Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Coûts de la santé: l’ambition fait défaut

Quelle mouche a piqué la directrice de la caisse maladie CSS? Dans une interview publiée récemment dans le SonntagsBlick, Philomena Colatrella suggère que la franchise la plus élevée de l’assurance obligatoire des soins grimpe de 2500  francs à 5000  francs voire à 10 000  francs. Objectif: mettre un terme à la hausse vertigineuse des primes depuis 1996. Selon ses calculs, sa proposition permettrait de réduire la facture mensuelle de chaque assuré d’un montant d’environ 170  francs.

En relevant la franchise maximale à laquelle seule une minorité de personnes pourra souscrire, la patronne de la CSS ne s’attaque pas au véritable défi de l’assurance de base: la progression continue des coûts de la santé. Sa proposition, qui a suscité une vague de protestations sur les réseaux sociaux et parmi les acteurs politiques, manque singulièrement d’ambition. Or, il en faut pour pousser tous les acteurs de la branche à trouver des solutions consensuelles comme le relevait Eric Bernheim, qui fut directeur général d’Assura, dans un entretien accordé à Bilan en automne 2016: «Fixons ensemble un plan de bataille ambitieux avec une définition claire et partagée des objectifs à atteindre.»

Freiner ou encore mieux réduire les coûts de la santé passe par une mise en œuvre de nombreuses mesures cumulatives. Parmi celles-ci, on peut en citer quelques-unes:

– Instaurer un mécanisme destiné à limiter les capacités. Dans de nombreux cantons, l’offre en matière d’infra-structures (cabinets médicaux, sites hospitaliers) et d’équipements (scanners, etc.) est pléthorique.

– Assouplir la liberté de contracter ou, autrement dit, une caisse maladie devrait pouvoir choisir les prestataires qu’elle rembourse sur la base d’indicateurs fiables (qualité des soins, coûts de prise en charge, efficacité des traitements, etc.).

– Recourir aux médicaments génériques et baisser leurs prix dont le niveau est nettement plus élevé qu’à l’étranger.

– Réduire le nombre de prestations remboursées par l’assurance obligatoire des soins.

– Favoriser les traitements ambulatoires et faire en sorte que les cantons participent à leur remboursement. 

Taboues depuis trop longtemps

En raison du manque de courage des acteurs politiques et économiques, qui défendent chacun leur pré carré, ces questions sont restées taboues pendant trop longtemps. Les assurés en paient chaque année le prix avec des primes qui rongent leur pouvoir d’achat. Pour une grande majorité d’entre eux, la situation est devenue intenable.

L’organisation et le financement du système de santé suisse, qui figure parmi les meilleurs de la planète, sont à revoir. Mais le débat mérite mieux que des déclarations provocatrices.

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