Nicolas Dousse

DOCTORANT EN MICROTECHNIQUE À L'EPFL

Nicolas Dousse est actuellement en Doctorat à l'EPFL dans la section de Microtechnique. Il travaille sur des techniques d'évitement de collisions pour des véhicules personnels aériens (des hélicoptères automatisés avec passagers). Il est actif au sein du Laboratoire des systèmes intelligents. Nicolas est également membre de l'association Drone Adventures qui tend à promouvoir l'usage civile des drones.

Auparavant, il a effectué un Master en Aéronautique à Toulouse à l'ISAE, l'Institut Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace, où il a pu profiter d'un enseignement mixte, entre des professeurs et des ingénieurs d'Airbus, lui donnant un sens plus pratique de l'ingénierie aéronautique.

Nicolas est titulaire d'une licence de pilote d'avion privé avec environ 140 heures de vol à son actif. Il pratique également le parachutisme ayant environ 70 sauts à son actif.

Ces drones qui vous veulent du bien

Les drones à usage civil sont en plein boom. Le nombre de start-up développant des solutions de drones et ayant réussi à lever des fonds a explosé ces deux dernières années et la Suisse se positionne avantageusement dans ce secteur avec plusieurs compagnies qui ont réussi à décoller (par exemple SenseFly, Swiss UAV et Skybotix). Dans l’édition du 21 août dernier de Bilan, un article parle des drones suisses à usage civil. Mais qu’entend-t-on donc par « usage civil » ?

Un drone est un engin volant sans pilote complètement autonome ou piloté depuis un opérateur au sol. Dans le jargon populaire, un drone est généralement assimilé à un engin effectuant de la surveillance, de l’espionnage, voire même des attaques « chirurgicales » dans un terrain en conflit. Les applications civiles pour les drones sont nettement moins connues.

Et pourtant, les missions civiles où les drones apportent une plus-value s’étalent sur un éventail très large. La cartographie 3D pour usage géomatique, humanitaire ou archéologique, l’établissement de réseaux de communication ad hoc en cas de catastrophe, le contrôle de feux de forêt, l’approvisionnement de moyens de première nécessité dans des endroits reclus, des réalisations artistiques et la prise d’image aérienne sont quelques exemples d’utilisation professionnelle, actuel et futur, pour les drones. Notez bien que pour la plupart des exemples, il ne s’agit pas de but utopique à horizon lointain mais d’utilisation réelle en 2013.

L’utilisation civile des drones se retrouve de plus en plus dans la presse écrite. Malheureusement, la plupart du temps connoté de manière négative pour souligner le danger qu’ils représentent. Deux des derniers exemples en date se sont déroulés à Lausanne et à New York. Le 22 septembre dernier, un drone utilisé pour des prises de vues aériennes s’est écrasé contre le Lausanne palace, manquant de blesser deux personnes en dessous. Début octobre à Manhattan, en plein centre-ville, un passant a retrouvé les restes d’un drone s’étant écrasé après une chute suite à une collision avec le 30ème étage d’un building.

Les drones sont devenus tellement facile d’utilisation qu’ils peuvent être pris en main par tout néophyte au même titre qu’une voiture télécommandée. Cette facilité d’utilisation cache le potentiel danger que peut représenter la chute d’un de ces engins, surtout quand ces derniers pèsent plusieurs kilos. Il faut noter que la technologie avance plus rapidement que l’établissement des lois régissant leur cadre d’utilisation. Sans agissement rapide de l’organe légiférant, l’image des drones pourrait encore se détériorer au grand dam des utilisateurs consciencieux.

Quelle est la situation légale à ce jour ? 

La législation est très différente d’un pays à l’autre et implique une gestion au cas par cas pour la conquête de nouveaux marchés pour les acteurs commerciaux. La problématique peut être principalement séparée en deux points : la garantie du respect de la sphère privée et la sécurité vis-à-vis des autres acteurs au sol et dans l’espace aérien. Deux exemples: 

Aux Etats-Unis, l’autorisation de vol d’un drone civile est soumise au cas par cas et est réglée de manière très stricte. L’Administration Fédérale de l’Aviation Américaine (FAA), l'organe légiférant compétent pour tout objet volant, doit édicter jusqu'à début 2015 au plus tard les règles régissant l'utilisation des drones en général et plus précisément leur insertion et leur utilisation dand l’espace aérien civil.

A l'heure actuelle, personne ne sait pas vraiment à quoi ressembleront ces règles. Il est attendu que les exigences soient au minimum égales à celles en vigueur pour l’aviation générale, plus particulièrement en ce qui concerne les capacités de Sense&Avoid, comprenez, détecter et éviter les éventuelles menaces : le drone devra être en mesure de détecter les menaces au moins aussi bien qu’un œil humain. 

En Suisse, la législation est plus souple et s’inspire de la loi sur les modèles réduits : jusqu’à un poids de 30kg, aucune autorisation de vol n’est nécessaire pour autant que le drone ait un pilote de secours ayant une vue permanente sur le drone et étant capable de reprendre le contrôle en tout temps. De plus, les vols doivent s’effectuer hors des espaces aériens contrôlés et loin des aérodromes. 

En ce qui concerne le respect de la sphère privée, la loi helvétique stipule que "les dispositions de la loi sur la protection des données doivent être respectées". Aux Etats-Unis, même à des événements "alternatifs" devant par définition être plus open-minded, des images prises par des participants dans un but artistique mènent à un débat sur le respect de la sphère privée. 

Je reste persuadé que les drones peuvent apporter beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients. Le champ d’application des drones est déjà large et sera encore étendu au fur et à mesure qu’ils deviendront plus abordables et performants. Malheureusement, les lois sont toujours faites de manière à cadrer les débordements d’une minorité peu consciencieuse et implique ainsi une péjoration ou une restriction d’utilisation aux personnes respectueuses.

Souhaitons que le cadre qui sera établi permette aux compagnies (suisses) de continuer à se développer et rester compétitives sur ce marché estimé à 62 milliards par an. Ce cadre dépendra grandement de l’image que l’opinion publique aura des drones. L’article de Bilan permet de remettre l’église au milieu du village en proposant une vision positive de l’utilisation de drones (Notez que depuis lors, la tentative de mapping du Cervin en 3D a été un succès). On peut également souligner entre autres l'engagement de l'ONG DroneAdventures créée en Suisse ayant pour objectif de promouvoir l'usage civil des drones. 

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