Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CHOIX / Douze expositions pour voyager en 2014

Quels seront les expositions phares de 2014? Autant de réponses possibles que de visiteurs courant l'Europe. Il faudrait en plus être omniscient. Or il reste difficile de savoir ce qui se passe en Allemagne. Et davantage encore en Italie, où l'événement, même en période de crise, peut surgir dans une ville de la taille de Forli ou de Fabriano. Je cite ici deux exemples récents. 

Voici un petit menu apéritif parfaitement subjectif. J'ai privilégié les gros machins et les grandes villes. Pour ne pas avoir l'air focalisé sur un genre, j'ai mis un peu de tout, comme dans les chariots de hors-d’œuvre. C'est pourtant avec regrets que j'ai éliminé "Bernhard Tschumi" au Centre Pompidou (30 avril-28 juillet) ou "Matisse, la figure" au Palazzo dei Diamanti de Ferrare (22 février-15 juin). Il n'y avait que douze places. Elles se révèlent donc chères. 

1. Biennale d'architecture. Treizième du nom, la rencontre vénitienne se voit confiée à l'Anglais David Chipperfield. Attention! Elle change de dates en 2014. Se calant sur celles de la Biennale des arts visuel, elle se déroulera du 7 juin au 23 novembre. La manifestation a enfin décollé sur le plan de la fréquentation. En 2012, elle a attiré 96.000 personnes. 

2. Vikings, Life and Legends. Depuis plus de trente ans, aucune manifestation d'envergure n'avait été consacrée à ces Nordiques au pied marin des années 800 à 1050. Les découvertes se sont pourtant enchaînées. Le British Museum londonien pourra ainsi montrer, du 6 mars au 22 juin, un bateau long de 37 mètres, découvert en 1997. Billets déjà en vente. 

3. Auguste, empereur de Rome. Le premier des Césars est mort en 14 de notre ère. D'où l'exposition, coproduite avec Rome. Elle se trouve du reste jusqu'au 9 février dans les Scuderie del Quirinale. Le Grand Palais de Paris reprend cette énorme chose du 19 mars au 22 juin. Il y a beaucoup de sculptures et d'objet pour restituer un règne commencé en 27 av. J.-C. 

4. Jeff Koons. Le Centre Pompidou annonce pour Paris la "première grande rétrospective européenne" de l'artiste américain vivant le plus cher. Voilà qui n'est pas gentil pour la Fondation Beyeler. Chronologique, elle partira de 1979 pour arriver jusqu'en 2014. Retenez les dates. Tout commencera le 26 novembre pour se terminer le 27 avril 2015. La foule est à prévoir. 

5. Rembrandt, The Final Years. Mort en 1669 dans une misère dont il était en partie responsable, le Hollandais a moins choqué qu'on l'a dit par le style large de ses dernières œuvres. Quarante toiles, 20 dessins et 30 gravures se verront regroupés du 15 octobre au 18 janvier 2015 par la National Gallery de Londres. Ils iront ensuite au Rijksmuseum d'Amsterdam (12 février-17 mai 2015) 

6. Glamour of Italian Fashion. Le Victoria & Albert de Londres va brasser les années 1945-2014. Sponsorisée par Bulgari et Nespresso, l'exposition montrera  les couturiers d'hier (Schuberth, Capucci, Germana Marucelli, les Sorelle Fontana...) et ceux d'aujourd'hui, dont les boutiques se trouvent dans toutes les villes du monde. Dates, 5 avril-27 juillet. 

7. El Greco y la pintura moderna. En dépit de la crise, l'Espagne poursuit sa politique d'expositions de prestige. Du 24 juin au 5 octobre, le Prado montrera des Greco célèbres, parfois revenus des États-Unis avec des tableaux de ses "enfants". Parmi ceux-ci figureront Cézanne, Kokoschka, Beckmann et, plus curieusement, Roberto Matta et Jackson Pollock. 

8. Bill Viola. Le vidéaste qui fait l'unanimité. Le seul, peut-être, en dépit de la longueur de certaines de ses œuvres. L'Américain, qui flirte parfois avec la peinture classique, recevra du 5 mars au 28 juillet l'hommage du Grand Palais de Paris. Il y aura 20 pièces sur plus de 30 écrans. Prenez votre temps! Pour tout voir, il faudra compter un respectable nombre d'heures... 

9. Duchamp, La peinture même. Il avait voulu détruire la peinture. Marcel Duchamp ne l'a pas moins pratiquée, de 1910 à 1923. Le Centre Pompidou pourra ainsi réunir une centaine de créations du 24 septembre au 5 janvier. On espère voir, rappatriés d'Amérique, "La mariée mise à nu par ses célibataires même", "Le grand verre" ou le célèbre "Nu descendant un escalier". 

10. L'expressionnisme allemand et la France. En dépit des tensions politiques, les peintres germaniques se sont inspirés avant 1914 de Van Gogh, Gauguin ou Matisse. D'audacieux conservateurs de Berlin ou Munich les achetaient déjà pour leurs musées. L'exposition du Kunsthaus de Zurich, où elle sera du 7 février au 11 mai, ont collaboré avec Los Angeles et Montréal. 

11. Gerhard Richter. Entre Odilon Redon (2 février-18 mai) et Gustave Courbet (7 septembre-18 janvier 2015), la Fondation Beyeler offrira ses cimaises à Gerhard Richter. Un artiste pourtant très lié à Winterthour. Il s'agira de faire aussi bien que Paris en 2012, où l'Allemand avait été simultanément présenté à Beaubourg (les tableaux) et au Louvre (les dessins). 

12. Le ciel est par-dessous le toit... Et la douzième pour me faire plaisir! Le Louvre, qui recèle encore l'appartement d'été d'Anne d'Autriche, évoquera par le dessin du 20 février au 20 mai les plafonds parisiens peints au XVIIe siècle. Presque tout a disparu. En 2013, une partie de l'Hôtel Lambert partait ainsi en fumée. Les solutions adoptées apparaissaient pourtant très inventives.

Photo (DR): Une petite robe toute simple de Roberto Capucci, remontant aux années 1950. Londres, Victoria & Albert, "Glamour of Italian Fashion".

Le mensuel "Connaissances des arts" ouvre son numéro de janvier avec "Les plus belles expos 2014 de Cléopâtre à Martial Raysse". Se trouve en tête "El Greco, le Grec de Tolède", qui aura lieu du 14 mars au 14 juin au Museo de Santa Cruz de Tolède. Le Greco est mort en 1614.

 

Expositions 2014, l'inconnue des "Rencontres" d'Arles 

J'aurais volontiers mis l'édition 2014 des "Rencontre photographiques" d'Arles dans le choix proposé plus haut. Seulement voilà! La manifestation estivale a beau être annoncée aux dates habituelles, on se demande où elle se déroulera et avec quel directeur. Il faut voir là l'action de Maja Hoffmann. Son OPA sur la ville ressemble de plus en plus à "La visite de la vieille dame" de Dürrenmatt. Il se construira finalement une version du catastrophique projet de Frank Gehry sur l'ancien site de la SNCF, un peu hors de ville, qu'elle a réussi à acheter. L'endroit, utilisé par le "Rencontres", ne sera plus disponible dès 2014. Quand tout sera fini, l'art contemporain y aura remplacé le 8e art. La mairie et le Ministère de la culture français, eux, se déclarent ravis. Il se fera quelque chose sans que l'argent sorte de leurs poches... plutôt vides. 

Début novembre, le directeur François Hébel démissionnait donc, accusant expressément la Fondation Luma de Maja Hoffmann. La suite de son travail devenait impossible à cause d'elle. Il faudra trouver une autre victime. Un fâcheux embrouillaminis au moment où la manifestation, tombée au plus bas vers 2000, reprenait du poil de la bête. En 2013, elle a ainsi accueilli 96.000 visiteurs, son record absolu.

Pratique

"Rencontres photographiques", Arles, divers lieux (mais lesquels?) dans la ville, du 7 juillet au 21 septembre.

Prochaine chronique le jeudi 8 janvier. La Queen's Gallery de Londres invite à découvrir, dans Buckingham Palace, "Castiglione, The Lost Genius".

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