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VICE PRESIDENT INTERNATIONAL HUMAN RESOURCES D'EDWARDS LIFESCIENCES

Serge Panczuk est Vice Président International Human Resources d’Edwards Lifesciences (entreprise de medical devices, n°1 mondial dans le secteur des valves cardiaques). Il est basé au siège de l’entreprise situé en Californie. De 2007 à 2013, Serge était basé à Nyon, et était en charge des RH et de la Communication pour les régions Europe Middle East Africa Canada & Latin America. Il était auparavant directeur des ressources humaines en charge du développement de l’organisation au sein de Serono (entreprise de biotechnologie, n°1 mondial dans le traitement de la sclérose en plaques, et de l’infertilité) à Genève. Il a débuté sa carrière au sein de la direction des ventes d’American Express, avant de rejoindre Manpower en tant que directeur de la formation commerciale. Serge a publié plusieurs ouvrages sur le marketing RH (Enjeux et Outils du Marketing RH – Editions Eyrolles 2007), sur le management des ressources humaines (Ressources Humaines pour la première fois - Editions Eyrolles 2006, 100 Questions pour comprendre et agir: les ressources humaines – Editions AFNOR 2007), ou sur la gestion de carrière (Le Guide de votre parcours professionnel – Editions Eyrolles 2007). Serge est également membre du Comité de Rédaction de la revue HR Today (revue suisse des RH), dans laquelle il tient une rubrique régulière. Son dernier ouvrage (publié en octobre 2011 aux Editions de Boeck) porte sur « la Net Generation dans l’entreprise ».

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Charlie, Rocky et la ville fantôme qui pourrait s’appeler Europe...

Le panneau bancal indique « Ballarat ». Dehors, un âne sauvage regarde passer notre voiture. 

Bienvenue dans la Death Valley. L’endroit est d’une beauté exceptionnelle. Nous voici dans une ville fantôme. Je gare la voiture, et toute la famille sort et se dirige vers une vieille guimbarde, un camion GMC qui doit dater des années 40.

On s’arrête pour le regarder. L’engin était vraiment en sale état. Soudain, sorti de nulle part, un bonhomme au sourire aussi édenté qu’inquiétant s’approche de nous. « It’s cool, no ? It’s Charlie’s car … »Je le regarde, un peu surpris: « Charlie’s car ? »

« Yes Charlie, Charles Manson ! » On se retourne tous, on regarde le tas de métal en train de rouiller au soleil. Et il rajoute: « Really cool ! It’s vintage, Man ! »

C’est vrai, je dois vous l’avouer, être dans cette « ville », face à la bagnole d’un serial killer par 48°, ça a vraiment un côté cool et vintage. Après quelques minutes de discussion, il est temps de partir. Je salue le pote de Charlie. Il s’appelle Rocky. C’est le dernier – et seul – habitant de cette jolie bourgade...

Le soir même, je consulte les news. C’est soir d’élection dans la vieille Europe. Les résultats sont consternants. Beaucoup de commentateurs semblent surpris. Et je ne parle pas de certains politiques. Eux, ils sont carrément dépassés. Pourtant, s’ils suivaient un peu l’actualité de la mode, ou s’ils avaient rencontré Rocky, ils auraient pu anticiper ce désastre.

Pourquoi ?

Parce que « It’s really cool ! It’s vintage, man ! ». Même Bilan l’écrit. Si, c’est vrai, regardez en bas de la page, c’est marqué en grand « Vintage Time » !

En 2014, le business du Vintage vient donc de prendre une nouvelle dimension. Après les montres, les meubles ou les fringues, ce sont les idées qui se mettent à la page. Et tout le monde s’y met. Partout ! Sur tout... de la politique internationale aux sujets de société.

Vous voulez des exemples ? : en politique internationale, on nous ressort l’URSS, le Front Populaire, la Grande Dépression ou la Guerre froide. Voire même les Grandes Invasions. En économie, les privatisations, le productivisme, les frontières ou le contrôle des changes deviennent «vintage. And it’s cooool Man !».

Des politiciens esthétiques bien particuliers viennent transformer de vieilles idées pas bien ragoûtantes en programmes « cougar » reliftés. Qu’ils soient d’extrême droite, d’extrême gauche ou entre les deux, c’est pareil. On recycle !

Et ça marche pour une raison très simple, et si humaine. Si le « vintage, it’s cool Man », c’est parce qu’il rassure. Avoir un objet qui a marché pendant des décennies, ça donne confiance, ça montre que l’on peut survivre au changement, et peut-être même ne pas changer.

Pour les idées ça semble être pareil. Posons-nous quelques questions : Pourquoi des salariés, qui sont exposés régulièrement au changement dans leurs entreprises, pouvaient – en même temps – être séduits par les « c’était mieux avant » de droite ou de gauche ? Ou pourquoi des jeunes ultra-connectés au Monde votent pour des idées d’une génération qui communiquait avec un téléphone en bakélite à cadran rond ?

Une des réponse s’appelle la peur. Et c’est là que les entreprises entrent en jeu.

En quelques décennies, elles sont passées maîtres dans l’art de l’évolution, en adoptant des contours protéiformes, redéfinissant les barrières du temps ou en éliminant les frontières. Elles bougent, transfèrent, s’implantent puis disparaissent. Mais cette dynamique a un prix.

Au lieu de rassurer, elles « mettent la pression ». Au lieu de s’humaniser, elles préfèrent s’abriter derrière la froideur des chiffres. Au lieu de faire confiance, elles auditent, contrôlent et mesurent. Au lieu de valoriser la vulnérabilité, elles transforment leurs cadres en super-héros. Et finalement, pour avancer vers leur futur, elles oublient leur passé et jettent les seniors au profit d’un jeunisme effréné. 

Et bien tout ça, ça fout la trouille !

Les entreprises sont devenues le moteur du changement économique et social. Au cours des dernières années, ce moteur n’a cessé de prendre de la puissance. Cependant, pour avancer, encore faut-il qu’il y ait un châssis pour le soutenir. Et l’ancrer dans la réalité du terrain. Ce châssis, c’est la Société.

L’entreprise qui ne pense qu’à son futur sans se préoccuper de son rôle sociétal et politique se décroche petit à petit de son socle. Elle oublie que le salarié, sa famille ou ses amis sont aussi des citoyens.

C’est pourquoi, à une période où le politique part en vrille, les entreprises doivent aussi reconnaître leur part dans ce qui est en train de se passer. Et corriger le tir. Vite.

Dans une exceptionnelle vidéo postée récemment sur TED, l’expert en management Simon Sinek explique qu’un vrai leader doit donner un sentiment de sécurité à ses équipes. N’oublions jamais qu’il s’agit d’un des besoins essentiels de l’Homme. Sans elle, la Société ne fonctionne pas. Ou plus. Il est de notre devoir d’intégrer cette dimension.

Sinon, l’attrait des idées vintage continuera à se développer. Parce que « It’s vintage, it’s cool, Man ! ».

Pour terminer, retournons rapidement à Ballarat. A la fin du XIXème siècle, c’était un petit village sympa. Qui vivait bien grâce à une entreprise. Et puis, elle est partie pour se développer ailleurs. Ses habitants ont disparu. La ville est morte.

Seule la famille de Rocky est restée. Aujourd’hui, assis sur un fauteuil vintage, sous une tête de phacochère, il regarde ce qui reste de son Monde.

Un cimetière et la voiture de Charlie.« It’s vintage, it’s cool, Man ! »

Mais j’avais oublié quelque chose. Quand il le dit, il a l’air triste...

 

 

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