Un été de tous les dangers pour le G7

La cohésion affichée avec emphase par les pays du G7 lors du sommet de juin devra rapidement passer l’épreuve du feu.

La réunion mi-juin du G7 aux Cornouailles pourrait bien passer à l’histoire comme celle où les grandes démocraties ont décidé de mettre de l’ordre dans les affaires mondiales. Pour cela, elles sont reparties des valeurs fondamentales partagées pour décider d’actions communes à moyen terme. Après les années de dérive, il était grand temps de prouver urbi et orbi qu’il y a une équipe soudée aux manettes du monde, n’en déplaise à certains qui auront tenté de multiplier les fractures et les divisions, lesquelles ont été surmontées, pour le moment du moins.

La convergence se construit autour des trois principes fondateurs que rappelle le communiqué final, long de 25 pages en petits caractères. Vient, en premier, le rappel de l’attachement inconditionnel à la liberté individuelle et aux droits de l’homme comme fondements des institutions démocratiques. Le deuxième principe est la confiance affirmée dans l’économie de marché qui fait la part belle à l’initiative privée, mais qui reste encadrée par un ordre institutionnel robuste. Finalement, les membres du G7 reconnaissent que leur puissance et leur richesse leur confèrent une coresponsabilité pour les plus éprouvés et les plus fragiles. En réaffirmant ces trois principes, le G7 à la fois rallie, resserre les rangs et trace une ligne de démarcation qui stigmatise la Chine et la Russie.

Mal-développement et multinationales

Bien que le projet pour le monde de demain aborde l’urgence sanitaire et climatique, son ambition paraît plus fondamentale sur deux points. D’abord, sortir du mal-développement. Ce thème est en point de mire lorsque le G7 articule ses promesses (bien faibles au vu des besoins) en matière de vaccins, quand il laisse entrevoir la possible levée des droits de propriété intellectuelle y afférents, quand il s’engage sur l’allocation des droits de tirage spéciaux dont la création a été récemment décidée, quand il aborde le programme de la réduction de la dette extérieure des pays les plus pauvres ou la remise en état d’un système commercial international plus juste, et finalement quand il esquisse le projet structurant à long terme, en matière des infrastructures qu’il promet de mettre sur pied en partenariat avec l’économie privée. Certes, la route des paroles de la déclaration à la mise en œuvre est semée d’embuches; mais du moins a-t-elle le mérite d’être tracée.

Le deuxième point du projet concerne les rapports entre le politique et les très grands groupes multinationaux. Ces champions de la globalisation ont tiré leur épingle du jeu, en passant grands maîtres de l’optimisation pour la plus grande joie des actionnaires. Désormais, le G7 entend fixer deux règles de portée universelle: un taux d’imposition minimal des bénéfices de 15%, et – dans certains cas – la taxation partielle des géants du numérique sur la base du chiffre d’affaires réalisé dans un pays donné. Ce projet entend à la fois couper l’herbe sous les pieds des champions en matière de basse fiscalité (dont la Suisse), et aussi redistribuer une petite partie des recettes fiscales de manière plus équitable entre les pays concernés. Ce projet du G7 est à la fois concret et doublé de l’ambition de conclure un accord mondial cet été encore. Certains protagonistes, dont la Suisse et l’Irlande en tête, vont s’employer activement à déjouer cette ambition du G7, que ce soit par la diplomatie ou par un jeu de «compensations». C’est donc très rapidement que la cohésion du G7 affichée avec emphase aux Cornouailles en juin devra passer l’épreuve du feu. Si elle en sort indemne, ce sommet sera peut-être bien celui d’un début d’un nouvel ordre économique mondial.

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