Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CONFÉRENCES / L'Université va parler de "L'argent"

C'est un roman de Zola, qui a inspiré un des chefs-d’œuvre du muet à Marcel L'Herbier. Plus récemment, Robert Bresson en a aussi fait un film. Omniprésent dans les conversations et dans les polars, "L'Argent" va faire dès le jeudi 10 octobre l'objet d'un cycle de conférences (gratuites!) à Uni Bastions. Il y a derrière elle la jeune Maison de l'Histoire.

Neuf causeries figurent au programme jusqu'au 12 décembre, jour de l'Escalade. Il s'agit d'aborder la question sous tous les angles, un peu comme pour un tableau cubiste. Les feux s'ouvriront cette semaine avec "François d'Assise face à l'argent", ce qui permettra de parler de pauvreté volontaire au Moyen Age. Ce sera l'affaire d'André Vauchez. Suivra, le 17 octobre, une une vieille question, traitée cette fois par Philip Benedict, "Protestants et catholiques face à l'argent". Nous serons au XVIe siècle.

De Vermeer à la crise Baring de 1890

Par la suite, Jan Blanc parlera de "Vermeer et l'amour de l'argent". Un sujet qui a récemment préoccupé les historiens de l'art. Youssef Cassis abordera "Les mutations récentes du monde de la banque". Michel Aberson parlera de "L'argent des dieux", Fabrice Brandli de "L'argent en diplomatie" et Juan Flores de la Crise Baring de 1890, qui provoqua une panique financière. Michel Porret se concentrera sur les "Fausses monnaies et faux monnayeurs". Marc Perrenoud terminera le cycle, interrompu par une soirée où Florence Dupont parlera de "L'homosexualité entre Anciens et Modernes", avec les "Banquiers et diplomates suisses, 1938-1946". Un sujet chaud, juste avant une guerre froide.

Mais comment le cycle a-t-il organisé et quel est son but? Petite discussion avec le professeur Michel Porret.

Qu'est-ce d'abord, Michel Porret, que La maison de l'Histoire?
Il s'agit d'une initiative, née il y a trois ou quatre ans d'un groupe de quelques personnes. Leur idée était de valoriser les activités liées à l'Histoire dans le cadre universitaire genevois. De l'Histoire, il s'en trouve en effet partout, aussi bien en droit qu'en médecine. La Maison serait leur plate-forme, ou plutôt leur vitrine. Elle mettrait en valeur des recherches, tout en les tournant vers un public. L'entreprise a vite été soutenue par le rectorat.

Vous proposez maintenant un cycle.
Le premier du genre pour nous! La Maison soutient des colloques et des publications. Il se manifestait une volonté pour créer une série de conférences s'adressant à un auditoire plus large, avec un thème d'intérêt général. Nous avons aussi, pour 2015, le projet d'une journée d'Histoire, qui se répéterait à raison d'une par an, ou une tous les deux ans. Elle unirait nos forces avec celles d'autres associations locales vouées à cette discipline.

Vous avez donc opté pour l'argent, le seul sujet sans doute avec la mort intéressant tout le monde.
Oui. Ceux qui n'en ont pas, ceux qui en ont juste et ceux qui en ont trop. Il y avait en plus l'ancrage genevois. Il existe ici une tradition de la banque. Il s'agit aussi d'une ville où une forte pauvreté, de plus en plus visible, se heurte à une richesse dont l'insolence frappe toujours davantage. Les conférences se situent aussi, dans un cadre plus général, au moment où le modèle de l'Etat-Providence apparaît partout menacé. Et puis l'argent touche à toutes les branches. Il est politique, social, économique bien sûr, mais aussi éthique et judiciaire.

Comment le cycle a-t-il été monté?
Avec des volontaires. Nous avons fait un appel d'offres, un peu comme on jette un hameçon. Et la pêche s'est révélée miraculeuse. Il s'agissait dès lors de panacher, en suivant un fil historique. On voit ainsi que les problèmes financiers traversent toutes les époques, tous les pays et tous les milieux. Il aurait peut-être fallu quelque chose sur les bandits d'honneur, du genre Robin des Bois ou Cartouche. Le grand problème actuel est en effet celui de la redistribution des richesses. Je rappellerai juste qu'il existe plusieurs modèles. Il y a celui de la philanthropie que symbolisait, sur un vieux billet suisse de 100 francs, saint Martin coupant son manteau en deux. Ce type vise à faire taire les révoltes. Il existe le modèle socialiste de l'Angleterre travailliste de l’immédiat après-guerre, qui n'a rien à voir avec l'action postérieure d'un Tony Blair. Il y a le libéralisme pur d'un Guizot sous Louis-Philippe. "Enrichissez-vous". Un mot d'ordre que reprend bizarrement la Chine communiste. Et enfin l'Etat-Providence, dont on découvre qu'il était lié à la prospérité des Trente Glorieuses.

Quels auditeurs visez-vous?
Aucuns en particulier. Nous espérons surtout attirer des gens. Je dirais que le public idéal serait formé de personnes intéressées par la Cité et les problèmes liés à l'argent. Je vois un peu notre public comme celui qui fréquente les librairies. Mais, comme vous le savez, les librairies se portent très mal en ce moment...

Pratique

Maison de l'Histoire, conférences le jeudi dès le 10 octobre. Programme détaillé sur www.unige.ch/rectorat/maison-histoire/actualités-1/ Les exposés ont lieu de 18h15 à 19h30 à Uni-Bastions, 5, rue de Candolle, salle B112, sauf les conférences du 31 octobre et du 5 décembre qui se dérouleront à Uni Dufour, U600. Photo (DR). Une entremetteuse de Vermeer. Une des conférences portera sur "Johannes Vermeer et l'amour de l'argent".

Prochaine chronique le jeudi 10 octobre. Venise propose une exposition Léonard de Vinci. Elle est bien mal annoncée...

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