Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Comment interpréter la récente évolution du pétrole?

Le pétrole a connu quatre jours de hausse où le crude oil est passé de près de 40 USD à 48 USD, soit 20% d'augmentation. Depuis, nous sommes tombés de plus de 6% à moins de 45 USD. Une unique raison ne saurait expliquer cette forte volatilité. Les explications sont encore floues, mais nous pouvons toutefois en relever quelques-unes.

Les causes de la hausse et de la chute

Tout d'abord, fin août dernier, l'OPEP, qui produit près de 40% du pétrole mondial, a déclaré être prêt à discuter avec d'autres exportateurs de pétrole afin d'atteindre « un prix juste et raisonnable », tandis que, jusqu'ici, l'Arabie Saoudite s'est fermement opposée au sein de l'organisation à une baisse de la production pour soutenir le prix du baril.

La logique de l'Arabie Saoudite est claire : elle veut une action coordonnée au niveau international car elle refuse de baisser sa production seule, et donc perdre des parts de marché, alors que les autres producteurs en profiteraient en gardant leur production inchangée. Comme précédemment écrit, l'Arabie Saoudite vise ainsi principalement le pétrole de schiste, qu’elle voit d’un très mauvais oeil. Mais il est tout de même peu probable qu'un accord mondial intervienne, car une initiative similaire du président algérien Bouteflika en mars dernier a été un coup d'épée dans l'eau. De plus, ceci entraverait clairement la concurrence au travers d’une entente sur la production qui ressurgirait sur les prix.

D’un autre côté, des événements plus mineurs sont entrés en jeu. En effet, les récents commentaires de la Russie, selon lesquels elle serait prête à coopérer (avec le Venezuela notamment, dont l’économie souffre le martyr à cause de la chute de l’or noir), ont également été un motif d'espoir pour de nombreux investisseurs et ont très probablement amplifié cette hausse. La révision à la baisse des stocks américains de pétrole a également joué un rôle dans cette hausse. En effet, cela a enthousiasmé les marchés qui ont pensé à une baisse de l’offre. Mais cela doit être soutenable sur le long terme, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Cette hausse s’est ensuite suivie d’une chute, qui est également due à deux différents facteurs. Les inventaires de crude oil aux Etats-Unis sont sortis plus élevés qu’attendu mercredi dernier, ce qui montre une accentuation de l’offre et met une pression sur les prix. L’Iran, par le biais de son ministre du pétrole, a déclaré vouloir augmenter d’un million de barils par jour sa production de pétrole, dès lors que les sanctions seront levées. Ceci créerait une offre supplémentaire face à une demande moribonde, ce qui mécaniquement ferait baisser les prix.

Notre vue change-t-elle sur le pétrole ?

Nous pouvons penser qu’il ne s’agit pas là d’un retournement durable. En effet, il suffit simplement de regarder les fondamentaux, qui restent les mêmes et tendent vers une baisse depuis juin 2014. Bien évidemment, des rebonds temporaires peuvent survenir, comme sur tout marché et comme il en est survenu d’avril à juin sur le pétrole, mais il faut avoir une vision générale. Ainsi, nous continuons de penser, comme nous l’avions annoncé en janvier dernier, que nous pouvons atteindre les 30 USD sur le crude oil d’ici à la fin de l’année.

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