<p>Fondateur de MB&amp;F</p>

Diplômé de l'EPFL, Maximilian Büsser tombe un peu par hasard dans l'horlogerie... Il restera 15 ans au service de grandes marques, avant de démissionner à la surprise générale d'un poste de directeur général en 2005 pour fonder MB&F (Maximilian Büsser & Friends). Véritable laboratoire horloger conceptuel, MB&F est dédié à la création de sculptures horlogères tridimensionnelles appelées "Horological Machines", créées par des collectifs de spécialistes indépendants. L'année 2011 marquera l'arrivée d'une ligne de montres plus classiques - Legacy Machines - ainsi que l'ouverture à Genève de la MB&F M.A.D.Gallery, à la fois écrin de la marque et galerie d'art mécanique.

Chicara Art

Chicara Nagata

« Nagata san vient de conduire 18 heures pour déjeuner avec vous… »

Dans le lobby de l’hôtel Imperial à Tokyo, mon cerveau jet-lagué a de la peine à intégrer cette phrase alors que je viens de serrer la main d’une de mes idoles: Chicara Nagata.

Cela faisait six mois que lui et moi correspondions par email – d’abord par admiration de mon côté, puis avec le secret espoir de voir un jour une de ces créations incroyables figurer dans notre M.A.D. Gallery de Genève. A aucun moment je n’ai pensé à lui demander où était son atelier… Je découvre alors avec effroi et embarras qu’il est situé à Kyushu, une petite île au sud du Japon !

Chicara est un délicat petit homme japonais de 50 ans avec de longs cheveux gris attachés en catogan. Il est vêtu ce jour-là d’un blouson de biker et chaussé de souliers multicolores; un rien improbable dans le hall de cet hôtel emblématique dessiné par Franck-Lloyd Wright, il y a presque cent ans.

L’homme est totalement habité par son art. Il a dévoué sa vie à sa passion; abnégation totale dont les Japonais ont le secret. En 15 ans, il a dessiné et créé de ses mains cinq… motos. Les appeler « motos » est totalement réducteur mais bon, elles ont deux roues, un moteur et un guidon, donc a priori, pour le commun des mortels, c’est une moto. Chacune lui a pris plus ou moins 3 ans, ou si vous préférez, environ 7'000 heures de travail…

Chicara part toujours d’un moteur vintage très rare auquel il apporte de magnifiques finitions et lui ajoute jusqu'à 500 composants en acier, aluminium, chrome, laiton et cuivre qu'il dessine puis fabrique lui-même à la main dans une quête japonaise de perfection. La combinaison du moteur classique et de ses cadres incroyables, ses trains de roulement, ses systèmes de suspension et ses composants de direction donne naissance à des créations que l'on pourrait qualifier de rétro-futuristes. Et quand  je l’ai rencontré, Chicara n’en avait jamais vendue une, hésitant toujours entre se séparer d’un de ses « bébés » ou continuer à vivre sa passion sans un sou.

« Mais comment vivez-vous Nagata san ? », demandais-je après quelques heures… Long silence embarrassé de sa part, et puis il me lâche qu’il fait des travaux de graphistes pour payer son loyer et se nourrir. Finalement, il ajoutera d’une voix peu assurée : « Ma femme m’a quitté, je n’ai plus d’amis, mais je ne peux pas abandonner… »

Chaque fois que je regarde une œuvre du Sensei Nagata, cette phrase me hante…et cela ne la rend que plus intense.

A découvrir sur www.chicara.com

Chicara Art III – Moteur Meguro 500 cc de 1950

 

 

Chicara Art IV – Moteur Honda 50cc de 1966

 

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