Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CULTURE/Fleur Pellerin est ministre. Et alors?

Tout le monde le sait maintenant. Fleur Pellerin a succédé à Aurélie Fillipetti comme ministre de la Culture en France. Cette dernière (Aurélie, donc) n'aura pas résisté à un second changement gouvernemental socialiste dans un pays qui semble pourtant fort peu gouverné. Il fallait faire place nette. Elle aurait présenté sa démission. Mais, comme chacun sait, l'Histoire est faite pour se voir récrite. Laissera-t-elle des regrets? On se le demande. Dans "La Tribune de l'art", son journal en ligne, Didier Rykner titre en tout cas son éditorial "Bon débarras!" 

A 41 ans, Fleur Pellerin peut donc à nouveau apparaître comme l'héroïne d'un conte de fée. L'orpheline de Séoul, adoptée à six mois par une famille française, sera allée au bout de ce chemin que nos amis français appellent volontiers "l'excellence". Ravissante, la dame ne possède a priori rien pour s'occuper de culture. Mais il s'agit d'une énarque. Autant dire qu'elle est bonne en tout et nulle en rien, à moins bien sûr qu'elle ne soit nulle en tout et bonne à rien. Les grandes écoles nous réservent toujours des surprises. Attendons donc.

Aucun projet présidentiel 

Sa nomination intervient à un moment critique. François Hollande est le premier président de la Ve République à ne développer aucun projet culturel, même mauvais (1). Il ne s'intéresse visiblement pas à la chose, même par le biais d'une comédienne dont le nom se voit souvent cité dans la presse de boulevard. En dépit de ses promesses électorales, l'homme a ainsi diminué le budget de ce qui constitue pourtant un ministère croupion. Son montant est descendu au dessous du seuil psychologique de 1%. Vous me direz que les Italiens font pire avec 0,2%, mais c'est l'Italie. 

Le moment semble venu de tirer un petit bilan. Le ministère est né d'un coup d'éclat, au temps déjà lointain du général de Gaulle. Un monsieur qui déployait tout de même une certaine envergure. Le président avait créé le poste pour son thuriféraire (laudateur, si vous préférez) André Malraux, qui a tenu les rênes de 1959 à 1969. Etaient ainsi nés les maisons de la culture, les quartiers préservés et le nettoyage régulier des grand monuments historiques. Un peu perdu dans les vapeur de l'alcool et autre stupéfiants, l'écrivain s'était parfois égaré. Il n'en possédait pas moins une vision.

Des noms bien oubliés

Dans l'impressionnante liste des ministres qui se sont succédé depuis, occupant un poste souvent redimensionné (2), il n'y a pas grand monde à retenir. Maurice Druon avait beau être l'auteur des "Rois maudits" et Françoise Giroud la journaliste que l'on sait, ils ont peu marqué leur bref passage. Idem pour Frédéric Mitterrand. La moitié des autres noms ne dirait plus rien à personne. De François Léotard à Renaud Donnedieu de Vavres, ils sont tombés dans les poubelles de l'histoire. Je préciserai juste qu'aucun ministère a connu autant de femmes à sa tête, de Catherine Tasca à Catherine Trautmann, en passant par Christine Albanel. Il ne faut pas voir là le féminisme en marche. Cela signifie juste que le poste demeuré jugé mineur par rapport à l'Intérieur, ou l'Education. 

Il y a aussi eu Jack Lang, me rétorquerez-vous. Effectivement! Entre 1981 et 1993, le maire de Blois a donné quantité d'impulsions, tirant le ministère vers la création contemporaine. On sait que la Culture ressemble à la Justice. Il y a deux plateaux dans la balance. Entre la protection de ce qui existe et l'encouragement à ce qui sera un jour, l'équilibre reste difficile. Lang avait favorisé les "arts vivants", comme si tous les autres étaient morts. Il faut dire qu'ils sont plus médiatiques, tout en favorisant un certain clientélisme. Tant pis pour le patrimoine!

La comparaison italienne

Fleur Pellerin va donc affronter une situation qui s'est bien dégradée depuis, comme l'état de la France d'ailleurs. Il lui sera difficile de renverser la vapeur, surtout si son règne se révèle aussi court que celui des gens l'ayant précédée. Elle a cependant la chance d'arriver en France et non en Italie (3). On ne sait même plus, à Rome, qui se trouve aujourd'hui au gouvernail culturel. Le temps des grands ministres transalpins semble révolu. On se souvient du règne ultra-dynamique de Walter Veltroni entre 1996 et 1998, puis de celui, pétaradant, de Giovanna Melandri, de 1998 à 2001. On avait alors cru au miracle. Notez qu'il y en a bien eu un. La Melandri, économiste au départ, a pris goût aux arts. Elle est devenue directrice de musée. Elle se trouve à la tête du MAXXI romain, consacré à la production du XXIe siècle. 

(1) Un récent éditorial de "Beaux-Arts", mensuel plutôt à gauche, juge le bilan culturel Hollande à mi-parcours pire que celui du règne de Nicolas Sarkozy. C'est dire!
(2) Le poste est devenu un secrétariat d'Etat au temps de Michel Guy et de Françoise Giroud.
(3) Je ne ferai pas de comparaison avec l'Allemagne ou l'Angleterre. Les systèmes y sont trop différents. Bien moins centralisé outre-Rhin.  

Photo (AFP): Fleur Pellerin. L'énarque se trouve désormais à la tête de la Culture.

Prochaine chronique le dimanche 31 août. Florence ouvre son musée du XXe siècle. le lieu est superbe, le résultat peu convaincant.

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