Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CHOIX/Les expositions à voir ou ne pas voir en Suisse cet automne

C'est le petit jeu saisonnier. Pouce levé. Pouce baissé. Quelles sont les meilleures expositions suisses de la rentrée? Et les autres? Le tout avec une malhonnêteté de départ. Il est bien clair que je n'ai pas tout vu dans les musées du pays. Il y en a qui sont bien loin, comme le LAC ouvert le 12 septembre à Lugano. Contrairement à l'habitude, il n'y aura cette fois que trois rejets. Je vous rassure tout de suite. Je n'ai reçu aucune menace (ni aucun argent, hélas). Il se fait simplement qu’il m'a semblé avoir vu peu de choses agaçantes depuis la fin août. 

Les 5 coups de cœur

«L'heure qu'il est», au Centre d'art contemporain d'Yverdon. Après le Mudac, une autre institution se penche sur la montre. Ce sont cette fois-ci les jeunes créateurs suisses qui se trouvent aux commandes. Ils sortent de l'utilitaire pour donner leur version détournée du temps qui passe (jusqu'au 1er novembre, www.centre-art-yverdon.ch).
«Un âge d'or», au Kunsthaus de Zurich. Depuis quatre décennies, les époux Knecht collectionnent la peinture hollandaise et flamande du XVIIe siècle. Le musée met leur ensemble d’œuvres, souvent dues à des créateurs peu connus, en regard de son fonds propre. Les prêteurs ont décidé du coup de laisser leurs tableaux au musée (jusqu'au 10 janvier, www.kunsthaus.ch).
«Penone, regards croisés», au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. Né en 1947, l'Italien produit beaucoup de dessins, parfois de grande taille. Il collectionne aussi ceux de Bonnard ou de Giacometti. L'exposition (qui comporte aussi quelques sculptures) offre des rapprochements subtils. Une réussite (jusqu'au 3 janvier, www.musees.vd.ch).
«Le bateau englouti», à l'Antikenmuseum de Bâle. Vers 70 av. J.-C., un navire s'est abîmé près de l'île grecque d'Anticythère. Il contenait des bronzes, des marbres et des amphores, mais aussi une machine pouvant se voir considérée comme le premier ordinateur. L'exposition bénéficie d'une scénographie spectaculaire (jusqu'au 3 mars, www.antikenmuseum.ch).
"Les arts du Nigéria revisités", au Musée Barbier-Mueller de Genève. En dépit de certaines ventes, l'institution privée demeure riche en objets du plus varié, peut-être, des états africains. L'archéologie Nok ou Sokoto débouche ainsi sur les créations Yoruba et Ijo. Une exposition conçue par Nigel Barley, issu du British Museum (jusqu'au 17 janvier, www.barbier-mueller.ch).

Les 5 choix raisonnés

«De l'argile au nuage», à la Bibliothèque de Genève. Cataloguer et classer constitue un besoin humain depuis l'Antiquité. Mais comment ordonner des livres? En collaboration avec la Mazarine de Paris, la BGE propose 80 volumes et objets pour répondre à cette question, qui a changé de forme avec The Cloud (jusqu'au 21 novembre, www.institutions.ville-geneve).
«0/10, la dernière exposition futuriste» à la Fondation Beyeler de Bâle. Fin 1915, sept hommes et sept femmes exposent leurs créations d'avant-garde à Saint-Pétersbourg. Ils se situent entre le cubo-futurisme occidental et un suprématisme à venir. La manifestation est en partie reconstituée. Il y a là plein de Malévich (jusqu’au 10 janvier, www.fondationbeyeler.ch).
«Richard Deacon, The other Side», au Kunstmuseum de Winterthour. A 68 ans, le Gallois forme aujourd'hui la grande figure de la sculpture britannique avec son ami Tony Cragg. Il s'agit ici des œuvres de ces dix dernières années. Il y a du bois tordu, bien sûr, mais aussi de l'acier et de la céramique (jusqu'au 15 novembre, www.kwm.ch).
«Jean-Pierre Saint-Ours, Un peintre dans l'Europe des Lumières», au Musée d'art et d'histoire de Genève. Formé à Paris, perfectionné à Rome, le Genevois (1752-1809) fait partie des tenants du néo-classicisme. Il a donné de grandes toiles à sujets antiques, mais aussi des portraits très composés. Le peintre et le dessinateur séduisent en dépit d'un accrochage un peu raté (jusqu'au 31 décembre, www.mah-geneve.ch).
«La mémoire des images», à l'Elysée de Lausanne. Lieu d'exposition, l'Elysée collectionne aussi. Il reçoit du coup d'énorme fonds, comme celui d'iconographie vaudoise créé par le pasteur Vionnet à la fin du XIXe siècle. C'est de ce dernier que provient un choix de clichés tantôt artistiques, tantôt documentaires (jusqu'au 3 janvier, www.elysee.ch). 

Les 3 rejets personnels

«Steven Claydon», au Centre d'art contemporain de Genève. L'artiste produit des grosses pièces qui tiennent de la sculpture comme de l'installation. C'est certes assez beau et très bien mis en scène. L'exposition n'en ressemble pas moins à une parodie de présentation d'art contemporain. Et les textes! Les textes! (jusqu'au 3 janvier, www.centre.ch).
«Toulouse-Lautrec et la photographie», au Kunstmuseum de Berne. L'artiste n'a jamais tenu d’appareil, mais il a souvent été pris en photo. Il a également utilisé des clichés argentiques fournis par des amis. La manifestation propose quelques beaux tableaux. Les photos sont des retirages. L'accrochage se révèle en plus sinistre (jusqu'au 15 décembre, www.kunstmuseumbern.ch).
«Miró, Mur, frise, mural», au Kunsthaus de Zurich. L'Espagnol n'avait plus été montré ici depuis 1986. Il fallait trouver un thème. C'est le mur, fond coloré du tableau, puis espace à remplir. La rétrospective réunit des pièces maîtresses, de «La Ferme» de 1922 aux trois «Bleu» de 1962. Mais quel discours tortueux pour expliqué leur présence... (jusqu'au 24 janvier, www.kunsthaus.ch).

Photo (Fondation Beyeler/Pro Litteris): Un tableau d'Iwan Puni, qui rejettera toute avant-garde par la suite, quand il sera Jean Pougny en France. A voir dans "0/10" à Bâle.

Prochaine chronique le mardi 20 octobre. Un nouveau credo pour les collectionneurs: "Je n'achète que ce que je peux porter moi-même."

 

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