Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CONTEMPORAIN/Dardagny accueille samedi Le Voyageur

Il y avait le Cirque Knie. Le Mamco en proposera dès demain une version plus culturelle, mais aussi plus modeste. «Le Voyageur» commencera sa tournée à Dardagny, avant de gagner Le Lignon, Cologny, Vernier ou Annecy. En piste, il n'y aura ni acrobates, ni jongleurs, mais des œuvres d'art contemporain. Un pari audacieux. Une idée dont il convient de parler avec son auteur Christian Bernard, directeur d'une institution qui se multiplie en ce moment. «Le Voyageur» arrive quelques jours après les nouveaux accrochages du musée et l'exposition du Rath sur les «Biens publics». 

Qu'est-ce qui vous amène, Christian Bernard, à promener le musée dans les communes du canton?
C'est extrêmement simple. En vingt ans d'existence, nous avons fidélisé un public de plus en plus large. Dans les 56'604 entrées réalisées en 2014, il y a les visites régulières d'un noyau de fidèles que j'estime à environ 8000 personnes. Huit mille personnes acquises, c'est très bien. Je suis heureux que d'autres gens franchissent notre seuil sans s'y voir obligés par l'école ou le groupe. Mais il nous faut aller au devant de nouveaux publics. Il se fait que nous sommes l'une des cinq institutions à vocation culturelle où l'Etat se déclare partie prenante. Or l'Etat, c'est le canton entier. Nous avons un devoir vis à vis de l'ensemble des communes. 

Comment est né «Le Voyageur»?
Il nous fallait une structure mobile légère, solide et peu coûteuse. Basique, en un mot. Une boîte qu'on édifierait sans trop de problèmes de montage et de démontage, même s'il faudra une semaine pour chacune de ces deux opérations. Il s'agit tout de même d'un lieu provisoire assez grand. «Le Voyageur», qu'a imaginé Fabrice Gygi et qu'a réalisé Tarramo Brönimann, mesure vingt-sept mètres de long sur neuf de large. Sa hauteur maximale est de six mètres. Il s'agit d'un bel objet de 212 mètres carrés, réalisé pour 700'000 francs, qui doit durer au moins dix ans. 

Comment l'argent a-t-il été trouvé?
Il s'agit de fonds privés. Il y a ceux d'une fondation romande qui n'aime plus trop voir son nom cité. La Loterie romande. La Fondation meyrinoise. Et quelques autres donateurs... 

De quelle manière espérez-vous ne pas vous ruiner dans cette opération?
A terme, le projet ne semble viable que si les communes d'accueil, qui pourront s'associer à plusieurs pour limiter les frais, participent à l'accueil du «Voyageur». Il y a notamment par le gardiennage. Ce ne sera pas le cas en 2015. Nous fournissons un galop d'essai gratuit. Cela dit, les expositions que nous proposerons, différentes à chaque station, n'auront rien de dispendieux. Elles partiront des collections. La première, dès le samedi 14 mars à Dardagny, portera sur le paysage. La suivante s'intitulera «Le retour du réel». L'accrochage se verra rythmé par des visites. Des «guides volants» seront présents. De petits concerts trouveront place. L'intérêt doit être soutenu, maintenu pendant les deux semaines de notre visite. 

Beaubourg tenté l'expérience, qui s'est soldée par un échec.
L'expérience a fini en catastrophe! L'investissement dans l'objet lui-même était bien trop grand. Les organisateurs ont voulu promener des tableaux très chers, même s'il ne s'agissait pas des grands chefs-d’œuvre du musée. Mais un Picasso ou un Matisse, même secondaires, supposent des coûts d'assurance exorbitants. Résultat, les villes d'accueil devaient passer à la caisse. C'était trop coûteux pour trop peu de temps. L'idée a fini par capoter, et le chapiteau par disparaître. Notre chance est peut-être celle de ne pas avoir d'argent à jeter par les fenêtres. 

Vous irez aussi à Annecy en 2015. Quel rapport avec le canton?
Nous y avons été invités, sans l'avoir cherché. Nous avons accepté l'offre. Cela dit, quand je pense au «Voyageur», je vois pour nous de «nouvelles frontières», comme en envisageaient les pionniers américains. Cela nous donne le droit de les traverser. 

Comment voyez-vous l'action dans le temps?
Ce sera à mon successeur de le voir, puisqu'il s'agit de ma dernière année à la tête du Mamco. Disons que j'imagine sept stations par an. Je n'exclurais pas l'idée de revenir dans certains endroits se montrant fidèles. J’ajouterais qu'il s'agit d'un travail d'approche patient. Le Mamco a mis dix ans avant de devenir une fondation publique. Tout ne se fait pas un un jour.

Pratique

«L'invention du paysage», Le Voyageur, 22, route de la Donzelle, Dardagny, du 14 au 29 mars. Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 10h à 20h. Inauguration le samedi 14 à 16h. Site www.mamco.ch

Prochaine étape au Lignon du 11 au 26 avril avec «Le retour du réel». Photo (Mamco): le montage du Voyageur à Dardagny.

Prochaine chronique le samedi 14 mars. La TEFAF a ouvert à Maastricht. Les salons vont se multiplier à Paris dès le 24 mars. Comment vont-ils trouver leurs clients?

 

 

 

 

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