Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

COMPIÈGNE/Franz Xaver Winterhalter portraitiste du Second Empire

Crédits: Château-palais de Compiègne

C'était le peintre des élégances couronnées. Dans une Europe où seule la Suisse (et Saint-Marin, qui compte pour beurre) étaient en république, Franz Xaver Winterthalter (1805-1873) a ainsi pu faire une carrière éblouissante. «On dirait qu'à toute tête auguste il faut la consécration de son pinceau», brocardait son confrère Alfred Stevens. Il faut dire que le tableau de chasse du maître allemand a de quoi impressionner: Louis-Philippe, Sissi, la tsarine Maria Alexandrovna, des souverains belges, la reine Victoria, Napoléon III et Eugénie. Qui dit mieux? 

Célébré de manière un peu servile de son temps, l'art de Winterhalter a subi le pire des purgatoires au XXe siècle. Il a servi d'illustration en couleurs pour les livres d'histoire. La critique lui a reproché ses flatteries, sa psychologie superficielle et son brillant. Il faut dire qu'entre les effigies de l'impératrice Eugénie par son artiste favori («il me connaît si bien que je n'ai pas besoin de poser pour lui») et la réalité des photos de la dame par Gustave Le Gray, il y a une grosse marge. Winterhalter serait du coup un mondain, indigne de venir après Goya. Le portrait se doit de rester sans concession. Cela dit, rien n'a changé depuis le Second Empire. Bien au contraire. Les images «photoshopées» sont allées nettement plus loin dans "l'amélioration" de la vérité. Pensez aux couvertures des magazines...

Le décor d'époque

Winterhalter se retrouve aujourd'hui au château de Compiègne, après avoir connu une première rétrospective parisienne au Petit Palais en 1988. La chose peut sembler logique. C'était un des lieux favoris de la cour de Napoléon III et de nombreux décors sont restés en place, l'opéra, laissé inachevé à la chute de l'empire en 1870, ayant finalement ouvert en 1991. Notons que ce domaine, lié au pouvoir depuis le haut Moyen Age (au moins le VIe siècle), fait figure de parent pauvre lorsqu'il s'agit de dépenses. A coté de Versailles, l'enfant gâté, et de Fontainebleau, le cousin de province, il s'agit aujourd'hui d'un immense bâtiment triste, et donc peu visité. 

Il ne faut donc pas s'attendre ici à des expositions rutilantes, même si ce Winterhalter (lié au «Spectaculaire Second Empire» du Musée d'Orsay) a curieusement bénéficié d'un gros budget publicitaire. A l'étage, tout se passe ainsi dans une immense salle et le salon voisin. Il s'agit en réalité de la version compressée d'une manifestation ayant eu lieu l'hiver dernier à Freiburg im Brisgau, et qui a aussi connu une étape à Houston. Il y a fatalement eu des sacrifiés. Restent les portraits de la cour de Victoria, prêtés par Elizabeth II, ceux des rois belges et de Louis-Philippe. «Le Décaméron», d'après Boccace, qui lança la carrière internationale de Winterhalter en 1837, se résume à une petite réplique. Le visiteur suisse s'amusera de découvrir la le beau portrait d'une Bernoise d''Interlaken anonyme, en costume régional, qui l'artiste a gardé pour lui toute sa vie.

Couleurs suaves 

Si le couple impérial est naturellement présent, le regard cherche en vain l'immense portrait de l'impératrice et de ses dames d'honneur, qui fait pourtant l'affiche. Il est resté au Musée du Second Empire de Compiègne... ouvert à d'autres heures. Un couac regrettable. Il s'agit là d'une toile qui en jette, grâce à tous les artifices dont Winterhalter se montre capable. Couleurs suaves. Eclairages artificiels. Composition élégante. Jolies femmes. L'homme savait manier un pinceau, même s'il lui manque le chic et, soyons justes, le talent éblouissant de son prédécesseur Sir Thomas Lawrence, mort en 1830. Nous restons ici dans le joli, dont on dit un peu trop facilement qu'il est l'ennemi du beau. Mais quel est au fait l'adversaire du laid? Le vilain?

Pratique 

«Winterhalter, portraits de Cour entre faste et élégance», château-palais de Compiègne, place du Général-de-Gaulle, Compiègne, jusqu'au 15 janvier. Tél. 00334 44 38 47 00, site www.musees-palaisdecompiegne.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h. 

Photo (Château-palais de Compiègne): "L'impératrice Eugénie et ses dames d'honneur". Le tableau de l'affiche... qui ne figure pas dans les salles d'expsoition.

Texte intercalaire.

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