Waldvogel Christian

DIRECTEUR ASSOCIÉ DE RENAISSANCE FONDATION ET MANAGEMENT

Titulaire d’un doctorat de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich et d’un Bachelor of Science and Engineering de Princeton University, Christian Waldvogel est directeur associé auprès de Renaissance Fondation & Management depuis 2003 (fondation de placement dédiée au financement des PME suisses non cotées, majoritairement dans les cas de successions familiales et rachats industriels). Il a précédemment dirigé les activités d’investissements du groupe Intel en Europe de l’ouest. Il bénéficie également d’une expérience opérationnelle et managériale dans l’industrie du semi-conducteur (Intel) et télécommunications (Eutelsat). Dans sa chronique, il se penche sur le vaste domaine du private equity, son environnement et ses tendances en matière de fonds de placements.

Les fonds «evergreen» ont le vent en poupe

En recherche de rendements stables et réguliers sur le long terme, les investisseurs institutionnels marquent un intérêt grandissant pour les véhicules de placement «evergreen» qui proposent une réelle alternative aux fonds traditionnels dans le private equity, à l’image des fonds «off-shore» qui se caractérisent par une durée déterminée, typiquement entre 8 et 10 ans. Face à ce nouveau paradigme, il est nécessaire de comprendre ce qui séduit les caisses de pension à se tourner vers ce type de fonds et les raisons de ce succès.

Cette tendance s’inscrit dans le cadre d’une persistance des taux d’intérêts bas qui a intensifié la recherche de produits alternatifs concernant le private equity, les dettes privées ou les infrastructures, comme complément aux classes d’actifs traditionnelles. En terme de private equity, l’allocation des caisses de pension suisses reste au-dessous des caisses de pension étrangères, en particulier américaines, mais est en augmentation notoire.

EVERgreen, un terme qui en dit long

Le terme anglais «evergreen» est utilisé principalement dans la botanique pour exprimer le caractère persistant de certains arbres qui ne perdent pas leurs feuilles en hiver. Dans le secteur financier, et plus particulièrement dans le private equity, la notion de «persistance» se décline dans une dimension temporelle: un fonds «evergreen» perdure dans le temps, sans date prédéterminée pour sa clôture. En d’autres termes, la durée de vie du fonds n’est pas limitée et peut se prolonger aussi longtemps que les investisseurs en expriment l’intérêt. Ainsi, un fonds «evergreen» se retrouve libéré de l’obligation de revendre ses actifs dans un lapse de temps dicté par une date de clôture prédéterminée du fonds, mais il ne doit le faire que lorsqu’une partie importante des investisseurs souhaitent quitter le véhicule de placement.

Sécurité plutôt que rendements rapides

Les premiers éléments de ce nouveau paradigme se sont manifestés dès 2015, lorsque Joseph Baratta, responsable du private equity chez Blackstone, le plus grand gérant au plan mondial pour la gestion alternative, déclarait à la SuperReturn International Conference à Berlin, la volonté de son groupe d’adopter une approche nouvelle dans le private equity. Son principe ? Une détention de participation allant au-delà des 8 à 12 ans et une volonté de générer des rendements plus modérés, mais sur le long terme.

Conditions cadres pour un fonds «evergreen»

Un véhicule de private equity «evergreen» ne peut à mon avis rencontrer l’intérêt des investisseurs institutionnels que s’il remplit certaines conditions.

- Ce véhicule doit choisir des participations dans des sociétés matures et profitables qui seront à même de générer des flux de revenus attractifs et prévisibles. Un véhicule «evergreen» est difficilement adapté au venture capital.

- Les revenus encaissés par le fonds doivent en bonne partie être distribués aux investisseurs sous forme de dividendes annuels de participation. Une telle politique répondra aux besoins cruciaux des institutions de prévoyance en termes de revenus et de financement des coûts des rentes de retraites. L’objectif de cette forme d’exposition au private equity n’est donc plus seulement le gain en capital, mais une combinaison de revenus réguliers à travers un dividende et de gain en capital sur le long terme.

Les coûts de gestion doivent être contenus et plus faibles que ceux des véhicules traditionnels de private equity, ce qui sera facilité par la détention à long terme des participations. Cela implique que la commission de gestion doit être perçue sur le capital effectivement investi, et non sur la base du capital souscrit. On évite ainsi l’effet «J-Curve», soit une surpondération des coûts au cours des premières années de vie du véhicule d’investissement.

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