Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CARRIÈRE / Sam Stourdzé, Arles et l'Elysée. Qu'en penser?

Bon. D'accord. J'aurais pu vous en parler plus vite. Mais pourquoi vous raconter ce que vous savez déjà? Cette chronique existe après tout soit pour aborder des événements dont personne ne parle, soit pour analyser les choses après coup. Les faits ressemblent finalement aux vengeances. Il s'agit de plats devant se manger froids. 

Or donc, le 16 avril, Sam Stourdzé annonçait qu'il quittait le Musée de l'Elysée, dont il est le directeur depuis le 1er mai 2010. Il va prendre la tête des "Rencontres d'Arles". L'homme l'expliquait sans ambages à la radio: "C'est là une proposition qui ne se refuse pas." Libre à vous d'en déduire que la cité provençale vaut mieux que Lausanne. Et ce d'autant que la situation arlésienne tient du panier de crabes, voire du nœud de vipères. On sait que François Hebel, qui chapeautera encore les "Rencontres" de 2014, a démissionné avec pertes et fracas, tant sa mésentente avec la "mécène" Maya Hoffmann lui devenait insupportable.

Dürrenmatt en version méditeranéenne

Il faut dire que la dame semble jouer une version méditerranéenne de "La visite de la vieille dame" de Friedrich Dürrenmatt. Elle s'achète une ville en pleine déconfiture économique (15% de taux de chômage, même les célèbres cotonnades ne se vendent plus...) à coup de dizaines de millions d'euros. Quoique communiste, le maire est bien obligé de lui sourire. Mieux vaut une Arles vouée à la culture de pointe que pas d'Arles du tout (1). Côté intellectuel, il a déjà un Musée archéologique et un Musée Réattu sur les bras... 

Sympathique, habile, ambitieux (la presse française souligne d'ailleurs son physique de renard roux), Sam Stourdzé se déclare pour sa part prêt à collaborer avec la dame, dont il souligne bien haut la "personnalité généreuse". A 41 ans, il a pour lui son expérience, son carnet d'adresses et son habitude de séduire les autorités. Il lui faudra louvoyer et faire ses preuves en composant son programme de 2015. En douze ans, Hebel avait réussi à ressusciter un festival photographique qui semblait entré en état de mort clinique vers 2000.

Un bilan vaudois mitigé 

Lausanne prend note et regrette. Le doit-elle vraiment? Le court règne de Sam Stourdzé, qui succédait à William Ewing, n'a pas été sans reproches. En 2011, on l'accusait de collusions d'intérêt avec sa société productrice. En 2012, l'Elysée était éclaboussé par une affaire de censure concernant une artiste palestinienne. L'entrée des fonds Chaplin et Robert Burri avait beau soulever des enthousiasmes médiatiques. Les esprits forts rappelaient que le premier ne formait qu'un dépôt, dont une institution publique devrait assumer les frais. Les esprits chagrins assuraient que le dépôt Burri (un peu vite qualifié de "don magnifique" par un quotidien romand) était assorti de conditions telles que le Fotomuseum de Winterthour l'aurait refusé. Vous savez comme les gens sont méchants... 

Reste enfin qu'à part l'admirable Fellini, les expositions m'auront personnellement guère séduit. Peu importe, me direz-vous. Celle de Sebastião Salgado a attiré 60.000 visiteurs (40.000, selon d'autres sources). A l'heure du musée taux d'écoute, voilà un chiffre qui parle d'or.

Et pour finir, le programme 2014! 

Je terminerai en donnant le programme arlésien de 2014, communiqué par François Hebel quelques heures à peine avant la nomination surprise (on s'attendait à Julien Frydman, qui a transformé "Paris-Photo" en indécente foire au fric) de Sam Stourdzé. Eh bien, il y aura dès juillet Lucien Clergue, l'un des fondateurs de la manifestation en 1970, Martin Parr, Vik Muniz et... Vincent Perez. Le collectionneur William Hunt sera aussi à l'affiche, parée de deux superbes cornes de cerf. Photo (Tamedia): Sam Stourdzé à l'Elysée, où son règne aura duré quatre ans.

(1) Luc Hoffmann, le père nonagénaire de Maya, finance pour sa part le Centre Van Gogh, qui a ouvert ses portes à Arles le 4 avril.

Ceci est un article intercalaire. Mardi 23 avril, comme prévu, le texte sur la gentrification de Paris.

 

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