ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Chassez Uber, il revient au galop

«Se plaindre n’est pas une stratégie», lançait Jeff Bezos en 2013 aux commerces qui craignaient la puissance de frappe d’Amazon. Cette petite phrase assassine pourrait aujourd’hui venir de la bouche du fondateur d’Uber.

Sa plateforme mobile de chauffeurs professionnels évolue désormais au rythme des batailles juridiques sans fin qui ont pour objet sa légalité. En Suisse aussi, Uber marche sur les plates-bandes de la corporation des taxis, une profession souvent engluée dans un quasi-monopole, dont la situation genevoise est représentative. Cette position dominante, les taxis historiques souhaitent la conserver à tout prix. Et on les comprend bien.

Mais pleurer dans les jupes de l’Etat est-il réellement une solution? J’en doute. D’autant plus vrai que la profession, ici et ailleurs, a souvent révélé, face à l’irruption de «l’ennemi», combien elle a négligé le nerf de la guerre: le client, ses besoins, ses remontrances. 

De son côté, Uber a observé ce client urbain dopé aux applis mobiles qui ne veut plus perdre de temps au téléphone, sur la route ou lors du paiement de sa course. C’est aussi un client qui ne tolère plus les trajets dont les prix élevés restent souvent injustifiés.

Un attentisme malheureux

Interdire Uber en Suisse? Une vaine tentative de fermer la brèche. Avec ou sans Uber, les taxis traditionnels seront tôt ou tard confrontés à une vague de concurrents qui exploiteront, peut-être de façon plus agressive encore, ce modèle d’affaires qui fait disparaître tout intermédiaire. Et qui bouleverse globalement la façon de travailler.

Dès lors, pourquoi ne pas s’en inspirer? Réfléchir à un modèle qui remet le client au cœur du service et à des conditions-cadres qui intègrent la nouvelle donne? Des acteurs dits «disruptifs» comme Uber font maintenant partie d’une réalité économique largement plébiscitée par les consommateurs. Gardons en mémoire la chute spectaculaire du géant de la photographie Kodak en 2012, achevé par les smartphones et Instagram.

L’industrie musicale, elle, subit les remous causés par les plateformes de streaming comme Spotify, tandis que le site de location entre particuliers Airbnb effraie les hôteliers et secoue le marché locatif.

Quant aux médias traditionnels, ce sont certainement les premiers à prendre en pleine figure le résultat d’un attentisme malheureux. L’émergence de plateformes pur web et d’influenceurs numériques, le tout orchestré par Google et les réseaux sociaux, les oblige à courir derrière le train que la plupart ont raté.

Tout secteur devrait avoir peur de se faire «uberiser». C’est la seule façon, semble-t-il, de sortir de l’immobilisme dans lequel bon nombre d’entreprises se sont figées. 

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