Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CATALOGUE/"Sébastien Bourdon, peintre protestant?" à Port-Royal

Crédits: Ringling Museum, Sarasota 2018

Je n'ai pas vu l'exposition. Il faut dire que l'itinéraire y menant tient du chemin de Croix. Pour aller à Magny-les-Hameaux, dans la grande banlieue parisienne, un guide indigène s'impose presque. Je ne me suis ainsi rendu qu'une fois dans les vestiges de Port-Royal-des-Champs, le couvent janséniste rasé sur ordre de Louis XIV en 1709. Les religieuses se retiraient alors dans un désert. Elle seraient aujourd'hui entourées de gros et vilains immeubles. Le devoir de mémoire a pourtant fait de ce lieu ingrat un musée. Celui-ci se voit voué à la vie religieuse au XVIIe siècle. 

Jusqu'au 16 décembre, le lieu accueille «Sébastien Bourdon, Peintre protestant?», et j'ai lu le livre. Né à Montpellier en 1616, l'artiste a connu une carrière à cheval sur le Languedoc, Paris, Rome et la Suède, où il fut au service de la Reine Christine. Son parcours se situe pendant une période d'accalmie religieuse. Les rapports entre protestants et catholiques sont moins mauvais dans les années 1640 et 1650, comme le rappelle Philippe Luez dans sa contribution à un ouvrage collectif. Bourdon deviendra ainsi l'un des douze fondateurs (douze, comme les apôtres) de l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1648. A sa mort en 1671, il travaillera encore pour Louis XIV aux Tuileries. Ce dernier ne fait alors que commencer ses persécutions. Je rappelle à ce propos que la princesse Palatine, sa belle-sœur, écrit à ce sujet des mots définitifs dans sa correspondance. Pour elle, le roi ne possède aucunes connaissances théologiques. Juste «la foi du charbonnier».

Les oeuvres de la miséricorde 

Que montre-on dans cette exposition, succédant à celle fondamentale du Musée Fabre de Montpellier en 2000-2001? Avant tout des œuvres religieuses, ou para-religieuses (on parle bien après tout de para-médical). Bourdon a beaucoup travaillé pour des catholiques. La cathédrale de Montpellier contient ainsi de lui une monumentale «Chute de Simon le Magicien». Elle n'a bien sûr pas accompli le voyage. La présentation se concentre sur des toiles plus modestes, dont deux de la série sur les sept «Œuvres de la miséricorde», des gravures et des dessins. Les «Œuvres», au contenu très catholique dans la mesure où elles n'assurent pas le salut pour les calvinistes, passaient pour ruinées au musée de Sarasota. Elles ne semblent pas en plus mauvais état que bien des peintures de Nicolas Poussin. Les artistes du Grand Siècle n'étaient pas tous de grands techniciens. 

Les textes réunis visent à voir ce que le regard peut avoir de protestant, à une époque où les commandes sont essentiellement catholiques. Ils auraient pu citer comme exemples parallèles le décor d'Isaac Moillon à l'Hospice de Beaune ou la magnifique vie de saint jean-Baptiste par Reynaud Levieux, aujourd'hui dispersée. En fait, ce mince ouvrage aux textes un peu trop savants effleure souvent hors sujet. Trois preuves. D'abord, il a oublié de donner une biographie de Bourdon. Ensuite, il met dans le même sac luthéranisme et calvinisme. Enfin, dans son article, Elodie Vaisse cite les élèves catholiques de Bourdon en oubliant les autres... 

A part cela, on aurait bien imaginé l'exposition au Musée international de la Réforme à Genève.

Pratique

«Sébastien Bourdon, Un peintre protestant?», ouvrage collectif édité par la Réunion des Musées nationaux et Port-Royal-des-Champs, 112 pages.

Photo (Ringling Museum, Sarasota 2018): L'une des oeuvres de miséricorde, "Libérer les captifs".

Texte intercalaire.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."