Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CHOIX / Les tops et les flops des expositions suisses

J'aime. J'aime pas. Il sera surtout ici question de goûts. Les miens. Difficile de juger objectivement en quelques lignes. Je me sens (presque) des scrupules à le faire. Qui suis-je, misérable ver de terre, pour avoir le droit à une opinion aussi tranchée? Et puis, il y a toutes les expositions suisses du moment que je n'ai pas vues. J'avoue m'être dispensé de celle inaugurant la Fondation Pierre Arnaud à Lens après ce que j'en ai entendu dire... 

Il y aura, comme la dernière fois, trois catégories. Les coups de cœur possèdent quelque chose d'instinctif et d'irréfléchi. Les choix raisonné font appel, eux, au cérébral. Il y a un peu des deux attitudes dans les rejets. Certains semblent motivés. Explicables. D'autres constituent ce que j'appellerais des coups de foudre à l'envers. 

Sur ce, c'est parti!

Les cinq coups de cœur

"Le goût de Diderot". L’Hermitage lausannois raconte Denis Diderot (1713-1784) critique d'art. Le philosophe avait la dent acérée. Il révélait aussi un certain sens du copinage. Le Louvre a prêté quelques-unes des plus belles œuvres présentées. (Jusqu'au 1er juin, www.fondation-hermitage.ch) 

"Comment être un homme?" L'Antikenmuseum de Bâle raconte de manière décoiffante le parcours de vie du Grec antique. La grande salle du musée se voit transformée en jeu de l'oie. Il y a là des objets magnifiques, sortis des collections. (Jusqu'au 24 avril, wwww.antimenmuseumbasel.ch) 

"La route du Tôkaidô". Il y avait 53 étapes entre Tokyo, la ville du shogun, et Kyoto, où résidait l'empereur. La route principale longeait la mer. Hiroshige en a fait une célèbre suite d'estampes en couleurs, que la Fondation Baur met en valeur à Genève. (Jusqu'au 6 avril, www.fondation-baur.ch) 

"Grands maîtres africains". Le Museum Rietberg de Zurich entreprend de sortir les sculpteurs du XIXe et des débuts de XXe siècles de l'anonymat. Une exposition novatrice centrée sur la Côte d'Ivoire. Il y a 200 statues, provenant du monte entier. (Jusqu'au 1er juin, www.rietberg.ch) 

"Germaine Richier". Elle est unanimement considérée comme la femme sculpteur française la plus importante du XXe siècle. Les musées montre pourtant peu cette créatrice angoissée et puissante. Le Kunstmuseum de Berne révèle en outre la graveuse. (Jusqu'au 6 avril, ww.kunstmuseumbern.ch)

Les cinq choix raisonnés

"Odilon Redon". Le Bordelais (1840-1916) est un graveur admirable, qui anticipe le surréalisme, et un merveilleux pastelliste. La Fondation Beyeler de Bâle a le défaut de montrer beaucoup de petites pièces sur des murs immenses et vides. Redon se noie. (Jusqu'au 18 mai, www.fondationbeyeler.ch) 

"Terres d'Islam". L'Ariana de Genève propose dans son sous-sol 450 céramiques tirées de son fonds perse, turc ou hispano-mauresque. Il y a là peu de chefs-d’œuvre, mais l'ensemble se tient tout à fait. Le catalogue se révèle particulièrement soigné. (Jusqu'au 31 août, www.ville-ge.ch/ariana) 

"Philippe Thomas". Le Mamco genevois rend hommage à l'un de ses pères spirituels, mort en 1995, dont il détient une bonne partie de la production. Le plus spectaculaire est la reconstitution au quatrième étage d'une exposition imaginée par le Français. (Jusqu'au 18 mai, www.mamco.ch) 

"Philippe Halsman". On connaît du photographe américain d'origine lettone (1906-1974) les images où des célébrités sautent en l'air. L'Elysée élargit cette vision à Lausanne avec ses travaux de jeunesse et une série de portraits exécutés pour "Life". (Jusqu'au 11 mai, www.elysee.ch) 

"Incertains lieux". En passant de deux à trois dimensions, des artistes suisses issus de plusieurs générations jouent avec le regard du visiteur. Le Centre d'art contemporain d'Yverdon-les-Bains propose son quatrième accrochage en moins d'un an. (Jusqu'au 4 mai, www.centre-art-yverdon.ch) 

Les cinq rejets

"Corps et esprits". L'art de la Méditerranée antique. Le Musée d'art et d'histoire de Genève sert la soupe à la Fondation Gandur pour l'art, qui occupe les trois quarts de l'espace disponible. Mieux eut valu montrer honnêtement la fondation elle-même (Jusqu'au 27 avril, www.ville-ge.ch/mah) 

"Les masques intrigués. James Ensor". Bien sûr, le Belge (1860-1949) constitue un peintre important. Reste que ses années créatives s'interrompent vite et que le Kunstmuseum de Bâle n'a aucun sens de la mise en scène... (Jusqu'au 25 mai, site www.kunstmuseumbasel.ch) 

"Surfaces". Le Fotomuseum de Winterthour, dont les présentations font souvent peur, a encore frappé. L'ECAL et la HEAD sont dans le coup, ce qui n'est pas bon signe. Cette plongée dans la nouvelle photo suisse mériterait (à mon avis, du moins) la poubelle. (Jusqu'au 8 août, wwwfotomuseum.ch)

"Couture graphique". Le Mudac de Lausanne entretient des accointances avec la Hollande et la Belgique flamande. Vouée à la mode, l'actuelle présentation montre comment les jeunes maisons soignent leur image de marque. Mon Dieu que c'est laid! (Jusqu'au 9 juin, www.mudac.ch) 

"Argent, jeux, enjeux". Musée à la dérive, celui d'Art et d'histoire de Neuchâtel accumule les expositions prétentieuses et ratées. Après Neuchâtel prussienne, voici l'enfer du jeu en version suisse. Seuls les extraits de films anciens surnagent de ce magma. (Jusqu'au 31 août, www.mahn.ch) 

Photo (DR): La mise en scène inventive de l'Antikenmuseum de Bâle pour "Comment être un homme?"

La "Nuit des bains" a lieu ce jeudi soir dès 18 heures. Art & Public montre Franz West, Patrick Cramer Antonio Saura, Tracy Muller Frances Goodman... Je ne serai pas là. Vous me remplacerez très bien.

Ce même jeudi 20 mars, Phoenix Ancient Art, galerie spécialisée dans les objets antiques, ouvre sa seconde galerie à Genève. Il y aura désormais les poids lourds rue Verdaine et les objets destinés aux "Young Collectors" (autrement dit les jeunes collectionneurs) au 9, rue Etienne-Dumont. Vernissage dès 17 heures.

Prochaine chronique le vendredi 21 mars. Le Musée de Carouge montre douze ans d'acquisitions. Voilà qui change de Genève, où les musées se retrouvent au pain sec depuis bien des années, faute de réelle volonté politique...

 

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