Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CONTEMPORAIN / Yverdon invente d'"Incertains lieux"

Pour le moment, le lieu reste au propre incertain. Les artistes mettent la dernière main à des travaux leur ayant parfois pris des mois. Il s'agit d'être prêts dans trois jours. Monté par Karine Tissot au rez-de-chaussée de l'hôtel de ville d'Yverdon, "Incertains lieux" n'a en effet rien d'improvisé. Tout se voit ici concerté. Réfléchi. Le propos. Le dialogue entre créateurs. Le discours de chacun. "Les univers des sept participants se déclinent à chaque fois en créations peintes et en objets tridimensionnels", explique la commissaire et responsable du Centre d'art contemporain nord-vaudois. 

Ils sont donc sept. Comme les piliers de la sagesse. Ou les nains de Blanche-Neige. "Tous nés, éduqués et travaillant en Suisse", précise Karine. Ah bon? "Les choses se sont faites comme ça. Il ne faut pas voir là un désir de pureté ethnique." Six d'entre eux se révèlent en plus romands. Il n'y a guère qu'Yves Netzhammer pour apporter une touche d'exotisme alémanique.

Vingt minutes lisses et froides 

Le Schaffhousois, qui représenta la Suisse à la Biennale de Venise en 2007, reste par ailleurs le seul à se voir représenté par une seule œuvre. Bidimensionnelle. Il s'agit d'un film en images de synthèse, "Peripheries of Bodies". Le spectateur s'y trouve plongé dans un monde cohérent, mais insaisissable. Vingt minutes d'un spectacle beau et froid, comme (presque) tout ce qui sort d'un ordinateur. On comprend pourquoi Camille Scherrer a choisi du vrai papier pour animer sa lecture d'un livre de contes. Vous en tournez les pages, sous une caméra. Elles se retrouvent sur un écran. De chacune d'elles sortent des images découpées... 

Pour respecter la règle du jeu, Camille propose ailleurs un faux nichoir et une projection murale. La seconde montre les photos d'oiseaux prenant la becquée loin d'ici, dans un vrai nichoir. Le premier est conçu pour cracher les dites photos, qui auront transité par Twitter. Voilà qui semble, de prime abord, plus chaleureux que les installations où Sébastien Mettraux illustre nos peurs et nos besoins de réflexes sécuritaires. Une sirène d'alarme. Une potence étayant une fenêtre... Mais, à tout prendre, si même les moineaux n'ont plus droit à une vie privée, où allons-nous?

Une ville en emballages d'ordinateurs 

"Il existe plusieurs lectures pour la participation de Pascale Favre", explique Karine Tissot. Un technicien, débarqué ici, n'y a récemment vu que d'anciens conditionnements pour matériel électronique. Il était dans le vrai. La Genevoise a récolté durant cinq ans ces emballages dans la rue. Mais elle en a fait autre chose. En les retournant, Pascale invente une ville miniature, n'allant pas sans évoquer les châteaux de sable. Une ville ou des châteaux qu'elle complète par une fresque, réalisée au ruban adhésif et quelques dessins, médium à la mode s'il en est. 

Fils du sculpteur Olivier Estoppey, qu'on connaît notamment pour ses création monumentales de "Bex & Arts", Guillaume voit aussi très grand. Il donne notamment un immense tableau, exécuté au pastel, dont le Lausannois multiplie les couches. "Un travail de fou", assure la commissaire, qui souligne les déformations optiques auquel l'artiste se livre dans un ouvrage d'apparence hyper-réaliste. Il y a aussi du labeur dans l'installation de Joëlle Flumet, qui dessine à l'ordinateur des sujets tirés de la vie anonyme des bureaux. "Des dessins qui se voient ensuite montrés sur le mur par la vieille technique du rétro-projecteur". Les appareils sont une dizaine, poncés et repeints de couleur uniforme pour souligner l'impersonnalité des mondes représentés.

Le virtuel reproduit en peintures 

Le Genevois d'adoption Jérôme Stettler termine au pinceau sa vaste représentation murale. "Quand il m'a demandé de venir le voir dans son atelier, Jérôme m'a présenté d'un coup sa production picturale de deux ans", raconte Karine. Là aussi, l'ancien et le moderne se mélangent. Le motif est tracé virtuellement. Mais il donne lieu, pour les petits tableaux annexes, non pas à une imprimante, mais à une peinture d'après... Il y a du bénédictin là-dedans. La chose ne semble pas déplaire à l'intéressé qui a encore bien à faire, d'ici le vernissage du 1er mars.

Pratique

"Incertains lieux", Centre d'art contemporain, Hôtel de Ville, place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, jusqu'au 4 mai. Tél. 024 423 63 80, site www.centre-art-yverdon Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h. Nombreuses animations. L'exposition se prolonge au Théâtre Benno Besson par une exposition Sébastien Mettraux et au Théâtre de l'Echandole par une exposition Camille Scherrer. "Incertains lieux" se verra repris en 2016 à la Villa dei Cedri de Bellinzone. Photo (DR): Une des peintures présentées par Jérôme Stettler.

Prochaine chronique (longtemps repoussée...) le jeudi 6 mars. L'Hermitage illustre à Lausanne "Le goût de Diderot".

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."