Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Chère Marine, à quand la sortie de l’euro?

Imaginons, concrètement, ce que peut nous réserver la montée des partis europhobes au Parlement européen. En France, le Front national de Marine Le Pen, qui affirme vouloir démanteler l’Union européenne (UE) pour la voir «exploser», qui veut restaurer la souveraineté nationale sur les frontières, la devise, la législation et l’économie, a maintenant conquis 24 sièges sur les 74 sièges français au Parlement européen. Et il n’est pas seul. Ensemble, les partis europhobes accaparent maintenant 130 sièges à Strasbourg sur 751, soit 17% des voix des députés européens.

Est-ce grave? La question est de savoir de quelle capacité d’action réelle disposeront ces partis. Premier constat, les europhobes ne sont pas unis. Chacun aspire à former son propre groupe parlementaire. Une vive concurrence se dessine entre les anti-euro réunis autour de l’Ukip britannique de Nigel Farage, crédités de 33 sièges, et le groupe des non-inscrits, emmené par le FN français, aux côtés du FPÖ autrichien et du PVV néerlandais, qui représente 40 sièges.

Sans oublier un troisième rival, le parti italien de Beppe Grillo, lui aussi tenté de créer un groupe autour de sa vingtaine de députés. Cette concurrence un peu chaotique, et très peu pragmatique, est susceptible de réduire la force de frappe des europhobes.

Si bien que les 130 sièges décrochés par les anti-européens, et malgré la dramatisation observée au lendemain du 25 mai, ne suffiront ni à changer la façon dont le Parlement travaille, ni à bloquer la construction européenne, ni à sortir les pays concernés de l’UE, ni à abandonner l’euro.

Reste l’enjeu réel, qui est d’ordre national. On peut en effet supposer que l’impact de ces partis sur le devenir de l’UE s’opérera à partir de leurs positions futures sur les scènes politiques nationales.

Si, par exemple, Marine Le Pen remportait l’élection présidentielle française de 2017, hypothèse vraisemblable désormais, à cela près que le score des européennes n’est pas directement transposable aux présidentielles françaises, car les européennes se sont jouées sur 43% des votants, alors que le scrutin national implique une participation de 70%. 

Mais imaginons tout de même que le FN dirige la France d’ici à trois ans. Si Marine Le Pen suit fidèlement ses ambitions, elle voudra sortir de l’euro, et battre à nouveau monnaie nationale. N’est-ce pas là une des promesses électorales qu’elle a fait miroiter? Que se passerait-il alors?

Quand bien même les analyses d’économistes comme Jacques Sapir assurent qu’un retour au franc français serait parfaitement envisageable et que sa dévaluation éventuelle n’aurait qu’un faible coût pour l’économie française, il est évident la France aurait rendez-vous avec le désastre.

Un retour au franc français générerait une fuite des capitaux hors de France, qui s’opérerait en quelques heures, et qui serait potentiellement d’une telle ampleur, que seuls de stricts contrôles des capitaux - pire cauchemar des investisseurs - pourraient limiter, quoique partiellement, l’hémorragie. L’autre corollaire qui reste totalement ignoré, c’est que cette décision ferait de la France le plus grand marché spéculatif.

Des positions vendeuses sur le franc français, potentiellement phénoménales, risqueraient de se construire pour parier sur la dévaluation prévue de cette monnaie ressuscitée, et contre lesquelles le gouvernement ne pourrait rien.

Par exemple, si un Soros décide de parier 2 milliards contre le franc français, et que d’autres fonds spéculatifs se joignent à lui pour attaquer de concert la monnaie nationale vouée à la dépréciation, personne ne pourrait l’en empêcher. Les dérivés utilisés lors de la crise de l’euro pourraient faire leur grand retour pour vendre massivement à découvert la devise, d’autant plus vulnérable que son marché serait bien plus petit que celui de l’euro, ainsi que les obligations souveraines en francs français et les titres des banques françaises.

Face à l’opportunisme aveugle des marchés, les projets souverainistes du FN sembleraient soudain bien suicidaires. Le FN vend une utopie, et c’est dans la concrétisation de ses desseins que les Français le démasqueront.

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