Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CINÉMA / Genève propose quinze fois l'icône Deneuve

Elle a incarné la jeunesse. Elle représente de nos jours la durée. Septuagénaire depuis le 22 octobre dernier, Catherine Deneuve a derrière elle la plus longue carrière en vedette du cinéma français. Le parcours n'est pas pour autant terminé. "L'homme qu'on aimait trop" d'André Téchiné, un réalisateur avec lequel l'actrice a beaucoup travaillé depuis les années 1980, sort ces jours à Paris. L'affiche du film propose une Catherine fidèle à elle-même, bien loin des méchants instantanés, trop réalistes, pris d'elle depuis quelques saisons. 

Les Cinémas du Grütli proposent dès ce mercredi 23 juillet leur hommage à la dernière des stars au sens classique du terme. Catherine est apparue dans 120 longs-métrages depuis 1957. Il a donc fallu choisir. Il y a là un panachage de titres célèbres et de nouveautés, dont la chance de passer à la postérité semble moindre. Il y a tout de même un petit quelque chose faisant que Bruno Podalydes ou Arnaud Desplechin ne sont ni Luis Buñuel, ni François Truffaut, ni Lars von Trier. Mais que voulez-vous? The show must go on.

Des débuts difficiles 

Je ne vais pas ici compiler de vieux dossiers de presse. Je rappellerai tout de même que Catherine est fille de comédiens. Sa mère est aujourd'hui centenaire. Morte accidentellement en 1967, sa sœur Françoise Dorléac semblait mieux partie qu'elle sur la route de la gloire. Il faut dire que la trajectoire de Catherine a plutôt mal commencé, dans l'ombre d'un Roger Vadim à bout de souffle (et de soufre!). Il aura fallu pour la tirer de cette ornière "Les parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy. Un film entièrement musical, vieux d'exactement un demi siècle, que les Cinémas du Grütli ne pouvaient pas laisser de côté. 

La suite aura été à la fois prestigieuse et internationale, même si les Américains ont un peu raté Deneuve, que l'on aurait bien imaginé très blonde chez Alfred Hitchcock. Il y a ainsi l'Angleterre de "Répulsion", un Roman Polanski également à l'affiche, et l'Italie de Mario Monicelli, de Dino Risi ou de Mauro Bolognini qui s'est, elle, malencontreusement vue écartée du programme. Mais comme je vous l'ai déjà dit, celui-ci ne pouvait pas tout contenir. Même le célébrissime "Dernier Métro" a ainsi raté la correspondance.

Prises de risques 

Image, icône, patrimoine national, Catherine Deneuve est-elle en plus une actrice? Cela dépend l'idée que chacun a de la chose. Disons qu'il ne s'agit en tout cas pas d'un caméléon comme Meryl Streep, qui donne constamment dans la performance. Parfois au mauvais sens du terme, d'ailleurs. On allait jadis voir Garbo dans Garbo. Il en va un peu de même pour la Française, qu'on imagine à l'avance d'une élégance bourgeoise revisitée par la modernité. Il faut en effet mettre au crédit de l'intéressée de fortes prises de risques. En participant à des entreprises aussi marginales que celles de Philippe Garrel ou de Manoel de Oliveira, la Française sait qu'elle ne drainera pas les foules. Et pourtant, elle y va, payant de sa personne. Le côté populaire se verra rattrapé avec un "Astérix & Obélix. Au service de Sa Majesté", puisqu'une reine ne peut avoir que ses traits! 

On voit du coup ce que cette carrière peut avoir d'hétéroclite et de heurté. Catherine a assuré la continuité en jouant au symbole de la mode française. Les parfums de Chanel. Les robes de Saint Laurent. C'est la dernière vedette très habillée, très coiffée et toujours irréprochablement maquillée. Madame Deneuve est ainsi longtemps restée à l'écart du temps qui passe. Les Américains parlaient d'"ageless beauty" ou de "queen of Cannes". Ses goûts de bonne vivante, au solide coup de fourchette, ont fini par avoir raison de son élégante silhouette. On imagine les efforts des cameramen pour aujourd'hui en affiner les contours.

Deux films en cours

L'hommage genevois n'est bien entendu pas le premier consacré la la grande Catherine. La Cinémathèque parisienne y est allée de sa grande rétrospective en 2007. Un tribut possède davatange de prix lorsqu'il se situe en pleine course. Or rien n'est fini pour l'intéressée. Elle vient de terminer "Trois cœurs" de Benoît Jacquot, où joue aussi sa fille Chiara Mastroianni. Et bientôt elle deviendra l'héroïne de "Le tout nouveau testament" de Jaco van Dormael. Comme il s'agit d'une production belge, elle y fera bien sûr face à Benoît Poelvoorde.

Pratique

"Catherine Deneuve, quinze films à voir et à revoir", Les Cinéma du Grütli, 16, rue du Général-Dufour, Genève, du 23 juillet au 19 août. Tél o22 320 78 78, site www.cinemas-du-grutli.ch Photo (DR): "Les papapluies de Cherbourg". le film musical de Jacques Demy a exactement cinquante ans.

Prochaine chronique le jeudi 24 juillet. L'Hermitage de Lausanne propose de la peinure américaine du XIXe siècle. Rencontre avec la directrice Sylvie Wuhrmann.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."