RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

Quel avenir pour les salons à l’ère du digital?

Et si dans 20 ans, le commerce électronique représentait 50% des ventes, les salons horlogers existeraient-ils encore? Si la question n’est pas d’actualité – l’e-commerce ne représente que 5%  des ventes des marques horlogères aujourd’hui – ce pourcentage exceptionnellement haut de ventes électroniques a pourtant fait l’objet d’une hypothèse formulée il y a quelques jours dans une interview (sur Worldtempus) donnée par l’un des grands patrons du luxe, Jean-Christophe Babin, CEO de Bulgari.

Si pratiquement toutes les marques aujourd’hui ont construit leur propre plateforme de vente en ligne, les alliances avec de grands acteurs chinois de ce secteur se multiplient. Aujourd’hui encore, la marque de haute horlogerie H. Moser annonçait son accord avec la plateforme d’e-commerce asiatique JD.Com. Le trend est en pleine croissance. On ne compte plus les collections de montres spéciales créées exclusivement pour des revendeurs en ligne. Net-à-porter et Mister Porter en sont la vitrine la plus large, mais de plus petits acteurs très pointus comme Hodinkee aux Etats-Unis réussissent à vendre en quelques heures des montres à plusieurs dizaines de milliers de francs. Se projeter à grande échelle, à l’ère des supermarchés électroniques regorgeant de produits de luxe, mettrait-il en doute l’existence des salons horlogers, grands rendez-vous des détaillants du monde entier ?

Depuis cinq jours, le monde horloger s’est donné rendez-vous à Genève et la planète entière le regarde. Pas une vidéo sur Facebook qui ne montre la mécanique en mouvement d’une nouveauté horlogère, pas une «story» sur Instagram qui ne dévoile une star hollywoodienne sur le tapis rouge d’une marque de luxe, pas un media électronique qui ne répercute en live le business de tout un secteur qui se joue en quelques jours à un jet de pierre de la rade.

Oui, la haute horlogerie tient salon. Mais pourrait-on imaginer qu’il en soit autrement? Est-ce encore bien utile d’investir lieux et argent quand le monde virtuel fait si bien son travail? A l’heure où les patrons s’accordent à dire que ces rendez-vous sont davantage au service des journalistes que des détaillants de montres qui n’attendent pas la grande messe pour passer commande quand ventes en ligne ou clients réels se manifestent, quel est le futur des salons horlogers? Tout président de marque s’est un jour demandé si l’argent investi dans un stand au SIHH ou à Baselworld ne serait pas mieux dépensé à faire 20 fois le tour du monde à grands renforts de dîners pour aller séduire les clients et influenceurs, quelques photos témoins sur les réseaux sociaux pour faire le buzz. Et si le clic devenait un jour la panacée? 

L’augmentation constante du nombre de marques depuis 28 ans au SIHH et le succès rencontré lors de l’ouverture au public depuis 2017 est une réponse réelle à l’ère du virtuel. Sans salon, l’industrie du luxe se meurt. Sans fenêtre réelle sur les talents, les métiers horlogers et l’art appliqué, où l’on peut voir et toucher les merveilles, pas de tentations, pas d’enthousiasme. Il faut du concret, des nouveaux designs, des records mécaniques, des merveilles d’ingéniosités, du buzz et des scoops soufflés par des patrons de marque, des stars en chair et en os – et cette année il y en a eu beaucoup – des confrontations d’idées pour engendrer la créativité. La créativité et le client. Qui doivent impérativement revenir au centre des préoccupations des marques. L’édition 2018 du SIHH en a pris à nouveau le chemin, soutenue par des ventes en hausse. Les salons horlogers peuvent respirer.

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