Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Communiquer pour être entendu

“Lève-toi et parle, mon fils !”. Il existe trois types de communication selon les genres que nous voulons utiliser pour occuper l’espace public. Nous voulons soit être objectifs, soit développer une argumentation, soit encore donner un avis délibérément subjectif. Philippe Breton et Serge Proulx ont ainsi défini ces trois types d’action en parlant de communication informative, argumentative et expressive.

Tout d’abord, la communication informative a pour but de définir le plus objectivement possible un fait et un événement dont le rapporteur a été le témoin, en évitant tout pathos et toute opinion personnelle. Ce procédé demande une grande exigence éthique, ainsi qu’une capacité à s’oublier soi-même au profit de l’information et de la réalité des faits stricto sensu. Lorsque j’étais étudiant en communication à New York University, j’ai suivi un cours intitulé Urban reporting donné par un professeur, journaliste au New York Times. Au début de l’année, il nous donna notre mission : couvrir, chaque mercredi, la conférence de presse du maire de New York, Ed Koch. Au début, en faisant un compte-rendu de 6000 signes, puis de 5000 signes, et ainsi de suite, jusqu’à rédiger un seul paragraphe, puis une phrase, puis un titre, et enfin un mot-clé. Il nous exhortait en souriant : « A la fin de ce cours, vous écrirez tous exactement la même phrase, car je vais tuer votre personnalité ! ».

Et en effet, après un an de ce travail rigoureux, presque monacal, nous avons tous écrit la même phrase : informative, factuelle, précise et claire. Nous rapportions les news et riens que les news. Comme l’affirment les devises du New York Times : "All the news that’s fit to print “, et du Wall Street Journal: “What’s News”. L’objectif consiste à relater des descriptions et des comptes-rendus objectifs et factuels pour raconter le réel au plus près de sa conscience, et de le faire avec une grande exigence d’élaboration et de construction narrative. La communication informative est celle que pratiquent les journalistes de qualité, les grands reporters, les historiens, les documentalistes, les greffiers, ainsi que les métiers touchant aux technologies de l’information. Les faits, rien que les faits.

Ensuite, la communication argumentative a pour objectif de convaincre un auditoire ou un vaste public des opinions de l’émetteur du message. Il s’agit bien d’exprimer une opinion en l’appuyant sur des faits, sur des éléments renforçant le sens de l’argument, et sur un ressenti permettant de développer la force du message. Il ne s’agit pas d’un énoncé expressif, mais d’un énoncé performatif, visant à agir sur l’autre ou sur les autres de manière structurée et convaincante. Il ne s’agit pas non plus d’un énoncé informatif pur, basé sur les faits. Ici, le rapport à l’émotion est contrôlé.

La communication argumentative suppose qu’il y ait débat d’opinions, et que l’orateur le plus convaincant emporte l’adhésion du plus grand nombre. La force des énoncés est clé, tout comme l’enthousiasme et le niveau d’énergie dont doit faire preuve l’orateur pour les énumérer. La technique utilisée pour ce type de communication vise essentiellement à partir de l’opinion de l’émetteur pour la transformer en argument politique, commercial ou marketing. Les métiers pratiquant la communication argumentative concernent notamment les hommes et les femmes politiques, les responsables de communication et de marketing dans le secteur public comme dans le secteur privé, les éditorialistes, les théologiens, les professeurs universitaires, les lobbyistes, les avocats, les commerçants, les commerciaux et les publicitaires.

Selon le sociologue Uli Windish, il existe même des « communautés argumentatives », voire corporatistes, qui font valoir leurs opinions de manière structurée et répétitive. Les grands enjeux de société relèvent de la communication argumentative: comme par exemple sortir du nucléaire, régler le problème du Proche-Orient, lutter contre le terrorisme, diminuer le chômage, ou encore réduire le réchauffement climatique.

Enfin, dernier modèle, la communication expressive est l’extériorisation de sentiments et d’émotions de manière personnelle et subjective. Elle renvoie généralement au théâtre, à l’art dramatique, à la peinture, à la poésie ou encore à la littérature. Ses crédos sont la métaphore et l’expression imagée et symbolique. Le rapport à l’émotion, dans ce cas, est extériorisé et assumé. L’empathie est son moteur.

Ces trois types de communication et la grande variété des métiers qui en découle nécessitent, pour l’émetteur ou le locuteur, de savoir regarder le monde autrement, sans œillères, et d’aimer l’échange, le dialogue, la circulation des idées et le mouvement. A bon entendeur !

 

 

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