Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CONTEMPORAIN/Genève décerne ses Bourses

L'exposition se termine inexorablement le 11 janvier. Désolé. Je n'avais pas remarqué l'affiche. Illisible! A force de vouloir se faire remarquer par des effets optiques, il arrive un moment où vous découragez les regards. Ce placard-là fait mal aux yeux. Les organisateurs auraient dû le savoir. Il s'agit de la dérivation d'une idée (?) déjà exploitée... 

Voilà qui semble dommage. La présentation des Bourses de la Ville de Genève par le Centre d'Art contemporain mérite en effet le détour. Sobre et aérée, elle met les quatorze candidats en valeur. Rappelons qu'ils postulaient pour les Prix Berthoud, Lissignol-Chevalier et Galland. Les résultats ont été proclamés le 12 décembre, jour de l'Escalade. Pauline Julier a obtenu la Bourse Berthoud, Camille Buhler a reçu l'une des Lissignol-Chevalier-Galland, l'autre ayant été coupée en deux (comme la poire) au profit de Mathieu Dafflon et de Delphine Renault. Je ne dis par que les jurés ont mal voté. Je ne me permettrais pas. Disons que nous n'avons tout simplement pas les mêmes goûts.

Un long film sur l'archipel Tuvalu 

Evidemment, avec Pauline Julier, on va dans l'écologique, le féminin et bien pensant. C'était méritoire de faire un film sur le malheureux archipel Tuvalu, indépendant depuis 1978. Les îles risquent de finir sous les eaux vers 2050. Il s'agit là d'un honorable reportage, pour qui supporte bien sûr les vidéos très lentes. Mais il y a confusion des genres. On imagine davantage la chose à "Temps présent", sur la TV romande, que dans un centre d'art. Ne serait-ce que pour le taux d'écoute! Je signale que j'ai visité le Centre un dimanche de gratuité. J'étais absolument seul (à part le gardien, bien sûr !). Une solitude qui m'amène, du reste, à me poser des questions sur l'accueil réel fait à certaines expositions genevoises. 

Je n'ai pas grand chose à dire sur Camille Buhler. La forme de sa prestation m'est déjà sortie de la tête. Un signe qui ne trompe pas. Le pari que tient Mathieu Dafflon tient de la virtuosité. Karel Appel, un des membres de Cobra, était célèbre dans les années 1950 et 1960 par ses empâtements de couleurs. Le Genevois le reprend sous forme de trompe-l’œil. Ses toiles restent parfaitement lisses. Je n'ai enfin strictement rien à dire du travail de Delphine Renault, tant ses images ont déjà été vues mille fois.

Performances caligrammes 

Alors qu'est-ce qui m'a plu, puisque je m'applique ici à parler à la première personne du singulier? Mais le reste! Le divorce est total. A moins que les jurés aient tenu à promouvoir ses artistes moins vus. On vient de redécouvrir Raphaël Juillard, le ludion de l'art genevois, au Centre d'Edition contemporaine. On ne peut pas dire que sa partenaire Martina-Sofie Wildberger soit une inconnue. J'aime pourtant beaucoup ici ses traces de performance qui, exposées aux murs comme des tableaux, forment des calligrammes. Une séduisante compression de l'espace-temps. La série de quelques 130 dessins d'Eric Winarto, un créateur qu'on a beaucoup vu, notamment dans la défunte galerie Charlotte Moser, ne manque pas de panache. Le Malais de Genève a tout même dû se renouveler plus de 130 fois entre 2012 et 2014. 

Est-ce tout? Non. La série d'images de Rob van Leijsen est un pincée de sel. Le Néerlandais montre des maisons suisses derrière leurs haies bien taillée. Seulement voilà! La hauteur légale se révèle différente dans chaque canton alémanique, d'où une vision renouvelée du fédéralisme. L'immense peinture de Marco Scorti, où l'acrylique se mêle au crayon, fait preuve d'une figuration un peu allumée. J'ai un gros faible pour les quatre petites gravures présentées par Alexandre Renaud. C'est enfin un plaisir de reconnaître les barrières de circulations tordues par des chauffards, que Nicolas Muller transforme en dessins dans l'espace. Je rappellerai qu'elles étaient récemment au Centre d'art contemporain d'Yverdon comme dans l'exposition genevoise de Kugler, montée en collaboration avec le Mamco. 

Vous voyez que cela en fait, des choses à voir! D'autant plus que vous donnerez peut-être raison aux juré(e)s. Tous les goûts sont dans la nature, et même en dehors de celle-ci.

Pratique

"Bourses de la Ville de Genève", Centre d'Art contemporain, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 11 janvier. Tél. 022 329 18 42, site www.centre.ch Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h. Photo (DR): Les barrières tordue de Nicolas Muller, ici photographiées à Yverdon.

Prochaine chronique le mercredi 7 janvier. L'Ariana montre à Genève la part artistique de la verrerie de Saint-Prex. A découvrir!

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