R Payro

FONDATEUR DE PAYRO COMMUNICATION

Economiste de formation, Ricardo Payro a débuté sa carrière comme private banker chez Pictet & Cie. Après 6 ans au contact des clients privés, il crée et dirige le département Communication de la Banque, dont il a conçu les premières règles d’identité visuelle, les premières campagnes publicitaires et le premier site web.

En 2000, il rejoint la Banque SYZ & CO, la «success story» du monde bancaire genevois, dont il initie également toute la stratégie de communication. Il a ainsi doté la Banque SYZ & CO et ses fonds OYSTER d’une image forte et distinctive, notamment à travers des campagnes publicitaires remarquées. En 2013, il fonde Payro Communication, qui fournit aux entreprises, en particulier dans le domaine financier, des services de communication traditionnelle et digitale.

Ricardo anime le blog Finance Corner qui est consacré aux nouvelles et problématiques de la place financière genevoise.

Compliance et régulateurs: Soutien ou entrave ?

Dans les années soixante, Toyota mit en place une série de processus afin d'augmenter la qualité de ses produits. De nos jours, la méthode Six Sigma développée par Motorola vise à améliorer sans cesse la qualité des produits et des services.

La conformité d'un produit à des normes légales est sans conteste l'un des éléments qui déterminent sa qualité. A l'approche de Noël, qui penserait à acheter un jouet d'enfant dont la résistance au feu ou l'innocuité des matériaux n'auraientt pas été certifiées par une norme reconnue?

De même, en veillant à la bonne application des lois et règlements, le département Compliance d'une banque diminue ses risques légaux et réglementaires et contribue donc à sa qualité. Au niveau national, le régulateur devrait jouer le même rôle, en fixant les bonnes pratiques et en assurant ainsi la réputation et la compétitivité de la place financière.

Pourtant dans la pratique, on est souvent bien loin des fameux Kaizen japonais, ces cercles de qualité regroupant les ouvriers et les cadres pour aider l'entreprise à être toujours meilleure. En effet, plutôt qu'une aide à la réduction du risque et à l'amélioration de la qualité, ces organes constituent malheureusement souvent des entraves à la compétitivité et à la satisfaction des clients. En effet, deux éléments essentiels à une vraie politique de qualité manquent pour en faire des soutiens efficaces: l'implication active des praticiens du métier et l'écoute de la voix des investisseurs.

Au service de l'entreprise?

Les règlements et normes mis en place par le législateur fournissent un cadre général et des principes directeurs qu'il faut souvent interpréter dans la pratique quotidienne. La conformité n'est pas toujours une science exacte et s'apparente parfois à l'interprétation des rêves ou à la lecture du marc de café. Dans ce processus, un bon département de Compliance devrait se considérer comme un avocat de la banque et faire valoir son point de vue auprès des régulateurs.

Son but doit être de permettre à l'entreprise de fonctionner et de se développer, tout en respectant les règles établies. En réalité, on a souvent l'impression que ces deux premiers éléments (permettre de fonctionner et de se développer) sont oubliés, au profit d'une lecture toujours restrictive et destinée avant tout à se couvrir en cas de problème. Cela ressemble à ces flacons de comprimés dont le couvercle est destiné à empêcher l'ouverture par des enfants et qui sont tout bonnement impossibles à ouvrir par qui que ce soit. Le danger d'empoisonnement est certes écarté, mais la guérison devient également impossible.

Ecouter les clients?

La raison d'être du contrôle de conformité réglementaire est la défense des intérêts des consommateurs. Or, il serait intéressant de savoir quand les décideurs concernés ont rencontré et écouté un client en chair et en os pour la dernière fois. En effet, l'ouverture d'un compte dans une banque privée s'apparente désormais à un véritable parcours du combattant, impliquant la signature d'au minimum une douzaine de formulaires juridiques, sans parler des longs interrogatoires à subir sur l'origine des fonds et son niveau de compétence financière.

Et les investisseurs ne sont pas dupes: Ces longs disclaimers et ces conditions générales interminables ne sont pas là pour les informer mais simplement pour couvrir les arrières de la banque. Si on leur demandait leur avis, il est certain qu'ils préféreraient un autre mode de fonctionnement.

C'est vrai que la vie serait tellement plus simple sans clients!… Mais quelle est la raison d'être d'un gardien de prison sans prisonniers?

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