Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CHOIX/Les expositions des musées suisses sous ma loupe. Le top-ten!

Crédits: Fondation Beyeler, 2016

C'est reparti pour un tour! Il faut bien arrêter une date. Il y aura toujours l'exposition importante à venir. Le calendrier ne s'arrête vraiment qu'entre la fin décembre et la mi janvier. Impossible en plus de tout voir. Il me manque aussi bien les Collections du prince de Liechtenstein, dont quelques œuvres viennent de se poser au Kunstmuseum de Berne, que le Museum Rietberg de Zurich. Ce dernier consacre jusqu'au 8 janvier une rétrospective au maître moderne de l'estampe japonaise Ito Shinsui. Je n'ai pas revu non plus Paul Signac, qui a passé de l'Hermitage lausannois au LAC de Lugano, où le peintre restera également jusqu'au 8 janvier. Sur ce, voici seize expositions. Celles que j'ai aimées. Celles qui m'ont parus intéressantes. Celles enfin que je n'aime pas. A chacun ses goûts.

Mes cinq coups de cœur 

Alberto Giacometti, Au-delà des bronzes. La Fondation dédiée au sculpteur, mort il y a cinquante ans, possède une série fantastique de Giacometti. Il y a là beaucoup de plâtres originaux offerts par son frère Bruno. Voici cet ensemble, superbement mis en scène au Kunsthaus de Zurich (www.kunsthaus.ch, jusqu'au 15 janvier).
Pop art, Mon amour. La Maison d'Ailleurs d'Yverdon quitte la science-fiction pour se plonger dans la manga, avec notamment les planches originales d'Osamu Tezuka. Elle propose aussi les affiches hyper colorées de Tadonori Yakoo. Attention! Il faut du temps pour découvrir cette exposition profuse. (www.ailleurs.ch, jusqu'au 30 avril).
Der blaue Reiter. La Fondation Beyeler de Bâle se penche sur l'avant-garde munichoise des débuts du XXe siècle. Wassili Kandinsky et le plus rare Franz Marc se retrouvent en vedettes avec des tableaux venus souvent d'Allemagne et des Etats-Unis. Il est exceptionnel de voir une telle réunion, présentée de manière un peu froide (www.fondationbeyeler.ch, jusqu'au 22 janvier).
Fang Lijun, Espaces interdits. Connu comme peintre, l'artiste chinois travaille la porcelaine depuis 2012 à Jingdezehn, la capitale céramique du pays depuis plus de mille ans. Il conçoit des architectures d'une extrême fragilité, qui font penser au côté éphémère de la vie. L'exposition a été conçue pour l'Ariana de Genève (www.ariana-ge.ch, jusqu'au 2 avril).
Sammler und Mäzene, Giovannni Züst. Entrepreneur ayant fait fortune au Tessin, Züst a doté en œuvres trois musées, permettant ainsi de créer en 1966 l'Antikenmuseum de Bâle. Celui-ci lui rend hommage en mêlant son archéologie étrusque, ses tableaux anciens et son argenterie baroque. On se croirait dans un appartement! (www.antikenmuseumbasel.ch, jusqu'au 2 avril). 

Mes choix raisonnés

No Walk, No Work. Le Centre d'art contemporain d'Yverdon propose une exposition autour du mouvement, centrée sur la marche. Il y a avant tout là des vidéos récentes, regroupées par affinités. Tout commence avec des patins sur un parquet. Tout finit avec les crispations d'une danseuse. Entre-temps, bien de chose sont suggérées ou montrées (www.centre-art-yverdon.ch, jusqu'au 4 décembre).
Rien que pour vos yeux. Autour d'une collection graphique récemment reçue de manière anonyme, le Musée Jenisch de Vevey a regroupé un choix de ses plus beaux dessins. Il y a ici les anciens et les modernes, plus quelques contemporains travaillant de manière traditionnelle. L'axe général est celui des techniques utilisées (www.museejenisch.ch, jusqu'au 26 février).
Picasso, L’œuvre ultime. Pour quelques jours encore, la Fondation Gianadda se penche sur le Picasso des années Jacqueline. Cette dernière compagne lui aura ménagé du calme pour travailler et procuré l'inspiration afin de se renouveler. Il y a là des toiles magnifiques... et d'autres. Jamais, l'Espagnol n'a été aussi inégal (www.gianadda.ch, jusqu'au 20 novembre).
Le monde d'Hergé. Si Paris a choisi la démesure avec le Grand Palais, le Mudac a su proposer un cadre à la mesure du bédéiste. Il fallait un espace intime afin de mettre en valeur ses dessins préparatoires, ses créations graphiques ou le reste d'un univers ne se limitant pas à Tintin. Hergé, c'est tout petit! (www.mudac.ch, jusqu'au 15 janvier).
Archéologie du sacré. Attention, sujet ardu! Le Kunstmuseum de Bâle, qui conserve une énorme collection d'art germanique de la fin du Moyen Age, s'interroge sur la théologie catholique à la veille de la Réforme. Il y a beaucoup à lire et des œuvres parfois moyennes aux murs. Mais la réflexion se révèle puissante (www.kunstmuseumbasel.ch, jusqu'au 8 janvier).

Je n'aime personnellement pas

Paul Klee, Images en mouvement. L'immense salle souterraine du Zentrum Paul Klee de Berne n'est déjà pas une réussite en elle-même. Les expositions thématiques proposées tiennent en plus du fourre-tout. Ce qui bouge chez l'artiste s'est ainsi vu ici pris en considération. La chose ne suffit pas à créer une unité (www.zpk.org, jusqu'au 8 janvier).
L'Europe de la Renaissance. Le Musée national de Zurich a (enfin) ouvert sa nouvelle aile le 31 juillet. Sa première manifestation, de type historique, contient certes des chefs-d’œuvre, parfois venus de loin. Mais quelle confusion! Il aurait fallu choisir un axe, au lieu de tout vouloir faire entrer au chausse-pied (www.nationalmuseum.ch, jusqu'au 21 novembre).
August Strindberg, De la mer au cosmos. Le dramaturge suédois s'est essayé à la peinture et à la photographie. C'est historiquement important. De là à dire qu'il s'agit d'un précurseur de l'art moderne, il y a une marge. Par ailleurs très bien faite, l'exposition du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne laisse sur sa faim (www.mcba.ch, jusqu'au 22 janvier).
Châteaux forts et chevaliers. Afin de boucher un trou de programmation, le Musée d'art et d'histoire de Genève propose une exposition sur le XIVe siècle savoyard. Elle ne remplit que la moitié des espaces disponibles. C'est pauvret et mal mis en scène. A voir pour le seul cycle profane de fresques prêté par Chambéry (www.ville-geneve.ch/mah, jusqu'au 19 février).
Pollock figuratif. Bien sûr, il y a là beaucoup d’œuvres sur toile et sur papier, provenant de collections prestigieuses! Mais la présentation, très Kunstmuseum de Bâle, reste d'une tristesse insigne. En plus, aucunes explications. Dommage, d'autant plus que l'Américain n'a presque jamais été figuratif (www.kunstmuseumbasel.ch, jusqu'au 22 janvier). 

Et pour finir...

Wade Guyton. Le réaménagement du premier étage du Mamco genevois séduit par con côté lumineux. Il est normal que l'institution présente d'autres artistes. J'ai beaucoup de mal avec les énormes tableaux, à mon avis répétitifs, de cet Américain de 44 ans qui détourne au profit de l'art les imprimantes. Et alors? (www.mamcco.ch, jusqu'au 29 janvier).

Photo (Fondation Beyeler): L'une des toiles de Franz Marc, prêtée pour l'exposition bâloise sur Der blaue Reiter.

Prochaine chronique le jeudi 17 novembre. La Fondation Oskar Reinhart de Winterthour a discrètement tout changé. Je vous y emmène.

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