Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CINÉMA/Le très politique Francesco Rosi est mort

C'était l'un des derniers survivants du sur-dynamique cinéma italien des années 1960-70. Francesco Rosi vient de mourir à 92 ans dans un clinique romaine. Il laisse des titres célèbres, comme «Salvatore Giuliano» (1961), «Mains basses sur la ville» (1963) ou «Les hommes contre» (1970). La carrière du Napolitain s'était mal terminée. On se souvient de la page de «Libération» évoquant en 1987 la présentation d'un de ses films au festival de Cannes. «Chronique d'une mort annoncée» était devenu «Chronique d'une merde annoncée». 

Né en 1922, Rosi a commencé par assister Luchino Visconti pour «La terre tremble» (1948) ou «Senso» (1954). L'héritage du maître s'est ensuite réparti entre ses deux principaux collaborateurs. Mauro Bolognini en a tiré la splendeur plastique. Rosi l'analyse politique. Tout a bien été tant que le cinéma italien restait financièrement prospère et porteur de sens intellectuel. Quand les choses ont commencé à se gâter, vers 1980, des failles sont apparues chez ces épigones. Reste qu'il vaut mieux donner un film esthétiquement magnifique, mais un peu creux, qu'un titre ambitieux plutôt vide. C'est hélas ce qui est arrivé à Rosi après sa malheureuse adaptation de «Carmen» de Bizet pour la Gaumont en 1984. Etait venu pour lui le temps de l'alimentaire.

Une description de l'Italie du Sud 

Il faut donc faire aujourd'hui abstraction de la fin pour en revenir aux longs-métrages en noir et blanc des débuts. Cet homme du Sud racontait la tragédie du «mezzogiorno» miné par la mafia, le chômage et la pauvreté. Rosi filmait alors comme on constate. Rien de mélodramatique. Une grande sobriété au contraire, qui n'en finissait pas moins par aboutir à la tragédie. Il y a ainsi eu «Le défi» (1957), tournant autour de la camorra, «I Magliari» (1959) sur les immigrés italiens en Allemagne, ou «Main basse sur la ville» (1963), traitant de l'immobilier véreux. 

Rosi a ensuite voulu passer aux grands sujets politiques flottant dans l'air du temps, à l'instar de ses confrères Elio Petri ou Damiano Damiani. En 1972, «L'affaire Mattei» était directement branché sur l'actualité. La Péninsule vivait ses «années de plomb». Les Brigades Rouges contre le capitalisme. «Lucky Luciano» pouvait dès lors aborder en 1973 la biographie historique d'un gangster italo-américain sous l'angle contemporain. Rien ne change jamais.

Du cinéma très sérieux 

Après 1980, la télévision triomphe en Italie, avec ce qu'elle suppose de divertissement. Rosi se rabat sur les coproduction internationales, qui ressemblent un peu à la cuisine international des grands hôtels. Il tire moins bien son épingle du jeu que les satiristes. Dino Risi, Ettore Scola, Mario Monicelli et surtout Luigi Comencini savent faire rire avec des sujets graves. On ne rit jamais chez Francesco Rosi! Il se prenait trop au sérieux pour ça. Or l'humour, quand on en vient à signer des titres moins importants, constitue aussi une manière de se protéger. D'où une attaque comme la manchette de «Libération», qui avait en quelque sorte signé la mort de Rosi. Photo (Gaumont): Rosi, à droite, dirigant "Carmen" en 1984.

Texte intercalaire.

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