Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Ce que faire la guerre signifie, Paris l’a compris

Le sang appelle le sang. Pourtant, curieusement, plus d’un mois et demi après le début des frappes françaises en Syrie, au lendemain des attentats de vendredi, le Parisien titrait : «Cette fois-ci, c’est la guerre». Tardif constat. A croire qu’il a fallu enregistrer les premiers morts côté français pour comprendre ce que la guerre implique inévitablement: des pertes dans les deux camps.

Pourtant, la décision de l’intervention en Syrie en septembre a suscité moins d’émoi et fait couler moins d’encre que le travail du dimanche et la réforme Macron. Coupable légèreté.

Aussi juste soit la cause, faire la guerre est bien une décision grave, qui engage la nation entière, civils et militaires. On ne peut pas la réduire à l’envoi de quelques soldats professionnels dans une contrée lointaine, et penser qu’on en restera là.

Au moment d’engager la guerre les conséquences étaient connues. Les dirigeants comme les services de renseignement français SAVAIENT que l’EI avait les moyens de la riposte. Quant au mode opératoire, il ne faisait pas plus de doute, puisque l’Occident l’a vécu dans sa chair depuis le début des années 2000 avec Al Qaida : frapper fort, s’attaquer aux civils et marquer les esprits. L’engagement des alliés espagnols et britanniques en Irak aux côtés des Américains s’est payé par les attentats d’Atocha à Madrid en 2004 et ceux Londres en 2005. Suite aux bombardements déclenchés en Syrie, ce sont 220 civils russes qui périssaient il y deux semaines dans le Sinaï, dans l’explosion d’un Airbus. Les renseignements français savaient que l’attaque était imminente. Mais en guerre, identifier le danger ne suffit pas toujours à l’éviter.

La France n’a pas connu de conflit sur son sol depuis 1962 et la fin de la guerre d’Algérie. Pourtant, nation belliciste, elle s’est engagée dans de nombreux conflits, en particulier en Afrique, ainsi qu’au Proche et Moyen-Orient. Entre les discours de «Maintien de la paix», «combattre pour la liberté», les intérêts géostratégiques évidents du «grand frère» de l’Afrique sous-tendaient souvent les interventions, vitrine d’une industrie de guerre exportatrice et florissante. Les frappes françaises ont repris dimanche sur Raqqa. Mais est-on en mesure d’éviter que ce tragique vendredi 13 se reproduise?

Non, la guerre n’est pas une manière d’exister sur la scène, ni un acte de politique internationale. Non, la guerre n’est pas juste un moyen pour un dirigeant affaibli de soigner sa popularité en excitant la fibre nationale. La guerre engage les peuples.

Et non, on n’est pas tranquille à la terrasse d’un café dans un pays en guerre.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."