Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CÉRAMIQUE / Le duo-duel Chapallaz-Lambercy à Genève

Le public romand les a longtemps comparés. Ou opposés. Philippe Lambercy et Edouard Chapallaz n'avaient pourtant jamais exposé ensemble. Aucun projet commun n'a abouti, même si les deux céramistes étaient sensiblement du même âge (Lambercy de 1919, Chapallaz de 1921) et si tous deux ont vu le jour à Yverdon. Leur rencontre, à la galerie Lionel Latham de Genève, se révèle en partie posthume. On sait que Philippe Lambercy s'est éteint en 2006. 

"Le projet est né l'an dernier", explique Lionel Latham dans son espace de la Corraterie. "J'ai rencontré un couple âgé, bilingue, vivant dans un petit immeuble de la banlieue de Berne." La maison allait se voir démolie. Il fallait que ces gens déménagent. Une entreprise considérable. "Leur logement était plein à ras bords, avant tout de céramiques contemporaines. Cet homme et cette femme utilisaient en plus leurs deux caves comme dépôts."

Un groupe tiré d'un ensemble plutôt nordique 

Sans enfants, ni héritiers, le couple n'avait pas développé de long compagnonnage avec une institution, comme l'a fait à Genève l'étonnant Csaba Gaspar, qui a laissé plus de 2000 poteries à l'Ariana. Il lui fallait trier et vendre. "Il se trouvait là beaucoup de créations liées au monde germanique ou nordique. Des liens avaient été notamment tissés avec la Norvège." Difficile de leur trouver des débouchés à Genève. "Mais il y avait aussi les Chapallaz et les Lambercy..." 

Le couple a donc décidé de se séparer de se groupe avant de s'installer à Winterthour. Dans du plus petit, évidemment. "J'ai décidé de prendre cette partie de la collection." Une collection constituée à deux, mais de manière toute personnelle. Il n'y avait en effet pas d'achats communs. "Chacun faisait ses emplettes pour son compte." Afin de s'y retrouver plus tard, car ces deux amateurs avaient tout de même sensiblement les mêmes goûts, il avaient imaginé un système de pastilles collées. "Vert pour l'un. Rouge pour l'autre."

Deux conceptions opposées de la poterie

Les époux ont ainsi suivi les céramistes vaudois tout au long de leur carrière. "Une carrière qui commence en parallèle, avec des pièces assez semblables." Chapallaz produira ensuite beaucoup, encouragé par un véritable fan club. Lambercy se concentrera sur l'enseignement à Genève. Toute une génération de céramistes (dont Philippe Barde) est née de ses leçons. "Leur œuvre personnel est parti dans des directions totalement différentes", explique Lionel Latham. "Il suffit de regarder les pièces de la maturité. Chez Chapallaz, tout se veut lisse et harmonieux. Les sculptures de Lambercy, souvent réalisées en plusieurs parties, ressemblent à des blessures." 

Lambercy a peu vendu de pièces de son vivant. Les collectionneurs "historiques" de Chapallaz sont âgés. Plusieurs ont même disparu. Il s'agit de leur trouver, ou de leur retrouver un public. "Certains jeunes se disent séduits par les formes épurées de Chapallaz. L'approche de Lambercy, très intellectuelle, se révèle plus ardue." Il faut aussi aimer la statuaire. "Ce sont les Français qui se montrent le plus intéressés, mais ils hésitent encore à faire le pas."

Pratique 

"Philippe Lambercy et Edouard Chapallaz", galerie Lionel Latham 22, rue de la Corraterie, jusqu'au 1er mars. Tél. 022 310 10 77, site www.galerie-latham.com Ouvert du mercredi au vendredi de 13h30 à 18h30, samedi de 11h à 13h et de 14h à 17h. Photo (DR): Le carton de l'exposition. Lambercy est à gauche, Chapallaz à droite.

 

Sur le front du commerce d'art genevois: nuit, ventes et portes ouvertes

Nous y sommes! Ou plutôt nous y restons. La saison genevoise du commerce d'art ne s'arrête pas à Artgenève, qui a plus ou moins bien marché cette année, selon les stands. Il y a eu des sourires et des sourires forcés. Tenez! Aujourd'hui 26 février et demain 27, Koller vient montrer ses "highlights" à l'Athénée. Les ventes se dérouleront cependant lieu à Zurich. Koller Genève s'est mis depuis quelque temps en veilleuse. 

Du 6 au 9 mars se tiendra à Carouge, à côté du Théâtre, la rituelle brocante. Il s'agit là de la dernière foire sous toit genevoise de ce type, depuis la disparition du Chapiteau automnal sur la plaine de Plainpalais et de la manifestation qui se tenait à Palexpo. Comptez sur une quarantaine de stands, allant du livre d'occasion rare au design des années 50 et 60.

Livres anciens à Prévost-Martin 

Dès le 7 mars, l'Hôtel des Ventes de la rue Prévost-Martin montrera les quelque 3000 objets (en fait, en peu moins), qui passeront sous le marteau lors de ventes kilométriques du 10 au 13 mars. En vedette, cette fois, une grande bibliothèque. Les ouvrages proposés, à des prix pour le moins incitatifs, vont du XVe (il y a un incunable) au XXe siècle. Une partie d'entre eux figure au menu de la vente silencieuse accompagnant rituellement les dispersions publiques. J'y reviendrai. 

Les 15 et 16 mars, les huit membres d'"Art7" à Carouge proposeront leurs vernissages communs. Cette manifestation annuelle en arrive à sa dixième édition. Elle se déroulera sur un week-end, avec le principe des portes ouvertes. J'y reviendrai aussi.

Les dix ans du Quartier des Bains 

Le 20 mars se déroulera enfin la première "Nuit des Bains" de 2014. L'association fête également ses dix ans. Elle se mitonne une "nouvelle identité graphique", puisque le graphisme, aujourd'hui, c'est l'homme. Tout se passera comme de coutume un jeudi, dès 18 heures. On note la présence de quelques poids lourds. Franz West est chez Art & Public, Adel Abdemessed chez Blondeau, Antonio Saura chez Patrick Cramer, Thomas Huber chez Skopia, qui part ces jours montrer Alain Huck à l'Armory Show de New York. Sherrie Levine se voit annoncée à la fois par Jancou et pat Mitterrand + Cramer. Un nouveau membre à signaler: Quark. Là, je n'y reviendrai pas. Je serai à Paris à la "Semaine du dessin".

Prochaine chronique le 27 février. L'Ariana propose ses céramiques islamiques. Rencontre avec la commissaire Anne Claire Schumacher.

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