Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Ces adultes qui vomissent des arcs-en-ciel

Crédits: http://www.geekjunior.fr/mise-a-jour-snapchat-effets-payants-selfies-5024/

Si vous n'avez pas entendu parler de Snapchat, c'est probablement que vous avez cessé toute activité en ligne depuis plusieurs mois... Après avoir été considéré comme LE réseau des ados, Snapchat est devenu, à son tour, un média de médias, et donc le nouveau Graal des marketeurs de tous poils! De Vice à CNN en passant par Nike ou Burberry, nombreuses sont les marques qui ont choisi d'investir et de développer leur storytelling sur le réseau jaune, notamment en créant des "Stories" de grande qualité et en proposant des contenus spécifiques qui vous font vite oublier les contraintes propres aux fonctionnalités du média quand on passe en mode "particulier". De la titraille soignée, des images qui s'enchaînent judicieusement, des pictogrammes sur mesure: rien n'est trop beau pour vous proposer une véritable histoire, voire des histoires dans l'histoire, et, ainsi, proposer une alternative intéressante aux Instant Articles de Facebook (évitant également la trop grande dépendance au géant bleu), avec des contenus riches, dans tous les sens du terme.

Malheureusement, pour arriver à un tel résultat et comme pour toute autre vélléité de média social désormais, il faut des moyens, des moyens spécifiques, une ligne éditoriale adaptée et des ressources techniques loin des possibilités du péquin moyen. Et pourtant...

J'ai décidé de suivre les initiatives "hors des sentiers battus" proposées par des personnes de mon réseau social au sens large, et après quelques semaines, cela m'évoque invariablement les paroles d'un chanson de Souchon: consternation... En effet, entre ceux qui enchaînent les vidéos de 6 secondes pour vous raconter une histoire (autant aller sur Facebook Live) sans cesse interrompue, ceux qui ont la passion des filtres (une des options de Snapchat qui fait fureur... auprès des ados) et se retrouvent tantôt affublé d'oreilles de chien, tantôt d'un arc-en-ciel sortant de leur bouche, ceux qui diffusent les photos de leur repas (non, ce n'est pas Instagram non plus), mais en rajoutant des titres écrits à la main, et en couleur s'il vous plaît!, on a l'impression de voir une contamination des quadragénaires par un virus "jeuniste", les poussant irrémédiablement à vouloir être là où les plus jeunes sont, sans s'interroger sur l'usage qu'ils ont envie d'en faire, et dans quel but, persuadés que l'important, c'est d'y être. La crainte de rater LE dernier truc à la mode semble dès lors devenir plus forte que la peur du ridicule, incitant ainsi une population qui a peur de ne plus être dans le coup à démontrer tout simplement... qu'elle ne l'est effectivement pas.

De tous temps, il y a eu des médias et des contenus pour des audiences spécifiques, tout simplement parce que les attentes et les usages varient selon les âges, les périodes de la vie, etc. Ainsi, on n'essaie pas de vendre une conférence à des patrons de PME avec les mêmes flyers que ceux annoncant la venue de DJ Antoine dans une discothèque quelconque... Hélas, Snapchat semble provoquer l'envie chez certains de créer des flyers animés, teintés de fleurs, de smileys, de barbouillis manuscrits, assez proches finalement des oeuvres d'enfants découvrant pour la première fois les émoticônes et le dessin virtuel. Vous me direz: c'est beau de garder une part d'enfance...

Evidemment, il n'y a pas mort d'homme. Cela finira tout simplement par faire fuire les "vrais" jeunes et les contenus des marques qui leur sont destinés sur de nouvelles applications sociales, comme à chaque fois que les adultes s'installent sur un média. Les filtres, ça a du bon.

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