Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Ce qu’il faut robotiser? L’Etat!

L’intelligence artificielle (IA) nous tuera-t-elle ou nous sauvera-t-elle? Deux types de prophéties émergent. Celles, apocalyptiques, de Bill Gates, Stephen Hawking ou Elon Musk, qui prédisent que les robots nous réduiront en esclavage. Tout comme Laurent Alexandre, penseur de l’IA dans le monde francophone, pour qui le cerveau humain est en passe d’être détrôné par sa trop performante création, qui va le rendre obsolète d’ici à 2030.

Le danger concernerait «tous les gens qui pensent», mais encore plus les moins doués, les moins intelligents, qui se retrouveront sur le carreau par millions telle une sous-espèce réduite au chômage éternel. Orwell, Kafka et le monde de Gattaca réunis, pour ces prophètes qui entrevoient un grand remplacement de la matière grise ordinaire par les cerveaux en silicium et les QI supérieurs, et peut-être même une guerre Populistes vs. Robots. Nos enfants n’auraient alors d’autre choix que de se faire implanter des circuits intégrés dans le cerveau, histoire de rester «bankable» et intégrés dans la société de l’intelligence. 

Une perspective pas si dramatique pour le futurologue de Google, Ray Kurzweil, qui se réjouit que l’homme augmenté fasse son apparition vers 2045, utilisant l’IA pour son plus grand avantage. Cette vision cadre avec l’histoire des progrès techniques, fusées et ordinateurs ayant opéré docilement au service de l’homme. Mais jusqu’ici, on était dans le paradigme d’une IA «faible». On agite à présent le spectre d’une IA «forte» qui romprait le pacte de ses ancêtres en se retournant contre ses maîtres afin de prendre le pouvoir.

Cela relève pour l’heure clairement de la science-fiction, sachant qu’aujourd’hui, ce qu’on a vraiment, ce n’est pas de l’«intelligence» artificielle, mais d’excellents algorithmes. En attendant, deux conséquences ne sauraient être niées: les créateurs de ce qui deviendra de l’intelligence artificielle, qui sont à la genèse de l’économie future, et dont les salaires atteignent déjà souvent huit chiffres, seront les «dieux» de cette nouvelle galaxie. Et ceux qui auront les moyens de se doter d’implants et d’exosquelettes en vue d’augmenter leurs capacités intellectuelles et physiques en seront les séraphins.

Certes, chacun va devoir s’interroger sur ce qu’est sa plus-value par rapport à un robot capable de fonder ses décisions sur des tonnes de données. Mais Laurent Alexandre se trompe sans doute sur le darwinisme intellectuel prophétisé. L’IA va aussi rendre inutiles un grand nombre de personnes hautement intelligentes. Lui même, d’ailleurs, évoque les cancérologues et orthodontistes, bientôt dépassés.

Après tout, les machines à calculer n’ont pas remplacé ceux qui ne savaient pas compter. Au final, à part les Prix Nobel, le marché du travail sera à ceux qui sauront manager les intelligences, bâtir d’innombrables services sur ces océans de données. Et si on en venait à placer des implants dans les cerveaux des étudiants, c’est à un nivellement des intelligences qu’on assisterait, non à leur dispersion. 

Il est un domaine où l’IA possède une voie royale: l’Etat. Ce qui devrait d’abord être robotisé, c’est la fonction publique. Si l’on compare la théorie de l’Etat à sa mise en pratique, il apparaît que la variable de l’imperfection n’est autre que l’humain et sa faillibilité trop évidente (corruption, ego, incompétence, fiscalité sous-optimale, prodigalité, surendettement, erreurs…). Avec l’avènement de l’IA, des possibilités émergent de gérer rationnellement et avec intégrité les affaires de millions de citoyens. Le système de transactions blockchain a même le potentiel de devenir ce nouvel «Etat» inviolable. Quête de pouvoir surhumain individuel? Pourquoi pas. Mais l’IA peut-elle d’abord incarner un pouvoir surhumain collectif?

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