Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Chine-USA : brûlant cyber sommet

Vous parlez d’un accueil ! Xi Jinping, le président chinois, arrive aux Etats-Unis, et il n’est question, de Seattle – où il se pose – à Washington, que de sanctions en préparation contre son pays. Le placide empereur rouge ne va pourtant pas en perdre son sourire coincé. Il y a deux ans que ça dure, cette obsession américaine autour de la guerre qui menace – ou a commencé : sur internet.

Lors de la précédente visite de Xi, en 2013, Barack Obama avait emmené son hôte dans une verdoyante résidence californienne pour lui parler, lors d’une longue promenade, de son grand souci. Après le nucléaire, le chimique et le biologique, disait en substance le président américain, les hommes ont réussi à inventer, avec l’ordinateur, une nouvelle arme de destruction massive : mettons-nous d’accord pour endiguer son emploi. Et d’abord, cessez de nous attaquer et de piller nos entreprises !

Nous, vous attaquer ? Vous plaisantez, avait répondu Xi. C’est vous, Américains, qui nous prenez pour cible ! Nous n’espionnons pas et nous n’attaquons pas vos précieuses industries. Et le Chinois vient encore de le répéter dans une interview au Wall Street Journal.

Jeu de menteurs. La guerre a bel et bien commencé.

La conversation californienne a cependant porté quelques fruits, et la préoccupation obamienne est maintenant largement partagée.

Des experts réunis par les Nations Unies – dont des Chinois et des Américains – ont imaginé de premiers garde-fous : une ébauche de traité par lequel les Etats s’engageraient à ne pas utiliser les outils informatiques, transformés en armes, pour paralyser les grandes infrastructures (énergétique, bancaire, téléphonique, hospitalière...) d’un autre pays.

Il n’est pas exclu qu’Obama et Xi signent à Washington un texte qui reprendrait ces grands principes. Mais le souci de l’Américain va bien au-delà.

A vrai dire, personne ne croit à l’imminence d’une attaque massive sur la toile. Par contre, tout le monde sait que des expéditions plus limitées, des pénétrations plus pointues, sont réalisées tous les jours, non pas pour détruire, mais pour voler. Et les Etats-Unis ont déjà accumulé quelques gigabits de preuves que ces opérations, visant des entreprises sur leur territoire, viennent souvent de Chine. Certaines sociétés, en particulier celles qui travaillent dans les parages du Pentagone (missiles, robotique…) ont été littéralement dévalisées de leurs codes et de leurs plans. Et au printemps, l’administration américaine a révélé que les données personnelles de 22 millions de ses fonctionnaires avaient été copiées, en Chine.

Dans un cas, des services de sécurité informatique ont réussi à remonter jusqu’à la source des attaques : un bâtiment de douze étages de la ville nouvelle de Pudong, à Shanghai, dans lequel travaillaient des centaines d’informaticiens au service de l’Armée populaire de libération. Le FBI a identifié cinq officiers, et les a inculpés – sans espoir des les voir un jour.

Susan Rice, la conseillère d’Obama pour la sécurité nationale, s’est rendue le mois dernier à Pékin pour préparer la visite du président chinois, avec sous le bras un gros paquet de preuves. Et lundi, à la George Washington University, elle a donné une conférence pour répéter que ces pratiques d’espionnage et de pillage au profit d’entreprises d’Etat chinoises, devaient cesser.

Les Chinois nient, comment d’habitude, et personne ne les croit. Par contre, ils se font mieux entendre quand ils affirment qu’ils sont eux-mêmes victimes du piratage informatique très sophistiqué des Etats-Unis. Car l’écho répond : NSA.

Les fuites Snowdon ont en tout cas révélé que la très secrète agence américaine est entrée par effraction dans les ordinateurs du géant des télécommunications Huawei, sans doute pour parvenir par ce biais dans les réseaux de l’armée de Pékin.

Les Américains n’ont peut-être pas le même intérêt que les Chinois à aller dévaliser les mémoires d’entreprises dans l’autre pays. Il n’empêche que Washington investit désormais des milliards dans le développement d’outils informatiques militaires, et que le Pentagone a concentré ces opérations sous une autorité spécifique, le Cyber Command. La dégradation réalisée dans les centres de recherche nucléaire iraniens est pour l’heure son fait d’armes le plus connu.

Les Chinois le savent comme tout le monde. Et quand Obama laissera entendre, comme il l’a déjà fait, que les Etats-Unis ont sous le coude une panoplie de sanctions, contre des responsables politiques et des entreprises, pour faire plier les hackers fonctionnaires de Pékin, Xi pourra lui répondre : c’est celui qui dit qui l’est…

Le traité de désarmement informatique n’est pas pour demain.

 

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