Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CHOIX/Le "hit-parade" des actuelles expositions suisses

Quand faire ce genre d'article? Je me le demande. Si vous attendez l'ouverture d'une exposition nouvelle afin de l'inclure dans la liste, vous risquez d'en rater une autre, qui aura fermé entre-temps. La liste des principales manifestations suisses est comme l'actualité politique ou la Bourse. Elle oscille perpétuellement. Il faudrait en plus avoir quadrillé le pays en tous sens, sans jamais le quitter (ou presque). Ce n'est pas mon cas. Il me manque du coup les actuelles prestations bernoises (Henry Moore au Zentrum Paul Klee et Max Gubler au Kunstmuseum) ou celles de Winterthour (Paul Strand au Fotomuseum, Barthélémy Menn au Museum Oskar Reinhart). 

Allons-y tout de même. Comme d'habitude cinq coup de cœur, cinq choix raisonnés et quelques coups de griffe. Se défouler fait du bien. C'est bon pour la santé. 

Les coups de cœur 

«Monet, Gauguin, Van Gogh, Inspiration japonaise», au Kunsthaus de Zurich. L'ouverture du Japon à l'Occident, en 1858, a suscité une véritable déferlante artistique. Dans les deux sens, d'ailleurs. Zurich montre non seulement des toiles, mais aussi des meubles ou des céramiques d'inspiration orientale. (Jusqu'au 10 mai, www.kunsthaus.ch)

«Paul Gauguin» à la Fondation Beyeler de Riehen/Bâle. La voie royale allant de la Bretagne aux îles Marquises, en passant par Tahiti. Les commissaires ont éliminé les débuts comme l’œuvre graphique. Rien que des poids lourds, venus de partout. La Fondation ne possède en effet aucun Gauguin. (Jusqu'au 28 juin, www.fondationbeyeler.ch)

«Art du Nigeria revisités», au Musée Barbier-Mueller de Genève. Nigel Barley sort des réserves de la collection des sculptures illustrant toute la diversité d'un pays artificiellement formé à l’époque coloniale en brassant les ethnies. Beaux objets. Excellente présentation. Ce Nigeria revisité mérite la visite. (Jusqu'au 30 août, www.barbier-mueller.ch)

«Alfred Baur, Pionnier et collectionneur», aux Collections Baur de Genève. L'homme est né il y a 150 ans. Le musée qu'il a fondé (mais jamais vu ouvert) raconte sa vie et ses passions. Le thé à Ceylan. L'art japonais, puis chinois. Le tout est montré dans son décor quotidien, machine à écrire et radio comprises. (Jusqu'au 28 juin, www.fondation-baur.ch)

«Keliuaisikiqs, Karim Noureldin», au Centre d'art contemporain d'Yverdon. Peu connu de ce côté de la Sarine, l'artiste suisse d'origine égyptienne a repeint les murs du Centre, logé dans l'hôtel de ville. Il en a fait un extraordinaire décor éphémère, avec une «grotte» multicolore. A découvrir sur place. (Jusqu'au 5 juillet, www.centre-art-yverdon.ch

Les choix raisonnés

«Biens publics», au Musée Rath de Genève. Le Mamco s'exporte cette année. Il sera au MIR et au Musée de Carouge. Il est en campagne avec «Le Voyageur». Christian Bernard a ici mélangé les acquisitions du Musée d'art et d'histoire, du Mamco, du FMAC et du Fonds cantonal. La mayonnaise prend bien. (Jusqu'au 26 avril, www.institutions.ville-geneve.ch/rath)

«Paris, à nous deux», au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. La capitale française a longtemps fasciné les créateurs vaudois, qui se sentaient des provinciaux. Des frères Sablet du XVIIIe à Vallotton ou Steinlen vers 1900, voici ce que leur ont apporté leurs voyages ou leur acclimatation définitive. (Jusqu'au 26 avril, www.musees.vd.ch)

«William Eggleston» à l'Elysée de Lausanne. Né en 1939, cet Américain des Etats du Sud a amené deux révolutions dans la photographie. La première était le choix définitif de la couleur, jugée jusque là peu artistique. La seconde de montrer la réalité dans ce qu'elle pouvait posséder de banal et quotidien. (Jusqu'au 3 mai, www.elysee.ch)

«Les rois Mochica», MEG de Genève. Pour marquer sa réouverture en novembre dernier après des années de travaux, l'ex-musée d'ethnographie montre une civilisation péruvienne particulièrement cruelle. Tout part d'une tombe découverte en 2008. L'essentiel des objet vient pourtant d'Allemagne. Scénographie spectaculaire. (www.institutions.ville-geneve.ch/meg)

«De Raphaël à Gauguin, Trésors de la collection Jean Bonna», à l'Hermitage de Lausanne. Montrés en 2008 au MAH, les dessins réunis par le Genevois privilégient la grâce et l'harmonie. Il n'y a (presque) que des gens célèbres aux murs. Citons Boucher, Renoir, Watteau, Andrea del Sarto ou Parmigianino. (Jusqu'au 25 mai, www.fondation-hermitage.ch

Et le reste... 

Si l'exposition «Pardonnez leur» du Cabinet des arts graphiques de Genève ne s'était pas terminée le 16 avril, j'aurais créé une rubrique «C'est de la daube». Je mettrai ici ce qui me semble constituer deux échecs très respectables Il y a eu abus d'ambition. 

«Cosmos, mystère de l'humanité», au Museum Rietberg de Zurich. Le grand brassage. Du ciel de la mythologie égyptienne à la révolution copernicienne de la Renaissance, tout y passe. Les objets se révèlent souvent beaux, notamment ceux originaires d'Afrique. Mais le visiteur en ressort avec la grosse tête. (Jusqu'au 31 mai, www.rietberg.ch)

«Emotions, Une histoire naturelle», au Museum d'histoire naturelle de Neuchâtel. L'équipe de Christophe Dufour est réputée pour savoir donner une forme aux sujets les plus ardus. Ici, la tâche semble avoir été trop lourde. Il fallait matérialiser l'indicible et le rendre clair même pour les enfants. (Jusqu'au 29 novembre, www.museum-neuchatel.ch)

Photo (MEG): La scénographie conçue pour "Les rois Mochica" à Genève. Il y a un mur d'or. On se croirait un peu à l'opéra, en train d'écouter "Aïda".

Prochaine chronique le mardi 21 avril. Connaissez-vous Piero Fornasetti? Paris montre 1000 pièces (oui, mille!) du designer italien des années 1940 à 1980.

 

 

 

 

 

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