Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

Chine: le naufrage d’un monstre

Le système financier chinois sent le roussi. Par deux fois depuis le début de l’année, on a assisté à la quasi-défaillance d’un produit de gestion de patrimoine (Wealth Management Products ou WMP). Le plus important des deux avait un volume de 500 millions de dollars, et, par deux fois, le monde de la finance a provisoirement retenu son souffle.

Ces épisodes nous renvoient à juin 2007, lorsque deux hedge funds de la banque américaine d’investissement Bear Stearns ont rencontré des difficultés en raison de mauvaises spéculations sur des hypothèques à risque titrisées.

Avec une fortune de 1,6  milliard de dollars, ces fonds étaient modestes, pourtant ils ont été les premières victimes de la crise financière qui, une année plus tard, a failli détruire l’ensemble du système bancaire occidental.

Mais observons de plus près la situation en Chine. Les WMP, baptisés aussi produits de trust, sont des crédits aux entreprises vendus en pièces détachées à des investisseurs privés.

En Chine, ils sont devenus les véhicules de placement favoris des investisseurs recherchant des rendements supérieurs aux 2 ou 4% qu’ils obtiennent sur leurs comptes d’épargne. En Chine, le volume des titrisations de crédits est actuellement estimé à 1700  milliards de dollars.

Certes, ces deux cas récents ont bénéficié d’un plan de sauvetage orchestré par l’Etat. Mais une question demeure: serait-ce si grave si une défaillance survenait? Est-il possible que le système de crédit chinois soit un château de cartes ne résistant à aucune secousse?

Remontons à l’automne 2008. La croissance de l’économie chinoise reposait alors sur le secteur des exportations ainsi que sur les investissements dans les infrastructures indigènes. Après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, alors que l’économie mondiale sombrait dans des abysses, Pékin s’est trouvé confronté à un effondrement de la demande.

Le Gouvernement chinois a décidé d’accorder un soutien aux secteurs économiques qu’il pouvait influencer directement: les investissements domestiques. En novembre 2008, Pékin a opté pour un programme d’investissements de 590 milliards de dollars, ce qui correspondait à l’époque à 13% du PIB.

Les fonds ont afflué dans la construction de lignes de TGV, d’aéroports, de ponts, de bâtiments luxueux. Mais ce programme a marqué le début d’une monstrueuse bulle du crédit. Les gouvernements provinciaux et les entreprises publiques se sont endettés à des niveaux records. 

Un endettement à hauteur de 239% du PIB

En 2008, le volume global des crédits privés et publics qui pesait sur l’économie chinoise avoisinait les 7000 milliards de dollars, ce qui correspond à 155% du PIB. En 2013, c’était 22 500 milliards de dollars ou 239% du PIB.

Pour bien comprendre l’ampleur de cette explosion du crédit: en l’espace de cinq ans, de nouveaux crédits pour un montant de 15 000 000 000 000  de dollars ont été injectés dans l’économie chinoise. Selon les données de l’agence de notation Fitch, c’est le développement de crédit le plus massif de tous les temps.

La crainte subsiste qu’une part considérable de ces crédits ait été allouée à des projets de construction sans utilité économique réelle: des aéroports surdimensionnés, des ponts vers nulle part, des lotissements fantômes. Et cela signifie à son tour qu’un jour se posera la question du remboursement de cette dette et qu’elle débouchera sur des pertes sur amortissement gigantesques.

La question est: quand? Souvent, on entend l’argument que la Chine est un cas particulier, et que le gouvernement central tient tout sous contrôle. C’est possible. Toutefois, cela nous rappelle dangereusement la bulle du crédit japonaise de 1989 lorsqu’on expliquait inlassablement que le tout-puissant ministre des Finances de Tokyo tenait la situation bien en main.

Ce cas le démontre clairement: les monstres ont cette fâcheuse tendance, à un moment ou à un autre, de ne plus se laisser plus contrôler.

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