Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Citius, Altius, Fortius.*

Je m’en souviens comme si c’était hier… Ce jour-là, j’avais rendez-vous avec Stéphane Benoit-Godet pour partager un café et quelques échanges d’idées dans un bistrot du quartier genevois qui accueille la rédaction du magazine Bilan… On a parlé de tout, de rien, des réseaux, de la presse, de sa vision de son magazine, de nos visions du monde digital et puis je lui ai proposé mon clavier. Il lui restait un peu de place pour une chronique dans la version papier (celle véritablement 2.0 allait émerger quelques mois plus tard), et j’ai ainsi commencé ma collaboration avec « la référence suisse de l’économie» sous le titre « Des nouvelles du coin » (titre fort bien pensé étant donné que ma chronique se trouvait dans le coin supérieur gauche d’une page du magazine !).

L’aventure a duré plusieurs mois, période pendant laquelle l’ancienne rédactrice publicitaire que j’étais prenait sa revanche sur la journaliste frustrée qui sommeillait depuis toujours en réalisant son rêve : passer du stade de nègre à celui de signature officielle. Merci.

Puis, un jour, celui qui était devenu mon rédac’ en chef m’a donné rendez-vous à nouveau, se déplaçant cette fois sur mes terres. Autant dire que j’appréhendais un peu cette rencontre, puisqu’il avait évoqué le fait qu’il avait de nouveaux projets et qu’il fallait qu’on se parle, ceci pouvant potentiellement augurer la fin de notre aventure commune... De nouveaux projets, il fut donc question : celui d’un magazine ouvrant ses pages virtuelles à des collaborations régulières ou occasionnelles avec des blogueurs de tous horizons, et leur offrant un espace d’expression sans barrière éditoriale ni politiquement correct, avec, en prime, tous les outils pour développer leur propre communauté au sein de la constellation Bilan. Stéphane avait trouvé la parade contre les journalistes amateurs pouvant potentiellement faire de l’ombre aux professionnels : l’intégration positive.

Dès lors, tout naturellement, après avoir été chroniqueuse papier avec un nombre de mots et d’espaces précis à respecter, j’ai découvert l’Eden rédactionnel : titraille à mon bon vouloir (en latin, parce que vous le valez bien), prises de position personnelles, commentaires ouverts, fortes visibilité et promotion (parfois même couplée avec des extraits repris dans la version papier), reconnaissance de l’équipe des blogueurs comme faisant entièrement partie de l’équipe de Bilan, soirées dédiées, accréditations aux événements pouvant générer du contenu, messages de remerciements… le paradis du blogueur !

18 mois et une septantaine de chroniques virtuelles plus tard, j’apprends que celui par qui mon expérience « journalistique » a débuté, s’en va apporter son enthousiasme, sa force de persuasion et sa conviction que la si mal nommée « presse » a encore un avenir - sous des formes à inventer -, à un quotidien prestigieux : « Le Temps ». Une évidence pour ceux qui se souviennent du slogan « Un jour ou l’autre, Le Temps vous donnera raison » : Bilan, par l’audace de son rédacteur en chef, mais aussi l’implication et les prises de risque de Myret, Mary, Dino, Fabrice et tous les autres, a su prendre le virage du numérique avec des résultats démontrant la justesse de la vision initiale.

Le Temps a, probablement et entre autres, péché par manque d’audace, se reposant sur ses acquis de journal incontournable et statutaire pour toute une frange de la population. Finalement, en oubliant de prendre en considération le monde qu’il disséquait si bien page après page, et si le fond a su rester le reflet de l’évolution des usages et comportements, la forme est devenue le vestige d’une époque de la presse révolue, archaïque. Et Le Temps s’est arrêté, vaincu par sa certitude d’être celui qui donnait la mesure.

La leçon que je retiens de Stéphane et de ce bout de chemin parcouru ensemble est qu’aujourd’hui, aucune institution n’est à l’abri de l’onde numérique qui traverse nos existences ; que le seul moyen de perdurer est de se réinventer continuellement, en acceptant la possibilité de faire ce qui n’a pas encore été fait, ou qui n’a pas encore été fait ici ; que plus que jamais, c’est le mélange des genres, des générations et des compétences qui font la force d’une entreprise ; et que la confiance qu’une personne place en vous décuple la confiance que vous avez en lui, en même temps que vos chances de réussite commune.

Cher Stéphane, je le disais il y a quelques semaines, mais permets-moi, cette fois, de te le dédier: « Ô capitaine, mon capitaine… Merci. »

 

*Plus vite, plus haut, plus fort.

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