RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

Le paradoxe des paddocks

L’équitation est l’un des rares sports complètement mixtes et à l’égalitarisme de fait dans le rapport que chacun entretient avec sa monture. Aujourd’hui pourtant, il paraît divisé. Le «tous égaux sur sa monture» a du plomb dans le garrot. Empêtré dans des querelles qui éloignent les élites fortunées des champions en devenir, le sport équestre, et plus exactement le saut d’obstacles, vit des difficultés structurelles.

Le paradoxe entre la base et l’élite a toujours existé. Entre hommes et femmes d’abord, le déséquilibre est flagrant, aujourd’hui encore. Dans la sphère des loisirs, l’équitation fait un tabac auprès de la gent féminine: sur les 140 000 cavaliers que compte la Suisse, quelque 90% sont des femmes. Le déséquilibre demeure chez les détenteurs d’une licence, avec plus de 80% de licenciées. Mais à très haut niveau, le rapport s’inverse. Il suffit de regarder le top 10, voire le top 20 mondial (FEI Jumping Rankings) en saut d’obstacles pour s’apercevoir qu’il n’y a pas de femmes.

Ces disparités, bien connues du milieu équestre, ne s’amenuisent que très lentement au fil des compétitions. Depuis la fin du rôle utilitaire joué par le cheval (en agriculture et dans la cavalerie), si les deux sexes l’ont élu animal de compagnie, il ne demeure pas moins animal de convoitise au plus haut niveau. Des éleveurs aux propriétaires jusqu’aux instances dirigeantes des fédérations, le choix corporatiste (principalement masculin) reste de mise. Pour la cavalière, les chances de percer restent minces.

Mais les lignes bougent. Deux femmes viennent d’être élues aux instances dirigeantes de la FEI. Et en bordure de piste aussi, les changements s’observent. Beaucoup de femmes sont aujourd’hui propriétaires de chevaux (Steve Guerdat en compte deux parmi les détenteurs de ses chevaux) ou sont mécènes. Le rééquilibrage des forces passera-t-il donc par le pouvoir financier?

Deux millions par saison

Pourtant, en matière de capacités financières, un autre grand paradoxe se dessine. Accéder à certains concours 5 étoiles du «jumping» paraît une voie semée d’obstacles aujourd’hui, si l’on en juge par les sommes astronomiques demandées (le droit d’entrée pour une équipe de la Global Champions League est de deux millions d’euros par saison). L’élévation générale du niveau du sport, des dotations et de la notoriété y est liée, mais ce n’est pas le seul passage obligé.

Le débat tant attendu lors de l’Assemblée générale de la Fédération internationale d’équitation le 21 novembre dernier n’a pas eu lieu. Et les recommandations du Club des cavaliers de saut (IJRC), qui soutenait un sport plus équitable, n’ont été entendues que par 32 fédérations sur 104 votants. 

Le paradoxe des paddocks ne fait que commencer.

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