Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CINÉMA / Genève va broyer du noir avec "Black Movie"

"Black Movie", qui se tiendra à Genève du 17 au 26 janvier, annonce en fanfare sa quinzième édition. Le chiffre semble à la fois vrai et faux. Comme toutes les manifestations au long cours, du Concours international d'exécution musicale à la Bâtie, cette manifestation a plusieurs fois changé de cap. Les actuels organisateurs ne s'en rendent même plus compte. Mais moi qui suis un vieux de la vieille, j'ai connu la chose entièrement dédiée aux films d'Afrique noire, puis à l'ensemble du continent, avant que l'entreprise se dote d'une coloration cinématographique asiatique. 

Jusqu'en 2011, "Black Movie" était dirigé par l'équivalent féminin d'un triumvirat (le mot n'existe pas, honte aux sexistes). S'en occupaient Maria Watzlawick, Virginie Bercher et Kate Reidy. La seconde nommée a aujourd'hui disparu. Elle enseigne désormais l'histoire. "La direction est aujourd'hui bicéphale", explique l'attaché de presse Antoine Bal. Un monsieur qui croit non seulement en sa mission, mais dans la manifestation elle-même. La preuve! Mon interlocuteur voit à l'avance tous les films. Il y en aura pourtant 125 en 2014, toutes catégories confondues... 

Pourquoi avoir conservé, Antoine Bal, le nom de "Black Movie", puisque les films sont rarement "black"?
Il s'agissait d'une appellation de référence. Les deux mots disaient quelque chose aux spectateurs. Les trois organisatices ont ensuite pensé, en reprenant le festival il y a quinze ans, qu'il s'agissait de sortir des longs et des courts métrages de l'ombre où les maintenait ordinairement la distribution commerciale. J'ajouterai que le "film noir" reste un genre hollywoodien codifié. Un style auquel se réfèrent aujourd'hui nombre de cinéastes asiatiques. Enfin, nos documentaires donnent souvent une vision très sombre du monde actuel. 

Y aura-t-il quelque chose de spécialement organisé pour marquer les quinze ans de la formule actuelle? Un gâteau d'anniversaire, en quelque sorte?
Tout d'abord une rétrospective illustrant notre parcours. Quinze titres, un par année, ayant bien sûr passé à l'époque. "Black Movie" donnera cinq cartes blanches (du noir et du blanc...) à des réalisateurs. Nous entamerons un flirt avec le fantastique, qui se situe aux frontières de notre propos ordinaire. Mais ce genre se révèle très apprécié en Orient. Nous demeurerons donc dans nos limites géographiques. Rien d'occidental! 

On parle de 125 œuvres pour 2014. C'est tout de même énorme.
Il s'agit là de l'ensemble des titres, toutes longueurs confondues. Il y a des productions plus courtes, notamment dans le "Petit Black Movie", destiné aux enfants. Je préciserai enfin que, du 17 au 26 janvier, la manifestation occupera trois lieux. Au Grütli et au Spoutnik de l'Usine s'ajoutera, toujours à l'Usine, une salle éphémère construite dans le théâtre. 

Il y aurait aussi un "Petit Black Movie" pour adultes...
Exact! Cette section est née par hasard. Elle se compose de créations trouvées en cherchant des créations pour enfants. Ces produits, plutôt brefs, s'adressent en fait à un public plus âgé. Plus mûr. Il s'agit avant tout de films d'animation. Nous avons décidé de les garder. Ils composeront des séances spéciales. 

Comment le festival est-il organisé et mis au point?
Deux personnes travaillent toute l'année. En septembre, elles se voient soutenues par des collaborateurs. L'équipe compte alors huit membres. Au moment voulu, "Black Movie" se voit soutenu par une centaine de bénévoles. Nous comptons beaucoup sur eux. Autrement, le festival resterait impossible, Tout se fait avec un budget de 850 000 francs. Parmi les donateurs figurent la Ville, l'Etat, la Loterie romande, l'aéroport et les médias. 

De quelle manière définiriez-vous ce festival, qui a attiré l'an dernier 23 000 spectateurs tout compris, c'est à dire en tenant compte jusqu'aux clients du bar?
Il défend quelque chose d'audacieux, d'intéressant et de nécessaire. "Black Movie" me semble donc utile, même si vous pouvez penser qu'il y a trop de festivals à Genève. Nous montrons des cinémas minoritaires, méritant d'être vus. Nous défendons la qualité avant tout. Ce n'est pas parce que j'en fais partie, mais j'estime que "Black Movie" a conservé son côté passionné. Il lui faut un soutien. Les choses ne sont pas aisées. Il y a en ce moment une véritable inflation des frais pour faire venir des films. Mais comme dit Kate Reidy, il nous faut soit s'épanouir, soir mourir avec panache.

Pratique 

"Black Movie", Genève, du 17 au 26 janvier, www.blackmovie.ch, www.cinemas-du-grutli.ch Photo (DR): L'affiche de "Black Movie" pour 2014.

 

Résumé des épisodes précédents

Vous recommencez peut-être de travailler en ce lundi où l'école recommence à parquer (faute de toujours instruire) les mômes. Moi, je n'ai pas arrêté un seul jour. Au cas où cela vous intéresse, je vous signale qu'à la fin de l'année dernière, il a été notamment question ici de l'interdiction, puis de la non-interdiction à la dernière minute du tatouage de couleurs en France. J'ai raconté les premières ventes, à Paris, de jeux vidéo ancien. J'ai été pour vous à Dijon, où le Musée des beaux-arts a rouvert (partiellement) ses portes. J'ai lu les épreuves du Proust dont la Fondation Bodmer possède les originaux corrigés par l'auteur. Au rayon livres, j'ai ajouté l'excellente étude sur la couleur verte par Michel Pastoureau. Au fil du temps, elle a passé du diable à l'écologie. 

Pour ce qui est du début 2014, j'ai raconté "Facing the Modern" à la National Gallery de Londres, une exposition innovatrice sur le portrait à Vienne en 1900. Côté ancien, j'ai aussi abordé l'exposition du Louvre sur la gravure germanique entre 1400 et 1470. La naissance du multiple, tel que nous le connaissons aujourd'hui. J'ai visité pour vous les musées du "Poly" de Zurich. Je suis retourné à la Fondation Bodmer pour l'exposition Wagner. J'ai enfin fait un détour du côté de la galerie Art & Public de Genève, où Pierre Huber présente le Savoyard Claude Hermann. 

Tout cela se trouve en remontant le blog. Merci de votre collaboration.

Prochaine chronique le mardi 7 janvier. Des nouvelles du Musée d'art et d'histoire de Genève.

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