<p>Entrepreneur</p>

Patrick Delarive est un entrepreneur vaudois actif dans la gestion de fortune, l'immobilier et le showbiz.

Ce que Mgr Morerod m’a appris

Crédits: Genevay/EOL

J’ai la preuve que l’église est dans le coup: c’est par Facebook que j’entre en contact avec Mgr Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Il me répond à la vitesse du web et me fixe un rendez-vous. Sur la voie du Seigneur qui me mène à l’Evêché, je réalise que je me rapproche sérieusement du pape, qui ne se trouve qu’à une encablure de mon invité.

Il est 16 heures ce vendredi dans le Vieux-Fribourg lorsque je sonne à la lourde porte de la résidence de celui qui veille sur les 700 000 catholiques de son diocèse. Des pas se font entendre. La porte s’ouvre sur la cour intérieure d’une immense bâtisse qui abrite la succursale du Vatican en Suisse romande.

Mgr Charles me reçoit avec générosité, avec jovialité même. Je suis face à l’un des 4000 évêques du monde. Il m’accompagne dans le salon dans lequel nous allons nous entretenir durant plus de deux heures, non sans avoir préparé lui-même le café qu’il me sert. Allons à la rencontre de cet homme au parcours de vie original. Lorsque je lui parle de carrière, il me répond aussitôt qu’il préfère parler de «vocation». Ainsi soit-il.

Il vint au monde en Gruyère, il y a cinquante-trois ans. Parcours classique pour ce fils unique d’un technicien dentiste et d’une maman très présente qu’il appelle encore presque tous les jours. Monseigneur me raconte que son père est décédé subitement, il y a quelques mois, à l’âge de 85 ans. Avant de rajouter – les yeux brillants – «mon papa avait fait sa confirmation à 83 ans…». 

Charles, l’ado, mène durant des années un combat contre lui-même. Un combat avec ses sentiments. Ceux pour les jeunes femmes, dont deux en particulier, et ceux, inexorables, pour Dieu. Lorsque je compare ce moment à celui d’un coming out, l’homme d’Eglise me fixe sévèrement et me répond avec un «peut-être», assez sec. 

Obéissance, pauvreté et chasteté

A l’âge de 21 ans, le jeune Charles intègre l’Ordre des dominicains à Fribourg. Il étudie la théologie et la philosophie avant d’être ordonné prêtre en 1988. Il a 27 ans lorsqu’il fait ses vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté: «Le religieux accepte d’obéir à son supérieur pour montrer son obéissance à Dieu et n’a le droit ni de contester son autorité – sauf pour des questions morales – ni de posséder quoi que ce soit.»

Le sujet de la chasteté est plus délicat à aborder. Mgr Morerod me met aussitôt à l’aise en m’expliquant qu’il est souvent questionné sur le sujet de la sexualité et que c’est normal de se poser ces questions. J’insiste sur le célibat des prêtres. J’apprends que si l’Eglise catholique comprend des ordres religieux, elle est également divisée en rites, dont le maronite ou le chaldéen dans lesquels les prêtres sont mariés.

Quant aux scandales qui ont secoué l’Eglise, Mgr Morerod les condamne sans réserve tout en me relevant un chiffre affolant récemment publié: dans notre pays, de nos jours, deux filles sur cinq et un garçon sur six subissent des abus sexuels.

Charles me raconte ensuite le choc lié à son changement de fonction. Alors qu’il vit et enseigne à Rome, il reçoit au début de l’automne 2011 un appel du cardinal «ressources humaines» qui le convoque au Vatican pour lui annoncer sa nomination comme évêque. Proposition à laquelle il répondit: «Je vous rappelle que j’ai fait vœu d’obéissance.»

Quelques semaines plus tard, il quitte la Rome ensoleillée, ses étudiants et sa chambre austère pour la brume fribourgeoise, une demeure de grand confort et une équipe de 20 personnes à son service. Mgr Morerod passe en quelques heures du statut d’employé modeste à celui de CEO d’une multinationale régionale, dont la notoriété nécessite parfois plus d’une heure pour parcourir les 700 mètres qui le séparent de la gare et qui traite une centaine de mails par jour.

Difficile de résumer cette rencontre, tant les sujets furent contrastés, les lieux chargés d’histoire et d’énergie, le personnage fascinant... Allez-en paix!

Patrick delarive est un entrepreneur vaudois actif dans la gestion de fortune, l’immobilier et le showbiz.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."