commentaires de Mnuchin ne furent pas les seuls ! Wilbur Ross, le secrétaire d’état au commerce américain, a « menacé » les relations commerciales avec l’Empire du Milieu.

•ROSS: CHINA `SUPERB' TALKING FREE TRADE, ACTING PROTECTIONIST

A ces attaques plus ou moins voilées, le MOFCOM (ministère des finances chinois) a répliqué :

•CHINA SAYS USTR REPORT OVERLOOKS FACT, SHOWS UNILATERALISM

Ainsi la baisse du dollar peut être résumée par :



Il ne faut pas oublier que la globalisation fut le moteur de la déflation, tournant sur trois cylindres : l’ubérisation, la robotisation et le vieillissement de la population…

Si le commerce mondial se grippe l’inflation pourrait revenir en force et couler la reprise synchronisée tant vantée par les économistes.

 

 

 

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