Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CINÉMA/Debbie Reynolds s'en va longtemps après avoir chanté sous la pluie

Crédits: MGM

Il y a un moment, en fin d'année, où le carnet noir envahit les médias. Les décès se succèdent, fauchant une (ou plusieurs) génération(s). Les lecteurs ont ainsi appris le 18 décembre la disparition à 99 ans de Zsa Zsa Gabor, dont l'essentiel de la carrière n'a pas été culturel mais conjugal (9 mariages). Notons au passage que son fils adoptif a eu un accident de moto depuis, et qu'il est décédé le jour de Noël. Michèle Morgan a fermé les plus beaux yeux du cinéma à 96 ans. Pierre Barouh a disparu. Tout le monde, ou presque, avait oublié le chanteur. «Chabadabada», c'est loin. Michel Déon n'est plus parmi nous. Le romancier avait 97 ans. Claude Gensac est allée rejoindre son mari de cinéma Louis de Funès. Elle venait de tourner un dernier film remarqué («Baden Baden») à 89 ans. Et il y a bien sûr eu George Michael...

Cela fait beaucoup en quelques jours. Mais le 27 décembre succombait Carrie Fisher, connue pour la série «Stars Wars», dont un épisode déjà mis en boîtes doit encore sortir en 2017. Elle avait 60 ans. Sa carrière avait vite marqué le pas et la femme avait connu, comme au bon vieux temps de Hollywood, de gros problèmes d'alcool (1). Il n'en restera qu'un rôle mythique, celui de la princesse Leia. Il lui aura valu beaucoup de presse dès l'annonce de sa crise cardiaque en plein vol.

Crise cardiaque un jour après 

Un malheur n'arrive jamais seul. Un jour à peine après l'annonce du décès de Carrie, sa mère Debbie Reynolds a quitté ce monde d'une autre crise cardiaque, à 84 ans. Elle s'est effondrée alors qu'elle discutait avec son fils des obsèques de Carrie. Debbie restait également la femme d'un seul rôle, celui de Kathy Selden. Alors qu'elle débutait et qu'elle n'avait jamais dansé, l'actrice se vit choisie comme partenaire de Gene Kelly dans «Chantons sous la pluie». Une comédie musicale que devait diriger le jeune Stanley Donen (il avait à l'époque 28 ans). Il lui avait fallu apprendre tous les pas en trois mois. Un exploit. Elle y était parvenue. Son trio avec Gene et Donald O'Connor a marqué toutes les années 50. Et même au-delà. Il en est issu une comédie musicale ayant a beaucoup tourné aux Etats-Unis. 

La suite de la filmographie ne se révélera pas à la hauteur, même si Debbie faisait partie de la luxueuse écurie MGM. Elle sera composée de gentilles comédies musicales, de comédies tout court du genre aseptisé et de westerns anémiques. Même «Good bye Charlie» reste un film bien mineur de Vincente Minnelli. Et que dire de «The Singing Nun» d'Henry Koster, où Debbie incarne sans sourciller Sœur Sourire... Dès les années 1970, la cote de Debbie dégringolera en conséquent. Elle n'aura pas su devenir légendaire en elle-même, comme sa consœur de la MGM Cyd Charisse. Elle fera tout de même un peu de scène. Du cabaret, surtout.

Fondatrice d'un musée du costume

La vie privée de Debbie n'aura pas compensé cet échec. La comédienne avait commencé par épouser le fade chanteur Eddie Fisher, qui lui fit deux enfants, dont Carrie. Las! Le couple était très proche d'une Elizabeth Taylor en grand deuil de Mike Todd. Liz finira par partir avec Eddie. Fin d'une amitié et fin du monde. Les deux unions successives de Debbie ne se révéleront guère plus favorables. Deux divorces un peu amers, d'autant plus que le second conjoint avait dilapidé l'essentiel de la fortune conjugale. 

Le seul aspect positif de la vie de Debbie restera sa passion de collectionneuse. Alors qu'ils n'intéressaient personne, même à l'intérieur de la profession, l'actrice avait rassemblé des milliers de vêtements portés par les grands noms de Hollywood. Plus des affiches. Des autographes rares. Pour elle, il s'agissait d'un sauvetage, au moment où les studios déstockaient massivement leurs départements costumes. Debbie avait même ouvert un musée, le Hollywood Motion Picture Museum. Celui-ci battra de l'aile au début des années 2000. Problèmes d'argent. Debbie devra procéder à des ventes importantes, mais parfois fructueuses. C'est de chez elle que sort par exemple la robe plissée (couturier Travilla) portée par Marilyn dans «Sept ans de réflexion» vendue 4,5 millions de dollars. De quoi colmater tout de même quelques dettes...

(1) C'est curieux la pudeur de l'immédiat après-décès. Dès le 30 décembre, la presse a aussi évoqué ses addictions aux drogues...

Photo (MGM): Donald O'Connor, Debbie Reynolds et Gene Kelly dans "Singin in the Rain". C'était en 1952...

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."